‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 4)Chapitre 7 sur 94 · POUR LA PUBLICATION DE MON RECUEIL · texte numérisé non relu

POUR LA PUBLICATION DE MON RECUEIL

Air : Halte-là!

Quittez la lyre, ô ma muse! Et déchiffrez ce mandat.

Vous voyez qu'on vous accuse De plusieurs crimes d'état.

Pour un interrogatoire Au Palais comparaissons.

Plus de chansons pour la gloire!

Pour Tamour plus de chansons!

Suivez-moi!

C'est la loi.

Suivez-moi, de par le Roi.

Nous marchons, et je découvre L'asile des souverains.

^^ sa9sa asr 993^3»

DE BËRANGER. t5

Muse, la Fronde en ce Louvre Vit pénétrer ses refrains *.

Au Qui mve d'ordonnance Alors, prompte à s'avancer, La chanson répondait : France !

Les gardes laissaient passer.

Suivez-moi !

C'est la loi.

Suivez-moi, de par le Roi.

La justice nous appelle De l'autre côté de l'eau.

Voici la Sainte-Chapelle Où l'on pria pour Boileau **.

S'il renaissait ce grand maître, Le clergé, remis en train, En prison ferait peut-être Fourrer l'auteur du Lutrin.

Suivez-moi!

C'est la loi.

Suivez-moi, de par le Roi.

Là, devant ce péristyle, Un tribunal impuissant

* Jamais plus de chansoDS ne furent lancées de part et d'autre qu'à l'époque de )a Fronde ; et Blot et Marigni , chansonniers du temps , ne furent l'objet d'aucune poursuite.

^* On sait que Boileau fui enterré dans l'église située sous la Sainte-Chapelle, où Ton voyait le fameux lutrin qui inspira l'un des ouvrages les plus parfaits de notre langue.

Au bAcher livra V Emile *, Phénix toujours renaissant.

Muse, de vos chansonnettes Aujourd'hui l'on va tâcher De faire des allumettes Pour ranimer ce bûcher.

Suivez-moi !

C'est la loi.

Suivez-moi, de par le Roi.

Muse, voici la grand' salle...

Hé quoi ! vous fuyez devant Des gens en robe un peu sale.

Par vous piqués trop souvent!

Revenez donc, pauvre sotte, Voir prendre à vos ennemis, Pour peser une marotte, Les balances de Thémis.

Suivez-moi !

C'est la loi.

Suivez-moi, de par le Roi.

Elle fuit, et chez le juge J'entre, et puis enfin je sors.

Mais devinez quel refuge Ma Muse avait pris alors.

Galment avec la grisette D'un président, bon humain,

* On sait également que par arrêt du parlement V Emile liit brûlé par la main du bourreau , et sou auteur décrété de prise de corps.

Cette folle, à la buvette.

Répétait le verre en main :

Suivez-moi!

C'est la loi.

Suivez-moi, de par le Roi.

Page 1