‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 5)Chapitre 313 sur 323 · LE SUICIDE · texte numérisé non relu

LE SUICIDE

EVE LA MOET DES JETTES VICTOR ESCOUMB ET A CG DATE LESTAS * FÉVRIER isr.ï,

lit i'Ajjtline ( de Vit» ). ou iu Tailleur et la Fée

Quoi ! morts tous deux ! dans cette chambre close Où du charbon pèse encor la vapeur !

• J’ai connu cet deux Jeunes gens, dont la fin a été si déplorable Lchra» m'avait adressé quelques pièces de vers patriotique*. Sa constitution était faible et maladive, mais tout annonçait en lui un cœur honnête et bon. Malgré l'accueil que je lui lis à la Force, où il vint me voir, il cessa de ma vlvlter après ma sortir. Je n’en puis donc dire que fort peu de ehose. J’ai bien mieux connu Escousse. C’eat à la Force aussi qu’il vint me trouver, en m’apportant une fort Jolie chanson que ma détention lui avait Inspirée. Alors et depuis je lui prodiguai les marques du plus vif intérêt et les consens de l’expérience. Peu déjeunes auteurs m’ont fait concevoir «ne meilleure idée de leur avenir, moins par ses essais que par le jugement qu’avec tant de candeur il en portait lui-même. Lors du succès de Faruch le Maure, Il m’écrivit : Je me souviens de ce que vous m'avez dit : ne craignes rien. Mon triomphe ne m’a pas enivrd. J'en ai ttd étourdi tout au plus cinq minutes.

Son malheur fut celui qui menace plus ou moins aujourd'hui beaucoup d’hommes de son âge. dan* l’c'pèce de serre chaude où nous vivons. La raison d’Escocsse avait acquis une trop prompte maturité. Une tête ainsi faite sur un corps d’enfant n’est propre qu’à flétrir la jeunesse, quand cette précocité n’est pas le rare effet d’une organisation particulière. Elle produit un besoin de perfection qui, ne sachant à quoi se prendre, désenchante la vie à son plus bel âge. Je n attribue qu a une aorte de découragement la funeste résolution de ce toalheureux et Inié-

Leur vie, hélas! était à peine éclose.

Suicide affreux! triste objet de stupeur!

Ils auront dit : Le monde fait naufrage •

Voyez pAlir pilote et matelots.

Vieux hAtiment usé par tous les flots,

H s'engloutit : sauvons-nous à la nage.

Et vers le ciel se frayant un chemin,

Ils sont partis en se donnant la main.

Pauvres enfants! l'écho murmure encore L'air qui berça votre premier sommeil.

Si quelque brume obscurcit votre aurore.

Leur disait-on, attendez le soleil.

Ils répondaient : Qu'importe que la sève Monte enrichir les champs où nous passons ? Nous n'avons rien; arbres, fleurs ni moissons. Est-ce pour nous que le soleil se lève?

Et vers le ciel se frayant un chemin,

Ils sont partis en se donnant la main.

Pauvres enfants! calomnier la vie!

C’est par dépit que les vieillards le font.

Est-il de coupe où votre Ame ravie,

Eu la vidant, n'ait vu l'amour au fond?

Us répondaient : C'est le rêve d'un ange.

restant jeun? homme. Il y eut aussi fatalité pour Lehras et pour lui à s'être rencontré» avec tics dispositions semblables. Loin l’un de l’autre, peut-être toqs deux se fussent-ils sourni» à leur destinée, qu'ils s'encouragèrent à terminer violemment

(.'ne feuille publique a accusé Escousse d'incrédulité absolue. Pour repousser celle accusation , je me crois obligé de citer les derniers mot* de la lettre qu’il m’écrivit quelque* heures avant l’exécution de son déplorable dessein : Voua m'avez connu , Déranger : Dieu me permet iru-lil de voir du coin de l'œil la place qu'il vous réserve là-haut f

Outre les drames de Faruch et de Pierre III, Escousse a laissé des chansons d’un style un peu négligé sans doute, mais empreintes des noble* sentiments et des penses généreuses qui inspirèrent quelques actions de sa trop courte carrière.

On m'a raconté que, sur le point d'èire surpris avec une personne que. sa présence pouvait compromettre, il se précipita d*un second étage dans une cour pavée. Son dévouement lui porta bonheur; il n’en résulta pour lui ni blessure ni contusion.

En IKW, le S* juillet , il se rendit de grand matin a la place de Grève, y combattit tout le jour, toute la nuit, et se trouva le lendemain à la prise du Louvre et des Tuileries. Après la victoire du peuple, Escoussc ne dit mol des dangers qu’il avait courus, cl, quoiqu’il fut pauvre et sans appui, ne voulut Jamais adresser de demande d'aucun genre à la Commission des récompenses nationales.

Et c’est à dix-neuf ans qu'il a volontairement mis Au à une existence qui promettait d’être si belle et si féconde !

L'amour! en vain notre voix l’a chanté.

De tout son culte un autel est resté;

Y touchions-nous? l'idole était de fange.

Et vers le ciel se frayant uu chemin,

Us sont partis en se donuant la main.

Pauvres enfants ! mais les plumes venues,

Aigles un jour, vous pouviez, loin du nid,

Bravant la foudre et dépassant les nues,

La gloire en face, atteindre à sou zénith.

Ils répondaient : Le laurier devient cendre, Cendre qu'au vent l'Envie aime à jeter.

Et notre vol dùt-il si haut monter,

Toujours près d'elle il faudra redescendre.

Et vers le ciel se frayant un chemin,

Us sont partis en se donnant la main.

Pauvres enfants! quelle douleur amère N’apaisent pas de saints devoirs remplis?

Dans la patrie on retrouve une mère,

Et son drapeau nous couvre de ses plis.

Us répondaient : Ce drapeau qu’on escorte Au toit du chef, le protège endormi;

Mais le soldat, teint du sang ennemi.

Veille et de faim meurt eu gardant la porte.

Et vers le ciel se frayant uu chemin,

Us sont partis eu se donnant la main.

Pauvres enfants ! de fantômes funèbres Quelque nourrice a peuplé vos esprits.

Mais un Dieu brille à travers nos ténèbres;

Sa voix de père a dû calmer vos cris.

Ah ! disaient-ils, suivons ce trait de flamme. N’attendons pas, Dieu, que ton nom puissant, Qu'on jette en l'air comme un nom de passant, Soit, lettre à lettre, effacé de notre àme.

Et vers le ciel se frayant un chemin,

Us sont partis en se donnant la main.

Dieu créatedr, pardonne à leur démence.

Us s'étaient faits les échos de leurs sons.

Ne sachant paifqu'en une chaîne immense,

Non pour nous seuls, mais pour tous nous naissons. L 'humanité manque de saints apôtres Qui leur aient dit : Enfants, suivez sa loi.

Aimer, aimer, c’est être utile à soi ;

Se faire aimer, c'est être utile aux autres. Et vers le ciel se frayant un chemin.

Ils sont partis en sc donnant la main.

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