‹ Œuvres complètes de P.J. de Béranger :Chapitre 57 sur 129 · ON S'EN FICHE · texte numérisé non relu

ON S'EN FICHE

Air : I^ fleuve d'oubli.

De traverse en traverse, "^ Tout va dans Tunivers

De travers.

Toute femme est perverse.

Tout traiteur exigeant

Pour Targent.

A tout jeu le sort nous triche; Mais enfin est-on gris,

Biribi,

On s'en fiche! [Ter.)

Désespoir d'un ivrogne, Vient un marchand maudit

Qui vous dit Qu'en Champagne, en Bourgogne, Les coteaux sont grêlés,

Et gelés.

A tout jeu le sort nous triche ; iMais enfin est-on gris,

Biribi,

On s'en fiche !

Oubliez une dette,

Chez vous entre un huissier

Bien grossier Qui vend table et couchette Et trouve encor de quoi

Pour le roi.

A tout jeu le sort nous triche ; Mais enfin est-on gris,

Biribi,

On s'en fiche!

Aucun plaisir n'est stable :

Pour boire est-on assis

Cinq ou six, Avant vous sous la table, Tombent deux, trois amis

Endormis.

A tout jeu le sort nous triche; Mais enfin est-on gris,

Biribi,

On s'en fiche !

lor» c haïssons

Jeune, gentille et bien faite, Elle est fraîche et rondelelle.

Son œil noir est pétillant.

Prudes, vous dites sans cesse Qu*elle a le sein trop saillant :

C*est pour ma main qiii le presse Un défaut bien attrayant.

Fi des coquettes maniérées !

Fi des bégueules du grand ton î Je préfère à ces mijaurées Ma Jeannette, maJeanneton.

Tout son charme est dans la grâce ;

Jamais rien ne reml)arrasse:

Elle est bonne et toujours rit.

Elle dit mainte sottise;

A parler jamais n'apprit ;

Et cependant, quoi qu'on dis(%

Ma Jeannette a de l'esprit.

Fi des coquettes maniérées!

Fi des bégueules du grand ton !

Je préfère à ces mijaurées Ma Jeannette, ma Jeanneton.

xV table, dans une fêle.

Cette espiègle me tient tête Pour les propos libertins.

Elle a la voix juste et pure.

Sait les plus joyeux refrains.

Quand je l'en prie, elle jure; Elle boit de tous les vins.

Fi des coquettes maniérées !

Fi de^ bégueules du grand ton !

Je préfère à ces mijaurées Ma Jeannette, ma Jeanneton.

Belle d'amour et de joie, Jamais d'une riche soie Son corsage n'est paré.

Sous une toile proprette Son triomphe est assuré; Et, sans nuire à sa toilette.

Je la chiffonne à mon gré.

Fi des coquettes maniérées !

Fi des bégueules du grand ton !

Je préfère à ces mijaurées Ma Jeannette, ma Jeanneton.

La nuit, tout me favorise :

Point de voile qui me nuise,

Point d'inutiles soupirs.

Des deux mains et de la bouche

Elle attise les désirs,

Et rompit vingt fois sa couche

Dans l'ardeur de nos plaisirs.

Fi des coquettes maniérées !

Fi des bégueules du grand ton !

Je préfère à ces mijaurées Ma Jeannette, ma Jeanneton.

Page 1