ROSETTE
Ara nouveau de M. de Beaupla^.
Sans respect pour votre printemps.
Quoi! vous me parlez de tendresse.
Quand sous le poids de quarante ans Je vois succomber ma jeunesse 1 Je n'eus besoin pour m'enflammer Jadis que d'une humble grisette. Ah ! que ne puis-je vous aimer Comme autrefois j'aimais Rosette!
* L^automne de 1818 fut d'une beauté remarquable : beaucoup d*arbres fruitiers refleurirent, même dans le nord de la France.
Votre équipage, tous les jours, Vous montre en parure brillante.
Rosette, sous de frais alours, Courait à pied, leste et riante.
Partout ses yeux, pour m'alarmer.
Provoquaient rœillade indiscrète.
Ah I que ne puis-je vous aimer Comme autrefois j'aimais Rosette!
Dans le satin de ce boudoir Vous souriez à mille glaces.
Rosette n'avait qu'un miroir :
Je le croyais celui des Grâces.
Point de rideaux pour s'enfermer; L'aurore égayait sa couchette.
Ah I que ne puis-je vous aimer Comme autrefois j'aimais Rosette!
Votre esprit, qui brille éclairé, Inspirerait plus d'une lyre.
Sans honte je vous l'avouerai :
Rosette à peine savait lire.
Ne pouvait-elle s'exprimer.
L'amour lui servait d'interprète.
Ah ! que je ne puis-je vous aimer Comme autrefois j'aimais Rosette!
Elle avait moins d'attraits que vous; Même elle avait un cœur moins tendre; Oui^ ses yeux se tournaient moins doux Vers l'amant, heureux de l'entendre.
Mais elle avait, pour me charmer»
Ma jeunesse que je regrette, Ali ! que ne puis-je vous aimer Comme autrefois j'aimais Rosette!