‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 5)Chapitre 133 sur 323 · SI J’ÉTAIS PETIT OISEAU · texte numérisé non relu

SI J’ÉTAIS PETIT OISEAU

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Moi, qui, même auprès des belles,

V oudrais vivre en passager,

Que je porte envie aux ailes De l'oiseau vif et léger !

Combien d'espace il visite!

A voltiger tout l’invite :

L’air est doux, le ciel est beau.

Je volerais vite, vite, vite,

Si j'étais petit oiseau.

C'est alors que Philomèle M'enseignant ses plus doux sons,

J’irais de la pastourelle Accompagner les chansons.

Puis j’irais charmer l’ermite Qui, sans vendre l’eau bénite,

Donne aux pauvres son manteau.

Je volerais vite, vite, vite,

Si j’étais petit oiseau.

Puis j’irais dans le bocage.

Où des buveurs en gaîté,

Attendris par mon ramage,

Ne boiraient qu’à la beauté.

Puis ma chanson favorite,

Aux guerriers qu’on déshérite Ferait chérir le hameau.

Je volerais vite, vite, vite,

Si j’étais petit oiseau.

Puis j’irais sur les tourelles Où sont de pauvres captifs,

En leur cachant bien mes ailes.

Former des accords plaintifs.

L’un sourit à ma visite ;

L’autre rêve, dans son gîte,

Aux champs où fut son berceau.

Je volerais vite, vite, vite.

Si j’étais petit oiseau.

Puis, voulant rendre sensible lin roi, qui fuirait l'ennui.

Sur un olivier paisible J’irais chanter près de lui.

Puis j’irais jusqu'où s’abrite Quelque famille proscrite,

Porter de l'arbre un rameau.

Je volerais vite, vite, vite,

Si j’étais petit oiseau.

Puis, jusques où naît l'aurore.

Vous, méchants, je vous fuirais,

A moins que l’Amour encore Ne me surprit dans ses rèts.

Que sur un sein qu'il agite.

Ce chasseur que nul n’évite Me dresse un piège nouveau,

J'y volerais vite, vite, vite,

Si j'étais petit oiseau.

LE BON VIEILLARD

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Joyeux enfants, vous que Bacclius rassemble,

Par vos chansons vous m’attirez ici.

Je suis bien vieux ; mais en vain ma voix tremble : Accueillez- moi, j’aime à chanter aussi.

Du temps passé j’apporte des nouvelles;

J'ai bu jadis avec le bon Panard.

Amis du vin, de ta gloire et des belles,

Daignez sourire aux chansons d’un vieillard.

De me fêter, eh quoi ! chacun s'empresse !

A ma santé coule un vin généreux.

Ce doux accueil enhardit ma vieillesse :

Je crains toujours d'attrister les heureux.

Que les plaisirs vous couvrent de leurs ailes; Avec le temps vous compterez plus tard.

Amis du vin, de la gloire et des belles.

Daignez sourire aux chansons d’un vieillard.

Ainsi que vous j'ai vécu de caresses ;

Vos grand’ mamans diraient si je leur plus.

J’eus des châteaux, des amis, des maîtresses ; Amis, châteaux, maîtresses ne sont plus.

Les souvenirs me sont restés fidèles ;

Aussi parfois je soupire à l'écart.

Amis du vin, de la gloire et des belles,

Daignez sourire aux chansons d’un vieillard.

Dans nos discords j'ai fait plus d’un naufrage, Sans fuir jamais la France et son doux ciel.

Au peu de vin que m’a laissé l’orage,

L’orgueil blessé ne mêle point de fiel.

J’ai chanté même, aux vendanges nouvelles,

Sur des coteaux dont j’eus longtemps ma part. Amis du vin, de la gloire et des belles,

Daignez sourire aux chansons d’un vieillard.

Vieux compagnons des guerriers d’un autre âge. Comme Nestor je ne vous parle pas.

De tous les jours où brilla mon courage J'achèterais un jour de vos combats.

Je l’avoùrai, vos palmes immortelles M’ont rendu cher un nouvel étendard.

Amis du vin, de la gloire et des belles,

Daignez sourire aux chansons d’un vieillard.

Sur vos vertus quel avenir se fonde !

Enfants, buvons à mes derniers amours.

La liberté va rajeunir le monde ;

Sur mou tombeau brilleront d’heureux jours. D'un beau printemps, aimables hirondelles,

J’ai pour vous voir différé mon départ.

Amis du vin, de la gloire et des belles,

Daignez sourire aux chansons d’un vieillard.

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