‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 5)Chapitre 202 sur 323 · CIUNION CHANTER A MES AMIS LR 19 AOUT, JOUR ANNIVERSAIRE · texte numérisé non relu

CIUNION CHANTER A MES AMIS LR 19 AOUT, JOUR ANNIVERSAIRE

DR MA NAISSANCE. — 18Ji.

Air d'Ajfilias (de Willem).

Dans ce Paris plein d’or et de misère,

En l’an du Christ mil sept cent quatre-vingt,

Chez un tailleur, mon pauvrect vieux grand-père, Moi nouveau né, sachez ce qui m’advint.

Bien ne prédit la gloire d’un Orphée A mon berceau, qui n’était pas de fleurs :

Mais mon grand-père, accourant à mes pleurs, Me trouve un jour dans les bras d’une fée;

Et cette fée, avec de gais refrains, j .

Calmait le cri de mes premiers chagrins. | 6,,‘

Le bon vieillard lui dit, l’ârae inquiète :

« A cet enfant quel destin est promis ? »

Elle répond ; « Vois-le, sous ma baguette,

■ Garçon d’auberge, imprimeur et commis.

« Un coup de foudre ajoute à mes présages * :

« Ton fils atteint va périr consumé ;

« Dieu le regarde, et l’oiseau ranimé « Vole en chantant braver d’autres orages. ■>

Et puis la fée, avec de gais refrains.

Calmait le cri de mes premiers chagrins.

« Tous les plaisirs, sylphes de la jeunesse, "

« Éveilleront sa lyre au sein des nuits.

« Au toit du pauvre il répand l’allégresse ;

• A l’opulence il sauve des ennuis.

• Mais quel spectacle attriste son langage ?

« Tout s'engloutit, et gloire et liberté :

* L 'auteur fot frappé de la fondra dans sa jeunesse.

- Comme un pécheur qui rentre épouvanté,

- Il vient au port raconter leur naufrage. •

Et puis la fée, avec de gais refrains,

Calmait le cri de mes premiers chagrins.

Le vieux tailleur s'écrie : « Eh quoi ! ma fille « Ne m’a donné qu'un faiseur de chansons !

« Mieux jour et nuit vaudrait tenir l'aiguille « Que, faible écho, mourir en de vains sons.

■ — Va, dit la fée, à tort tu t'en alarmes;

« De grands talents ont de moins beau succès.

• Ses chants légers seront chers aux Français,

« Et du proscrit adouciront les larmes. *

Et puis la fée, avec de gais refrains,

Calmait le cri de mes premiers chagrins.

Amis, hier j'étais faible et morose,

I/aimable fée apparait à mes yeux.

Ses doigts distraits effeuillent une rose ;

Elle me dit : « Tu te vois déjà vieux.

« Tel qu'aux déserts parfois brille un mirage*;

« Aux cœurs vieillis s'offre un doux souvenir.

« Pour te fêter tes amis vont s’unir :

« Longtemps près d'eux revis dans un autre Age. » Et puis lu fée, un ec ses gais refrains.

Comme autrefois dissipa mes chagrins.

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