‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 4)Chapitre 91 sur 94 · LE PAPE MUSULMAN · texte numérisé non relu

LE PAPE MUSULMAN

Air : £h! ma mère, est-ce que f sais ça?

Jadis voyageant pour Rome,

Un pape, né sous le froc,

Pris sur mer, fut, le pauvre homme.

Mené captif à Maroc.

D'abord il tempête, il sacre,

Reniant Dieu bel et bien.

— Saint-Père, lui dit son diacre,

Vous vous damnez comme un chien.

Sur un pal que Ton aiguise Croyant déjà qu'on le met, Le fondement de l'église Dit : Invoquons Mahomet.

DE BÉRAINGER. 173

Ce prophète en vaut bien d^autres; Je me fais son paroissien.

— Saint-Père, au nez des apôtres Vous vous damnez œmme un chien.

Aye! aye! on le circoncise.

Le voilà bon musulman , Sinon parfois qu'il se grise Avec un coquin d'iman.

Il fait de sa vieille Bible Un usage peu chrétien.

— Saint-Père, c'est trop risible; Vous vous damnez comme un chien.

En vrai corsaire il s'équipe; Pour le Croissant il combat , Prend le sorbet et la pipe; Dans un harem il s'ébat.

Près des femmes qu'il capture, Voyez donc ce grand vaurien!

— Saint-Père, quelle posture!

Vous vous damnez comme un chien.

A Maroc survient la peste; Soudain fuit notre forban, Qui dans Rome, d'un air leste, Rentre avec son beau turban.

— Souffrez qu'on vous rebaptise.

-7- Non, dit-il, ça n'y fait rien.

— Saint-Père, quelle bôtise!

Vous vous damnez comme un chien.

174 CUAINSONS

Depuis y IVondant nos mystères.

Ce renégat enragé

Veut vider les monastères,

Veut marier le clergé.

Sous lui Téglise déchue

Ne brûle juif ni païen.

— Saint-Père, Rome est fichue;

Vous vous damnez comme un chien.

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