‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 5)Chapitre 149 sur 323 · LA NATURE · texte numérisé non relu

LA NATURE

Air : Ah ! que da :: ajrns Jatsla vie !

Combien la nature est féconde Kn plaisirs ainsi qu’en douleurs!

De noirs fléaux couvrent le monde De débris, de sang et de pleurs, ibis.)

Mais à ses pieds la beauté nous attire ;

Mais des raisins le nectar est foulé.

Coulez, bons vins; femmes, daignez sourire; | ^ Et l'univers est consolé. i

Chaque pays eut son déluge :

Hélas! peut-être jour et nuit l ue arche est encor le refuge De mortels que l’onde poursuit.

Sitôt qu’Iris brille sur leur navire,

Et que vers eux la colombe a volé,

Coulez, bous vins; femmes, daignez sourire ; Et l'univers est consolé.

Quel autre champ de funérailles !

L'Etna s’agite, et, furieux.

Semble, du fond de ses entrailles,

Vomir l’enfer contre les cieux.

Mais pour renaître enfin sa rage expire :

Ils se rasseoit sur le monde ébranlé.

Coulez, bons vins ; femmes, daignez sourire ; Et l’univers est cousolé.

Dieu ! que de souffrances nouvelles !

L'affreux vautour de l’Orient,

La peste a déployé ses ailes Sur l'homme, qui tombe en fuyant.

Le ciel s'apaise, et la pitié respire ;

On tend la main au malade exilé.

Coulez, bons vins ; femmes, daignez sourire ; Et l’univers est consolé.

Mars enfin comble nos misères :

Des rois nous payons les défis.

Humide encor du sang des pères,

La terre boit le sang des fils.

Mais l’homme aussi se lasse de détruire,

Et la nature à son cœur a parlé.

Coulez, bons vins ; femmes, daignez sourire ; Et l'univers est consolé.

Ah! loin d’accuser la nature,

Du printemps chantons le retour:

Des roses de sa chevelure Parfumons la joie et l’amour.

Malgré l’horreur que l’esclavage inspire,

Sur le# débris d'un empire écroulé,

Coulez, bons vins ; femmes, daignez sourire ; Et l'univers est consolé.

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LES CARTES, ou L’HOROSCOPE.

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Tandis qu'en faisant sa prière,

Au coin du feu maman s'endort,

Peu faite pour être ouvrière,

Dans les cartes cherchons mon sort.

Maman dirait : Craignez les bagatelles !

Le diable est fin ; tremblez, Suzou ï Mais j’ai seize ans : les cartes seront belles. .

Les cartes ont toujours raison, bit-

Toujours raisou, toujours raison.

Amour, enfant ou mariage,

Sachons ce qui m'attend ici.

J'ai certain amant qui voyage :

Valet de cœur? Bou ! le voici.

Pour une veuve, aux pleurs il me condamne.

L'ingrat l'épouse, ô trahison !

J'entre au couvent; mon confesseur se damne. Les cartes ont toujours raison,

Toujonrs raison, toujours raison.

Au parloir, témoin de mes larmes,

Le roi de carreau vient souvent. •

C'est un prince épris de mes charmes;

Il m'enlève de mon couvent.

Par des cadeaux sou altesse m'entraîne Jusqu'à sa petite maison.

La nuit survient, et je suis presque reine.

Les cartes ont toujours raison,

Toujours raison, toujours raison.

Je suis le prince à la campagne ;

On vient lui parler contre moi.

En secret un brun m'accompagne ;

Tout se découvre : adieu mon roi ! lin de perdu, j'en vois arriver douze;

J'enflamme un campagnard grisou :

Je suis cruelle, et celui-là m’épouse.

I,es cartes ont toujours raison.

Toujours raison, toujours raison.

En ménage d'une semaine,

Dans un char je brille à Paris.

C’est le roi de trèfle qui mène ;

Mon mari gronde, et je m’en ris.

Dieu ! l'amour fuit à l'aspect d’une vieille !

En ai-je passé la saison?

Eh ! non vraiment, c'est maman qui s’éveille. Les cartes ont toujours raison,

Toujours raison, toujours raison.

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