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Œuvres complètes de P. L. Courier

La vie d'un grand écrivain est le meilleur commentaire de ses écrits; c’est l'esplication et pour ainsi dire l'histoire de son talent, (iela est vrai, surtout de celui qui n'a point suivi les lettres comme une carrière, et dont l'imagination, dans l’ilge de l’activité et des vives impressions , ne s’est point appauvrie entre les quatre murs d’un cabinet ou dans l’étroite sphère d'une coterie littéraire. S’il est aujourd’hui peu d’écrivains dont on soit curieux de savoir la vie, après les avoir lus , c’est qu’il en est peu qui frappent par un caractère à eux , et chez qui se révèle l’homme éprouvé et développé, à travers on grand nombre de situations diverses. Les mêmes études faites sous les mêmes maîtres, sous l’inlluence des mêmes circonstances et des mêmes doctrines, le même poli cherché dans un monde qui se com|K>se de quelques salons , voilà les sources de l’originalité pour beaucoup d’écrivains qui , se tenant par la main depuis le collège jusqu’à l’Académie , virant entre eux , voyant peu , agissant moins encore , s’imitent , s'admirent , s’entre-louent avec bien plus de bonne foi qu’on ne leur en suppose. De là vient que tant de livres, dans les genres les plus différents, ont une physionomie tellement semblable , qu’on les prendrait poursortisde la même plume. Vous y trouvez de l’esprit , du .savoir, de la profondeur parfois. Le cachet d'une individualité un peu tranchée n'y est jamais. C'est toujours cer-

* OUe notice a été écrite en 1820 pour I.t première édition dt*ft fFU« iT» roQiplii'If’S dePaut-LnuU Oiuricr ; nmi5 la coriM’rvun» dans celte nouvelle édiüfui xana aucun chaitgeinent. Malx depuis cinq an», de »i élran^r» rhuM*» se sont tant

do pnMictlon» de PauELouis Courier »e sont arcompUos ; bo« Jugement» le» plus harüb sur les homme» l't sur Iom cho&es ont rorii une vériliratinn si Irisle! Il d'un autre côté,»! cnteE

IpfnonI démenti dam !«•* seul* éloges qu’il ait ou en sa \ le le tort de donner a un personnage de sang royal, qu'une revue de» écrit» de PauMèOuis C'.ourier ettt Inspiré aujourd'hui M. .^r* mand Carrel tout autrement qu'en ia2fl. Depuis lors le nom de Paut-lxmU Courier a beaucoup grandi; celui de son biographe de a acquis une importarree politique et littéraire qui gK>ul< prix de se» premiers écrits. VHssai »ur ta vie et feu écrit» de Pauf-LoHÙ CounVr a d'ailleurs été assez reinan]ué en IK20 pour qu’on puisse le considérer comme inséparable de toute édition qui jiourralt être ultérieurement donmW* des Oüurrc» de Paut‘ Louis Courier.

{Mate de» éditeyn.)

P. L. r.otaiFB-

laine façon roide, précieuse , uniforme , assez exacte , mais sans chaleur, sans vie, décolorée ou fau.ssemcn t pittoresque; cette maniéré, enfin, qu'un public, trop facilement pris aux airs graves, a tout à fait acceptée comme un grand progrès littéraire. L’exemple est contagieux, et l’applaudissement donné au mauvais godt pervertit le bon : aussi n'at-on plus aspiréàdes succès d'un certain ordre, qu'on ne se soit efforcé d'écrire comme les hommes soidisant forts; il a fallu revêtir cette robe de famille pour se faire compter comme ca|iacilé , pour n'être point accusé de folle résistance à la révolution opérée par le dix-neuvième siècle dans les formes de la pensée.

Si l’affrancfaissement complet du joug des conventions d'une époque peut être regardé comme le principal caractère du talent, Paul-Louis Courier a été l'écrivain le plus distingué de ce temps; car il n’est pas une page sortie de sa plume qui puisse être attribuée à un autre que lui. Idées, préjugés, vues, sentiments, tour, expression , dans ce qu'il a produit, tout lui est propre. Vivant avec un passé que seul il eut le secret de reproduire, et devenu lui-même la tentation et le désespoir des imitateurs, il a toujours été , |)our ainsi parler, seul de son bord, allant à sa fantaisie, tenant peu de compte des réputations, même des gloires contemporaines, et marchant droit au (leuple des lecteurs , |iarce qu’il était plus assuré d'etre senti par le grand nombre illettré qu'approuvé par les académiciens et les docteurs de bonne compagnie. Trop savant pour n’avoir pas vu que nul ne l'égalait en connaissance des ressources générales du langage et du génie particulier de notre littérature, convaincu que ses vagabondes études lui avaient appris ce que les livres n’avaient pu enseigner à .lucmi mitre, il n'écouta ni critiques ni conseils. Au milieu de gens qui semblaient travailler à se ressembler les uns aux autres, et qui faisaient commerce des douceurs réciproques de la confraternité littéraire, il se présenta seul, sans prôneurs, sans amis, sans compères, parla comme il avait appris , du ton qu'il jugea lui

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