II
LE VOYAGEUR
Quand j'invoquai dans la tempête Ce Dieu qu'on dit si consolant, Les poignards levés sur ma tête Portaient gravé son nom sanglant.
LE VIEILLARD
Te voici dans mon ermitage ; Versons-nous d'un vin généreux.
Hélas! mon fils aurait ton âge.
Dieu t'offre un ami (bis); sois heureux.
LE VOYAGEUR
Non, il n'est point d'Être suprême, Qui seul peuple l'immensité, Et cet univers n'est lui-même Qu'une grande inutilité.
LE VIEILLARD
Vois ma Qlle, à qui ta détresse Arrache un soupir douloureux ; Elle a consolé ma vieillesse.
Dieu t'offre un ami (Ws); sois heureux.
LE VOYAGEUR
Dans cette nuit profonde et triste
Ce Dieu vient-il guider nos pas? '
Eh! qu'importe enfin qu'il existe, i
Si pour lui nous n'existons pas? |
LE VIEILLARD. j
Voici ta couche et ta demeure : ,
Chasse tes rêves ténébreux. I
D£ BËRANGKR. 99
Tiens-moi lieu du fils que je pleure.
Dieu t'offre un ami (bis); sois heureux.
L'étranger reste; il plaît, il aime, Et de fleurs bientôt couronné, Époux et père, il va lui-même Dire à plus d'un infortuné :
« Le sort est injuste sans doute, Mais n'est pas toujours rigoureux.
Dieu qui m'a placé sur ta route.
Dieu t'offre un ami (bis); sois heureux. »