‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 5)Chapitre 220 sur 323 · LE VIEUX SERGENT · texte numérisé non relu

LE VIEUX SERGENT

Air : Cis-mi, soldai, dis-moi, t'ea

Près du rouet de sa fille chérie Le vieux sergent se distrait de ses maux.

Et, d une m du que la halle a meurtrie,

Berce en riant deux petits-flls jumeaux.

Assis tranquille au seuil du toit champêtre,

Son seul refuge après tant de combats.

Il dit parfois : - Ce n’est pas tout de naître ;

* Dieu, mes enfants, vous doune uu beau trépas! •

Mais qu’entend-il? le tambour qui résonne :

Il voit au loin passer un bataillon.

Le sang remonte à sou front qui grisonne;

Le vieux coursier a senti l'aiguillon.

Hélas ! soudain, tristement il s'écrie :

» C'est un drapeau que je ne connais pas.

« Ah ! si jamais vous vengez la patrie,

« Dieu, mes enfants, vous douue un beau trépas 1

« Qui nous rendra, dit cet homme héroïque,

* Aux bords du Rhin, à Jemmape, à l leurus,

« Ces paysans, fils de la République,

« Sur la frontière à sa voix accourus?

« Pieds nus, sans pain, sourds aux lâches alarmes, « Tous à la gloire allaient du même pas.

■ Le Rhin lui seul peut retremper nos armes.

« Dieu, mes enfants, vous douue un beau trépas !

« De quel éclat brillaient dans la bataille

■ Ces habits bleus par la Victoire usés!

« La Liberté mêlait ù la mitraille

« Des fers rompus et des sceptres brisés.

* Les nations, reines par nos conquêtes.

« Ceignaient de fleur» le front de nos soldats « Heureux celui qui mourut dans ces fêtes!

„ Dieu, mes enfants, \ous donne un beau trépas !

* Tant de vertu trop tôt fut obscurcie.

* Pour s'anoblir nos chefs sortent des rangs;

" Par la cartouche encor toute noircie,

« Leur bouche est prête à flatter les tyrans.

« La Liberté déserte avec ses armes ;

» D'un trône à l'autre ils vont offrir leurs bras ;

« A notre gloire on mesure nos larmes.

« Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas! ■

Sa fille alors, interrompant sa plainte,

Tout en filant lui chante à demi-voix

Ces airs proscrits qui, les frappant de crainte,

Ont en sursaut réveillé tous les rois.

« Peuple, à ton tour que ces chants te réveillent : » 11 en est temps! » dit-il aussi tout bas.

Puis il répète à ses fils qui sommeillent :

« Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas! »

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