‹ Œuvres complètes de P.J. de Béranger :Chapitre 28 sur 129 · LE VIEUX CÉLIBATAIRE · texte numérisé non relu

LE VIEUX CÉLIBATAIRE

A lu : Contentons -nous d'une simple bouleiile.

Allons, Babet, il est bientôt dix heures : Four un goutteux c'est Tinstant du repos. Depuis un an qu'avec moi tu demeures, Jamais, je crois, je ne fus si dispos. A mon coucher ton aimable présence Pour ton bonheur ne sera pas sans fruit. Allons, Babet, un peu de complaisance:

Un lait de poule et mon bonnet de nuit.

Petite bonne agaçante et jolie

D'un vieux garçon doit être le soutien.

Jadis ton maître a fait mainte folie

Pour des minois moins friands que le lien.

Je veux demain, bravant la médisance, Au Cadran bleu te régaler sans bruit.

Allons, Babet, un peu de complaisance : Un lait de poule et mon bonnet de nuit.

N^expose plus à des travaux pénibles Cette main douce et ce teint des plus frais ; Auprès de moi coule des jours paisibles; Que mille atours relèvent tes attraits.

L'Amour par eux m'a rendu sa puissance : Ne vois- tu pas son flambeau qui me luit? Allons, Babet, un peu de complaisance : Un lait de poule et mon bonnet de nuit.

A mes désirs, quoi ! Babet se refuse ! Mademoiselle, auriez-vous un amant?

De mon neveu le jockey vous amuse ; Mais songez-y : je fais mon testament.

Docile enfln, livre sans résistance A mes baisers ce sein qui m'a séduit.

Allons, Babet, un peu de complaisance : Un lait de poule et mon bonnet de nuit.

Ah! tu te rends, tu cèdes à ma flamme! Mais la nature, hélas! trahit mon cœur. Ne pleure point; va, tu seras ma femme. Malgré mon âge et le public moqueur.

Fais donc si bien, que ta douce influence Rende à mes sens la chaleur qui me fuit. Allons, Babet, un peu de complaisance : Un lait de poule et mon bonnet de nuit.

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