‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 5)Chapitre 200 sur 323 · LÀ CANTHARIDE, OU LE PHILTRE · texte numérisé non relu

LÀ CANTHARIDE, OU LE PHILTRE

Air du Caste.

Meurs, il le faut; meurs, ô toi qui recèles Des dons puissants, à la volupté chers !

Rends à l’Amour tous les feux que tes ailes Ont à ce Dieu dérobés dans les airs.

« Clara, » m'a dit cette femme si vieille Qui chaque jour pleure encor son printemps,

« Quoi ! votre joue est déjà moins vermeille!

« Vous languissez, et n'avez que vingt ans !

« Un père altier, que seul l'intérêt touche,

« Vous a jetée au lit d'un vieil époux.

• L’espoir en vain sourit sur votre bouche,

« L’hymen l’effleure, et s’endort près de vous.

• A votre abord naît la froide risée.

• L’Amour se dit : On m'a fait un larcin;

« Mais cette terre a des nuits sans rosée,

• Et d’aucun fruit ne parera son sein.

« Trompez l’Amour, croyez-en ma sagesse ;

« Qu'un philtre heureux, par vos mains préparé,

• De votre époux rallumant la jeunesse,

« Donne à la vôtre un fils tant désiré. >

La vieille alors, baissant sa voix tremblante, M'enseigne l’art de ce philtre charmant.

J'allais, sans elle, en ma fièvre brûlante, Maudire époux, père, autel et serment.

Mais, vers ce frêne accourant dès l'aurore,

Dans ses rameaux j'ai su glisser ma main.

La cantharide y reposait encore :

Heureuse aussi, je dormirai demain.

Meurs, il le faut ; meurs, 6 toi qui recèles Des dons puissants, à la volupté thers!

Rends à l'Amour tous les feux que tes ailes Ont a ce dieu dérobés dans les airs.

Mes jours, mes nuits, ma vie, étaient sans charmes Je répugnais à d'innocents plaisirs.

Tout bas ma bouche, insultant à mes larmes, Osait donner un nom à mes désirs.

Mon cœur brûlait, hélas ! il brûle encore.

Jamais breuvage aura-t-il cette ardeur Qui dans mon sang circule, me dévore,

Et d'un long trouble accable ma pudeur?

Père cruel ' il fallait de ta fille

Aux murs d'un cloître ensevelir les jours.

Là Dieu du moins nous crée une famille,

Là son amour éteint tous les amours

Où donc est-il l'époux que ma jeunesse Avait rêvé jeune, beau, caressant?

Entre ses bras ma pudique tendresse Eût été seule un philtre assez puissant.

De mon hymen, oui, la froideur me tue.

D'un plaisir chaste allumons le (lambeau :

Ab 1 cessons d’être une vaine statue,

Dont un mari décore son tombeau.

La tendre vieille a dit : » Soyez docile,

« Et dès demain renaîtront vos couleurs;

- Demain moi-même au seuil de votre asile « Je suspendrai deux couronnes de fleurs. »

Meurs, il le faut ; menrs, û toi, qui recèles Des dons puissants, à la volupté chers !

Rends à l’Amour toas les feux que tes ailes Ont à ce dieu dérobés dans les airs.

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LE TOURNEBROCH E.

Ait : Ls bail J.i nt&'it- 5IU toi,

Du diner j'aime fort la cloche,

Mais on la sonne en peu d'endroits ;

Plus qu’elle aussi le tournebroche A nos hommages a des droits.

Combien d’ennemis il rapproche Chez le prince et chez le bourgeois !

A son doux tic tac un jour les partis Signeront la paix entre deux rôtis. . ' '

Qu'on reprenne snr la musique Les querelles du temps passé ;

Que par l'Amphion italique Le grand Mozart soit terrassé ; ,

Je ne tiens qu'au refrain bachique Par le tournebroche annoncé.

A son doux tic tac un jour les partis Signeront la paix entre deux rôtis.

Lorsque la Fortune à sa roue • •

Attache mille ambitieux,

Les précipite dans la boue ■ Ou les élève jusqu'aux deux,

C'est la broche, moi je l’avoue,

Dont la roue attire mes yeux*

A son doux tic tac un jour les partis Signeront la paix entrq deux rôtis.

Une montre, admirablë ouvrage,

Des heures décrivant le cours,

Règle, sans en charmer l'usage,

Le cercle borné de nos jours ; .

Le tournebroche a l’avantage . . *

D’embellir des instants trop courts.

A son doux tic tac un jour les partis Signeront la paix entre deux rôtis.

te meuble, suivant maint vieux conte, ") A manqué seul à l’Age d’or ;

C'est l’Amitié qui, pour son compte,

Dut en inventer le ressort.

Vivent ceux que sa main remonte !

Mais gloire à celui du trésor !

A son doux tic tac un jour les partis Signeront la paix entre deux rôtis.

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