‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 4)Chapitre 47 sur 94 · LE VIEUX SERGENT · texte numérisé non relu

LE VIEUX SERGENT

Air : Dis-moi, soldat, dis-moi^ Ven souviens-tu?

Près du rouet de sa fille chérie Le vieux sergent se distrait de ses maux , Et, d*une main que la balle a meurtrie, Berce en riant deux petits-fils jumeaux.

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DE BÉRANGEB. 8»

Assis tranquille au seuil du toit champêtre,

Son seul refuge après tant de combats,

Il dit parfois : « Ce n'est pas tout de naître ;

)) Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas! »

Mais qu'entend-il? le tambour qui résonne :

Il voit au loin passer un bataillon.

Le sang remonte à son front qui grisonne ;

Le vieux coursier a senti Taiguillon.

Hélas! soudain, tristement il s'écrie :

« C'est un drapeau que je ne connais pas.

» Ah! si jamais vous vengez la patrie,

» Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas!

» Qui nous rendra, dit cet homme héroïque, » Aux bords, du Rhin, à Jemmape, à Fleurus, » Ces paysans, fils de la République, » Sur la frontière à sa voix accourus?

)) Pieds nus, sans pain, sourds aux lâches alarmes, » Tous à la gloire allaient du même pas.

» Le Rhin lui seul peut retremper nos armes.

» Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas!

)) De quel éclat brillaient dans la bataille

» Ces habits bleus par la Victoire usés !

» La Liberté mêlait à la mitraille

» Des fers rompus et des sceptres brisés.

)) Les nations, reines par nos conquêtes,

» Ceignaient de fleurs le front de nos soldats.

» Heureux celui qui mourut dans ces fêtes !

)) Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas!

)) Tant de vertu trop tôt fut obscurcie.

)) Pour s'auoblir nos chefs sortent des rangs;

» Par la cartouche encor toute noircie

» Leur bouche est prête à flatter les tyrans.

» La Liberté déserte avec ses armes ;

» D'un trône à Tautré ils vont offrir leurs bras ;

» A notre gloire on mesure nos larmes.

» Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas! ))

Sa fille alors 9 interrompant sa plainte.

Tout en filant lui chante à demi-voix

Ces airs proscrits qui, les frappant de crainte,

Ont en sursaut réveillé tous les rois.

« Peuple, à ton tour que ces chants te réveillent :

» Il en est temps ! » dit-il aussi tout bas. '

Puis il répète à ses fils qui sommeillent :

« Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas! »

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