A MON MÉDECIN
IK JOrn DE SA FÊTF.
Air : Ainsi jadis un grand prophète.
Saluons de maintes rasades Ce docteur à qui je dois tant.
Mais, pour visiter ses malades, Je crains qu'il n'échappe à Tinstant.
A ces soins son art le condamne, S'il vient un message ennemi.
Fiévreux, buvez votre tisane ; Laissez-nous fêter notre ami.
Oui, que ses malades attendent;
Il est au sein de l'amitié.
Mais vingt jeunes fous le demandent
D'un air qui pourtant fait pitié.
De Vénus amants trop crédules,
Sur leur état qu'ils ont gémi! *
Eh! messieurs, prenez des pilules;
Laissez-nous fêter noire ami.
Ouoi! ne peut-on venir au monde Sans l'enlever h ses enfnnls?
\)i\ wvwiNiW'w ir»o
Un dit qu'avec plus d'un ijénie Anloin* prend platsir à cola.
Nous qui n' sommes pas d' rAca(lêini(\ Souhailons-lui d'ces p'tils plaisirs là.
Il n' s'en lient pas à des saillies;
Dans plus d'un genre il est heureux.
J* sais mêm' qu'il fait des tragédies
Quand il n'est pas trop paresseux*.
De la Merpomene idolâtre,
Qu'il fass' mourir par- ci par-là.
Nous qui n' somm's pas d'zhcros d' théâtre,
Souhaitons-lui d' ces p tils plaisii's-là.
On m'assur' qu'il vient d' faire un livre Où c' qu'il y a du bon : je l' crois bien. C docteur-là nous enseigne à vivre Par la bouch' d'un arbre ou d'un chien. A messieui's les Polichinelles** Il dit : Vous en voulez, en v'ià.
Nous, qui n* tenons pas les ficelles, Souhaitons-lui d'ces p'iils plaisii*s-là.
A la cour il s' moqu'rait, je V gage, Môm' de messieurs les chambellans.
De c' pays n'ayant point l' langage.
Il vant' la paix aux conquérants.
* Je crois inutile tic rappelé:' ici les succès (liMiuttiqucs de l'iiuteui île Marins, des VénilicnSt etc.
•* Policliinelle est le liéros d'une des plus jolies fables du recueil dj 51. Arnault, recueil apprécié par tous les gens de goût, et dont la réputation ne iK-ut «ju'allcr en augmentant.
A d* grands seigneurs qui n* sont pas minces Sans ramper toujours il parla.
Nous, qu'on n'a pas encor faits princes, Souhaitons-lui d' ces petits plaisirs-là.
Mais, quoiqu' malin, z'il est bon homme;
D*mandez à sa fille, à ses fils.
Ah ! qu'il soit toujours aimé comme
Il aime ses nombreux amis !
Que r secret d' son bonheur suprême
Reste à c'te gross' maman que v'ià.
Nous, qui sommes d' ceux qu'Antoine aime.
Souhaitons-lui d' ces vrais plaisirs-là.
Nota. On trouvera peut-être que cette chanson, comme beaucoup d'autres des miennes, était peu digne de voir le jour. En effet, je ne la livre à Timpression que parce qu'elle m'ofifre Toccasion de payer un tribut d'éloges à Tun de nos littérateurs les plus distingués. Je regrette qu'elle ne soit pas meilleure, et surtout que le ton qui y règne ne m'ait pas permis d*y faire entrer l'expression de ma reconnaissance particulière pour l'honune excellent dont l'amitié me fut si longtemps utile et me sera toujours précieuse. (1815.)