‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 5)Chapitre 43 sur 323 · A MESSIEURS LES GASTRONOMES · texte numérisé non relu

A MESSIEURS LES GASTRONOMES

Air ; Tout le ltnj de la rivière.

Gourmands, cessez de nous donner La carte de votre dîner :

Tant de gens qui sont au régime Ont droit de vous en faire un crime.

Et d’ailleurs, à chaque repas,

D’étouffer ne trcmblez-vous pas ?

C’est une mort peu digne qu'on l'admire. Ah ! pour étouffer n’étouffons que de rire; N'étouffons, n’étouffons que de rire.

La bouche pleine, osez-vous bien Chanter l'Amour, qui vit de rien ?

A l’aspect de vos barbes grasses, D’effroi vous voyez fuir les Grâces;

Ou, de truffes en vain gonflés,

Près de vos belles vous ronflez.

L’embonpoint même a dû parfois vous nuire.

Ah ! pour étouffer, n'étouffons que de rire ; N’étouffons, n’étouffons que de rire.

Vous n’exaltez, maîtres gloutons,

Que la gloire des marmitons :

Méprisant l’auteur humble et maigre Qui mouille un pain bis de viu aigre,

Vous ne trouvez le laurier bon Que pour la sauce et le jambon ;

Chez des Français quel étrange délire!

Ah ! pour étouffer, n’étouffons que de rire ; N’étouffons, n’étouffons que de rire.

Pour goûter à point chaque mets,

A table ne causez jamais ;

Chassez-en la plaisautcrie :

Trop de gens, dans notre patrie,

De ses charmes étaient imbus;

Les bons mots ne sont qu’un abus ;

Pourtant, messieurs, permettez-nous d’en dire. Ah ! pour étouffer, n’étouffons que de rire; N’étouffons, n’étouffons que de rire.

Français, dînons pour le dessert :

L’Amour y vient, Philis le sert ;

Le bouchon part, l’esprit pétille;

La Décence même y babille,

Et par la Gaité, qui prend feu,

Se laisse coudoyer un peu.

Chantons alors l'ai qui nous inspire.

Ah ! pour étouffer, n’étouffons que de rire; N’étouffons, n’étouffons que de rire.

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