‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 5)Chapitre 269 sur 323 · LE TOMBEAU DE MANUEL · texte numérisé non relu

LE TOMBEAU DE MANUEL

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Tout est fini ; la foule se disperse:

A son cercueil un peuple a dit adieu,

Et l'amitié des larmes quelle verse Ne fera plus confidence qu'à Dieu.

J'entends sur lui la terre qui retombe.

Hélas ! Français, vous l'allez oublier.

A vos enfants, pour indiquer sa tombe, | ,. Prêtez secours au pauvre chansonnier. ( **’

Je quête ici pour honorer les restes D'un citoyen votre plus ferme appui.

J’eus le secret de ses vertus modestes :

Bras, tête et cœur, tout était peuple en lui. L'humble tombeau qui sied à sa dépouille Est par nous tous un tribut à payer.

Près de sa fosse un ami s'agenouille :

P/ftez secours au pauvre chansonnier.

Mo» cœur lui doit ces soins pieux et tendres. Voilà douze ans qu'en des jours désastreux,

Sur les débris de la patrie en cendres,

Nous nous étions rencontrés tous les deux.

Moi, je chantais; lui, vétéran d'Arcole,

Sourit au luth vengeur d'un vieux laurier.

Grâce à vos dons, qu’un tombeau me console : Prêtez secours au pauvre chansonnier.

L’ambition n’effleurait point sa vie;

Mais, même aux champs, rêvant un beau trépas, H écoutait si la France asservie,

En appelant, ne se réveillait pas.

Contre la mort j'aurais eu son courage,

Quand sur son bras je pouvais m'appuyer.

91a voix pour lui demande un peu d'ombrage : Prêtez secours au pauvre chansonnier.

Contre nn pouvoir qui de nous se sépare,

Son éloquence a toujours combattu.

•Ce n'était point la foudre qui s'égare;

■C était un glaive aux mains de la Vertu.

De la tribune on l'arrache ; il en tombe Entre les bras d’un peuple tout entier.

La haine est là; défendons bien sa tombe ‘ Prêtez secours au pauvre chausonnier.

Tu l'oublias, peuple encor trop volage.

Sitôt qu'a l'ombre il goûta le repos.

Mais, noble esquif rois à sec sur la plage.

Il dut compter sur le retour des flots.

La seule mort troubla la solitude Où mes chansons accouraient l'égayer.

Pour effacer quatre ans d'ingratitude,

Prêtez secours au pauvre chansonnier.

Oui, qu’un tombeau témoigne de nos larmes. Assistez-moi, vous pour qui j’ai chanté.

Paix et concorde, au bruit sanglant des armes; Et sous le joug, espoir et liberté.

Payez mes chants doux à votre mémoire :

Je tends la main au plus humble denier ;

De Manuel pour consacrer la gloire,

Prêtez secours au pauvre chansonnier.

CHANSONS

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