‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 4)Chapitre 60 sur 94 · LES ESCLAVES GAULOIS · texte numérisé non relu

LES ESCLAVES GAULOIS

CHANSON ADRESSÉE A MANl'EL.

AiH : Un soldai , par un coup funesle.

D'anciens Gaulois, pauvres esclaves, Un soir qu'autour d'eux tout dormait, Levaient la dîme sur les caves Du maître qui les opprimait.

Leur gaîté s'éveille :

(( Ah! dit l'un d'eux, nous faisons des jaloux. » L'esclave est roi quand le maître sommeille. » Enivrons-nous! (4 fois.)

» Amis, ce vin par notre maître » Fut confisqué sur des Gaulois » Bannis du sol qui les vit naître » Le jour même où mouraient nos lois.

» Sur nos fers qu'il rouille, » Le Temps écrit l'âge d'un vin si doux.

» Des malheureux partageons la dépouille.

» Enivrons-nous!

» Savez-vous où gît l'humble pierre » Des guerriers morts de notre temps?

DE BËRAINGËR. 115

» Là plus d'épouses en prière; » Là plus de fleurs, même au printemps.

» La lyre attendrie » Ne redit plus leurs noms effacés tous.

» Nargue du sot qui meurt pour la patrie!

» Enivrons-nous!

» La Liberté conspire encore » Avec des restes de vertu; » Elle nous dit : Voici Taurore ; » Peuple, toujours dormiras-tu?

» Déité qu'on vante, » Recrute ailleurs des martyrs et des fous.

» L'or te corrompt, la gloire t'épouvante.

» Enivrons-nous!

» Oui , toute espérance est bannie ; » Ne comptons plus les maux soufferts, » Le marteau de la tyrannie » Sur les autels rive nos fers, » Au monde en tutelle, » Dieux tout-puissants, quel exemple offrez-vous! » Au char des rois un prêtre vous attelle.

» Enivrons-nous!

» Rions des dieux, sifflons les sages, » Flattons nos maîtres absolus.

» Donnons-leur nos fils pour otages :

» On vit de honte, on n'en meurt plus.

» Le Plaisir nous vengp;

lie cHA^so^s

» Sur nous du Sort il fait glisser les coups. )> Traînons gaiment nos chaînes dans la fange. » Enivrons-nous! »

Le luaitœ entend leurs chants d'ivresse ; Il crie à des valets : « Courez !

» Qu'un fouet dissipe Tallégresse .

» De ces Gaulois dégénérés. »

Du tyran qui gronde Prêts à subir la sentence à genoux , Pauvres Gaulois, sous qui trembla le monde, Enivrons-nous !

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