‹ Œuvres complètes de P.J. de Béranger :Chapitre 91 sur 129 · LE DIEU DES BONNES GENS · texte numérisé non relu

LE DIEU DES BONNES GENS

Air du vaudeville de la Partie carrée.

il est un Dieu; devant lui je ni*incline, Pauvre et content, sans lui demander rien. De l'univers observant la machine, J'y vois du mal, et n'aime que le bien. Mais le plaisir à ma philosophie Révèle assez des cieux intelligents.

Le verre en main, gaiement je me confie Au Dieu des bonnes gens.

Dans ma retraite, où l'on voit l'indigence, Sans m'éveiller, assise à mon chevet, Grâce aux amours, bercé par l'espérance. D'un lit plus doux je rêve le duvet.

Aux dieux des cours qu'un autre sacrifie ! Moi, qui ne crois qu'à des dieux indulgents, Le verre en main, gaiement je me confie Au Dieu des bonnes gens.

Un conquérant, dans sa fortune altière.

Se fit un jeu des sceptres et des lois. Et de ses pieds on peut voir la poussière Empreinte encor sur le bandeau des rois.

Vous rampiez tous, ô rois qu'on déifie ! Moi, pour braver des maîtres exigeants, Le verre en main, gaiement je me confie Au Dieu des bonnes gens.

Dans nos palais, où, près de la Victoire, Brillaient les arts, doux fruits des beaux climals, J*ai vu du Nord les peuplades sans gloire De leurs manteaux secouer les frimas.

Sur nos débris Albion nous défie'; Mais les destins et les flots sont changeants : Le verre en main, gaiement je me confie Au Dieu des bonnes gens.

Quelle menace un prêtre fait entendre ! Nous touchons tous à nos derniers instants : L'éternité va se faire comprendre :

Tout va finir, l'univers et le temps.

0 chérubins à la face bouffie, Réveillez donc les morts peu diligents ! Le verre en main, gaiement je me confie Au Dieu des bonnes gens.

* Des critiques anglais, très-bienveillants d'ailleurs pour notre auteur» lui ont reproché les traits plaisants ou graves dirigés contre leur nation. Ils auraient dû se rappeler que ces attaques remontent au temps de Toccupation de la France par les armées étrangères, qui avaient fait la Restauration ; à ce temps où sir Walter Scott venait chez nous écrire les Lettres de Paul, lâche et cruel outrage à un peuple aussi malheureux qu'il avait été grand. L'idée d'entretenir la haine entre deux nations a toujours été loin du co^r de celui qui, krévacuatîon de notre territoire, fut le premier k appeler tous les peuples k une sainte alliance.

Mais quelle erreur! Non, Dieu n'est point colère; S'il créa tout, à tout il sert d'appui : Vins qu'il nous donne, amitié tutélaire, Et vous, amours, qui créez après lui, Prôtez un charme à ma philosophie Pour dissiper des rêves affligeants.

Le verre en main, que chacun se confie Au Dieu des bonnes gens.

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