‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 4)Chapitre 78 sur 94 · LES INFINIMENT PETITS · texte numérisé non relu

LES INFINIMENT PETITS

OU

LA GÉRONTOCRATIE.

Air : Ainsi jadis un grand j^ophète.

J'ai foi dans la sorœllerie.

Or un grand sorcier l'autre soir M'a fait voir de notre patrie Tout l'avenir dans un miroir.

Quelle image désespérante !

Je vois Paris et ses faubourgs :

Nous sommes en dix-neuf cent trente, Et les barbons régnent toujours.

Un peuple de nains nous remplace ; Nos petits-fils sont si petits.

Qu'avec peine dans cette glace , Sous leurs toits je les vois blottis.

La France est Fombre du fantôme De la France de mes beaux jours.

Ce n'est qu'un tout petit royaume; Mais les barbons régnent toujours.

Combien d'imperceptibles êtres !

De petits jésuites bilieux !

De milliers d'autres petits prêtres Qui portent de petits bons dieux !

Béni par eux, tout dégénère; Par eux la plus vieille des cours N'est plus qu'un petit séminaire ; Mais les barbons régnent toujours.

Tout est petit, palais, usines, Sciences, commerce, beaux-arts.

De bonnes petites famines Désolent de petits remparts.

Sur la frontière mal fermée, Marche, au bruit de petits tambours, Une pauvre petite armée; Mais les barbons régnent toujours.

Enfin le miroir prophétique , Complétant ce triste avenir.

Me montre un géant hérétique Qu'un monde a peine à contenir.

Du peuple pygmée il s'approche.

Et, bravant de petits discours.

Met le royaume dans sa poche ; Mais les barbons régnent toujours.

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