‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 5)Chapitre 165 sur 323 · LE VIEUX DRAPEAU · texte numérisé non relu

LE VIEUX DRAPEAU

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De mes vieux compagnons de gloire Je viens de me voir entouré ;

Les souvenirs m'ont enivré, '

Le vin m'a rendu la mémoire.

Fier cie mes exploits et des leurs,

J’ai mou drapeau dans ma chaumière.

Quand secoürai-je la poussière Qui ternit ses nobles couleurs?

11 est caché sous l'humble paille Où je dors pauvre et mutilé,

Lui qui, sùr de vaincre, a volé Vingt ans de bataille en bataille !

Chargé de lauriers et de fleurs,

11 brilla sur l'Europe entière.

Quand secoùrai-je la poussière Qui ternit ses nobles couleurs?

Ce drapeau payait à la France Tout le sang qu'il nous a coûté.

Sur le sein de la Liberté Nos fils jouaient avec sa lance.

Qu’il prouve encore aux oppresseurs Combien la gloire est roturière.

Quand secoùrai-je la poussière Qui ternit ses nobles couleurs ?

Son aigle est resté dans la poudre, Fatigué de lointains exploits.

Rendons-lui le coq des Gaulois ;

Il sut aussi lancer la foudre.

La France, oubliant ses douleurs,

Le rebénira, libre et flère.

Quand secoûrai-je la poussière Qui ternit ses nobles couleur ■ ?

Las d'errer avec la victoire,

Des lois il deviendra l'appui.

Chaque soldat fut, grâce i lui,

Citoyen au bord de la Loire.

Seul il peut voiler nos malheurs ; Déployons-le sur la frontière.

Quand secoûrai-je la poussière Qui ternit ses nobles couleurs ?

Mais il est là près de mes armes; lin instant osons l'entrevoir.

Viens, mon drapeau ! viens, mon espoir’ C'est à toi d'essuyer mes larmes.

D'un guerrier qui verse des pleurs Le ciel entendra la prière :

Oui, je. secoùrai 1a poussière Qui teruit te» nobles couleurs.

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