‹ uvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 3)Chapitre 82 sur 174 · LE PAPE MUSULMAN · texte numérisé non relu

LE PAPE MUSULMAN

Air : Eh! ma mère, est-ce que f sais ça?

Jadis voyageant pour Rome,

Un pape né sous le froc,

Pris sur mer, fut, le pauvre homme,

Mené captif à Maroc.

D'abord il tempête, il sacre,

Pieniant Dieu bel et bien.

— Saint-Père, lui dit son diacre,

Vous vous damnez comme un chien.

Sur un pal que l'on aiguise, Croyant déjà qu'on le met, Le fondement de l'Eglise Dit : Invoquons Mahomet.

Ce prophète en vaut bien d'autres ; Je me fais son paroissien.

— Saint-Père, au nez des apôtres Vous vous damnez comme un chien.

Aïe ! aïe ! on le circoncise.

Le voilà bon musulman, Sinon parfois qu'il se grise Avec un coquin d'iman.

Il fait de sa vieille Bible Un usage peu chrétien.

— Saint-Père, c'est trop risible ; Vous vous damnez comme un chien.

En vrai corsaire il s'équipe ; Pour le croissant il combat, Prend le sorbet et la pipe ; Dans un harem il s'ébat.

Près des femmes qu'il capture Voyez donc ce grand vaurien !

— Saint-Père, quelle posture !

Vous vous damnez comme un chien.

A Maroc survient la peste ; Soudain fuit notre forban, Qui dans Rome, d'un air leste, Rentre avec son beau turban.

— Souffrez qu'on vous rebaptise.

— - Non, dit-il, ça n'y fait rien.

— Saint-Père, quelle bêtise !

Vous vous damnez comme un chien.

Depuis, frondant nos mystères,

Ce renégat enragé

Veut vider les monastères,

Veut marier le clergé.

Sous lui l'Eglise déchue

Ne brûle juif ni païen.

— Saint-Père, Rome est fichue ;

Vous vous damnez comme un chien.

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