‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 5)Chapitre 303 sur 323 · SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

SEPTEMBRE

il d'OcUîie.

Chateaubriand, pourquoi fuir ta patrie.

Fuir son amour, notre encens et nos soins? N'entends-tu pas la France qui s’écrie :

Mon beau ciel pleure une étoile de moins?

Où donc est-il? se dit la tendre mère.

Battu des vents que Dieu seul fait changer. Pauvre aujourd'hui comme le vieil Homère,

Il frappe, hélas ! au seuil de I étranger.

Proscrit jadis, la naissante Amérique Nous le rendit après nos longs discords,

Riche de gloire, et Colomb poétique.

D'un nouveau monde étalant les trésors.

Le pèlerin de Grèce et d'Ionie,

Chantant plus tard le cirque et l'Alhambra,

Nous revit tous dévots à son génie,

Devant le Dieu que sa voix célébra.

De son pay s, qui lui doit tant de lyres,

Lorsque la sienne en pleurant s’exila,

Il s euquérait aux débris des empires Si des Français n'-avaient point passé là.

C'était I époque où, fécondaut l.’histoire,

La grande épée, effroi des nations.

Resplendissante au soleil de la gloire,

Kn lit sur nous rejaillir les rayons.

Ta voix résonne, et soudain ma jeunesse Brille à tes chants d'une noble rougeur *.

* Dans un des couplets qui procèdent celui-ci. Je parle des Ujrex que l.t France doit à M. de Chateaubriand. Je ne crains pas que re vers soit démenti par la nouvelle école poéliqie. qui, née «oui les ailes de l'aigle. •’«•», avec raison, glorillée souvent d'une telle origine. L’influence de* l'auteur du Ctnie du Christianisme s'ist fuit ressentir également à IVtraneir, et il y aurait peut-être justice art connaître que le chantre de Cbilde-Harold est de la famille de René.

Après ce que je viens de rappeler du grand mouvement qu'il a donné la poésie moderne, il importe peu à M. de Chaleauhriand que je répété Ici ce que j'ai dit dans ma préface de l'influence particulière de ses ou- Tfapes sur les études de ma jeunesse. Je crois plus à propos de faire ressouvenir qu’en 1829 U. de Uiateau'iriand ro'ayant honoré de marques

J’offre aujourd'hui, pour prix de mon ivresse.

Un peu d’eau pure au pauvre voyageur.

Chateaubriand, pourquoi fuir ta patrie,

Fuir son amour, notre encens et nos soins ? N'entends-tu pas la France qui s'écrie :

Mon beau ciel pleure une étoile de moins ?

Des anciens rois quand revint la famille,

Lui, de leur sceptre appui religieux,

Crut aux Bourbons faire adopter pour fille La Liberté qui se passe d’aïeux.

Son éloquence à ces rois fit l’aumône :

Prodigue fée, en ses enchantements,

Plus elle voit de rouille à leur vieux trône,

Plus elle y sème et fleurs et diamants.

Mais de nos droits il gardait la mémoire.

Les insensés dirent : Le ciel est beau.

Chassons cet homme, et soufflons sur sa gloire, Comme au grand jour on éteint un flambeau.

Et tu voudrais t’attacher à leur chute !

Connais donc mieux leur folle vanité.

Au rang des maux qu'au ciel même elle impute, Leur cœur ingrat met ta fidélité.

Va; sers le peuple en butte à leurs bravades,

Ce peuple humain, des grands talents épris.

Qui t’emportait, vainqueur aux barricades. Comme un trophée, entre ses bras meurtris.

Ne sers que lui. Pour lui ma voix te somme D’un prompt retour après un triste adieu.

Sa cnuseest sainte, il souffre ; et tout grand homme Auprès du peuple est l’envoyé de Dieu.

Chateaubriand, pourquoi fuir ta patrie,

Fuir son amour, notre encens et nos soins? N’entends-tu pas la France qui s’écrie ;

Mon beau ciel pleure une étoile de moins?

d'iniciét et d’estime, en fut vivement réprimandé par les organes du pouvoir auquel ia France était livrée. Je rougis d avoir si faiblement acquitté ma dette envers le plus grand écrivain du siècle, surtout quand je pense qu’il a consacré quelques pages à immortaliser mes chansons, (‘.'est un plaidoyer en leur faveur que la postérité lira sans doute; mais l’avocat le plus éloquent ne saurait gagner toutes les causes. Puisse du moins la trop grande générosité de II. de 4'hateaubrland ne lui donner jamais de eiimis plus ingrats que le chansonnier qu’il a bien voulu plcccr sous la protection de son génie!

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