‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 5)Chapitre 276 sur 323 · LE CARDINAL ET LE CHANSONNIER · texte numérisé non relu

LE CARDINAL ET LE CHANSONNIER

An : Je vais bientôt quitter l'ajpin.

Quel beau mandement vous nous faites * ! Prélat, il me comble d'honneur!

Vous lisez donc mes chansonnettes?

Ah ! je vous y prends, Monseigneur, [bit.) Entre deux vins, souvent ma muse Perdit son bandeau virginal.

Petit péché, si sou ivresse amuse.

Qu'en dites-vous, monsieur le Cardinal?

Çà, que vous semble de Lisette Qui dicta mes chants les plus doux?

Vous vous signez sous la barette !

Lise a vieilli ; rassurez-vous.

Des jésuites elle raffole ;

Et priant Dieu tant bien que mal,

Pour leurs enfants Lise tient une école.

Qu'en dites-vous, monsieur le Cardinal?

• En mars 1829, M. de Clermont-Tonnerre, archevêque de Toulouse, publia on mandement pour le rarêmr, on, dans une attaque aux lumières du siècle, il faisait une longue sortie contre moi et mes chansons en félicitant toutefois les Juge, du châtiment qu'ils m'avaieni infligé C'est à la Force que j'ai eu le plaisir de lire ce morceau d'éloquence très-ratholique, mais peu chrétienne

En répondant à celle Éminence, morte depuis, Je n'al oublié ni son grand âge ni sa posiiion sociale.

M. de Clermont-Tonnerre ri'est pas le seul évêque qui m'ait honoré de son charitable souvenir ; celui de Meaux, dans un mandemont de même date , a lancé aussi contre mol le. foudres de son éloquence . qui heureusemeni nest pas celle de Bossuet.

On sait combien M. de Clermont- Tonnerre tenait aux jésuite*, ot l’on connaît scs protestations contre les ordonnances relatives à l'instruction publique.

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A chaque vers patriotique *,

Je vous vois me faire un procès.

Tout prélat se croit hérétique Qui chez nous a le cœur français.

Sans y moissonner, moi, pauvre homme, J'aime avant tout le sol natal.

J'y tiens autant que vous tenez à Rome.

Qu'en dites- vous, monsieur le Cardinal?

Puisque vous fredonnez mes rimes,

Vous grand lévite ultramontain,

N’y trouvez-vous pas des maximes Dignes du hou Samaritain *"?

D'huile et de baume les mains pleines,

11 eût rougi d'aigrir le mal.

Ah ! d'un captif il n'eùt vu que les chaînes. Qu'en dites-vous, monsieur le Cardinal?

Enfin, avouez qu’en mon livre Dieu brille à travers ma gaîté.

Je crois qu'il nous regarde vivre;

Qu'il a béni ma pauvreté.

Sous les verroux, sa voix m’inspire Un appel à son tribunal.

Des grands du monde elle m'enseigne à rire. Qu'en dites-vous, monsieur le Cardinal?

Au fond vous avez l'ilme bonne.

Pardonnez à l'homme de bien.

Monseigneur, pour qu'il vous pardonne Votre mandement peu chrétien.

Mais au Conclave on met la nappe ***, Partez pour Rome à ce signal.

Le Saint-Esprit fasse de vous uu pape Qu'en dites- vous, monsieur le Cardinal?

* Le titre de pofle national qu'on mit bien m* donner quelquefois, ch quait particulièrement le prince de l'Église romaine.

•• Dans l'évangile du bon Samaritain , un prêtre cl un lévit ■ passent d abord auprès de l’homme expirant, sans lui porter secours. Pourtant JésuMThrUl ne dit point qu'ils insultent à son malheur. Mais c’est on hérétique qui lave et panse les blessures du moribond.

• •• Léon X 1 1 venait de mourir, le Conclave s'assemblait, et l'archevêque de Toulouse se mettait en route pour Rome.

COUPLET

Air : fut lt neülinr ïonne de nrad».

J'ai suivi plus d'enterrements Que de noces et de baptêmes ;

J’ai distrait bien des cœurs aimants Des maux qu’ils aggravaient eux-mèmes.

Mon Dieu, vous m'avez bien doté : .

Je n'ai ni force ni sagesse;

Mais je possède une galté Qui n'offense point la tristesse.

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