‹ Œuvres complètes de P. L. CourierChapitre 11 sur 199 · AO · texte numérisé non relu

AO

cxercii'c de l’industrie. Mais les moines geii.s l’iipproiiveront, lors([u’il reproche aux oisifs, dont abondent In villect In campagne, aux jeunes gcn.s, et, cho'M- assurément remarquable, aux grands propriétaires de terres, leur dédain pour l'agrieuiture, suite de cette fureur pour les places, ([ui est un mal ancien chez nous, et dont Philippe de Comincs, il y a plus de trois cents ans, a fuit des plaintes toutes pareiiles. //s n'unl, dit-il , souci (le rien, parlant îles Français de son temps, sinon d'offices cl états, que trop bien ils sacent faire valoir, cause principale de mouvoir guerres et rébellions. I.es chosi-s ont peu change; seulement cette convoitise des offices et états ( curé-c autrefois réservée à nobles limiers ) est devenue plus âpre encore, depuis que tous y pi'uvent prétendre , et ne donne pas peu d'affaires au gouvernement. Quelque multiplié que paraisse aujourd’hui le nombre des emplois, (pii ne se compare plus qu’aux étoiles du ciel et au x sables de la mer, il n’a pourtant nulle proixndion avec celui des demandeurs, et on est loin de pouvoir contenter tout le monde. Suivant un calcul modéré de .M. Bujault, il y a maintenant en France, jmur chaque piacc, dix aspirants, ce qui, en sup|X>sant seulement deux cent mille emplois, fait un cITcctif de deux millionsde solliciteurs actuellement dans les antichambres, te chapeau dans la main, se tenant sur leurs membres , comme dit un poète’ : accordons qu’ils ne fassent nul mal (ainsi la charité nous oblige A le croire ), ils pourraient faire quelque bien, et par une honnête industrie fuir les tentations du malin. C'est ce que voudrait -M. Bujault, et qn’il n'obtiendra pas, selon toute apparence : l'esprit du sié*clc s’y oppose, (ihacun maintenant cherche A se placer, ou, s’il est placé, a se pousser. On veut être quelque chose. Des qu’un jeune homme sait faire la révérence, riche nu non , peu importe, il se met sur les rangs; Il demande des gages, en tirant un pied derrière l'autre : cela s’appelle se présenter; tout le monde se présente pour être quelque chose. On e.st quelque chose en raison du mal qu’on peut faire. Un laboureur n’est rien; un homme qui cultive, qui bâtit, qui travaille utilement, n’est rien. Un gendarme est queh|ue chose; un préfet est beaueoup; Bonaparte était tout. Voila les gradations de l’estime publique , rréhelle de la considération suivant laquelle chacun veut être Bonai>arte, sinon préfet, ou bien gendarme. Telle e.st la direction générale des esprits , la même depuis long-

* Ri^tnirr, Su//iv*.

temps , et non prête A changer. Sans cela , qui peut dire jusqu’où s’élancerait le génie de l’invention? où atteindrait avec le temps l’industrie humaine , à laquelle Dieu sans doute voulut mettre des bornes, en la détournant vers cet art de se faire petit pour complaire, de s’abaisser, de s'effacer devant un supérieur, de s’ôter A soi-même tout mérite, toute vertu, de s’anéantir, seul moyen d’être quelque chose?

Vérctx, 10 toplcmbre 1819.

MOXSIKIH,

Quehpi’un se plaint, dans une de vos feuilles, que, sous prétexte de vaeanei«i,on lui a refuse l’entrée delà Bibliothèque du roi. Je vois ce que c’est; on l’a pris itour un de ces curieux , comme il eu vient IA frispiemment , qui ne veulent que voir des livres, et gênent les gens studieux. Ceuxci n’ont point A craindre un semblable refus, et la Bibliothèque pour eux ne vaque jamais. Aux autres on assigne certains jours, certaines heures , ordre fort sage ; votre ami, pour peu qu’il y veuille rélléehlr, lui-même en conviendra. S’il m’en croit , <|u’il retourne A la Bibliothèque , et , parlant A quelqu’un de ceux qui en ont le soin , (pi’il se fasse connaître pour être de ces hommes auxquels il faut , avec des livres, silence, repos, liberté; je suis trompé, s’il ne trouve des gens aussi prompts A le satisfaire que capables de l’aider et de le diriger dans toutes sortes de recherches. J’en ai fait l’expérience; d’autres la fout chaque jour à leur très-grand prollt. Après cela, s'il a voyagé, s’il a vu en .Allemagne les livres cnehalné-s, en Itidie purgés, c’i-st-A-dirc biffés , raturés, mutilés, par la cagoteric, enfermés le plus souvent, ne se communiquer que sur un ordre d’en haut, il cessera de se plaindre de nos bibliothèques, de eelle-lA surtout; eulinil avouera, s’il est de bonne foi, quecet établissement n’a ix)int de pareil au monde, pour les facilités qu’y trouvent ceux qui vraiment veulent étudier.

Quant au factionnaire suisse qu’il a vu A la [lorte, ce n’ét.aient pas sans doute les administrateurs qui l’avaient placé là. Rarement les savants l»sent des sentinelles, si ce n’est dans les guerres del’Écoledc droit. Je ne connais |x)int messieurs de la Bibllotbcque assez pour pouvoir vous rien dire de leurs sentiments; mais je les crois Français, et je me persuade que , s’il dépendait d’eux , on ferait venir d’Amiens des gens jxiur é.rc

AU RKDACrEUR DU CENSEUR.

svisses, puisque euliii il en faut dans la ^ai-de | du roi. {

LEITRE V. !

Vm*U, isoclohrr 1819.

Mossifur,

Ce Imsard m’a fait tomber entre les mains une lettre d'un prueiireurduroiùun eummnndaiitde gendarmes. En voici la copie , sauf les noms (|ue je supprime.

monsieur le commandant , veuillez faire arrêter et conduire en prison un tel, de tel endroit.

Voilà toute la lettre. Je crois, si vous l impriinez, qu'on vous en saura grc. I.e public est intéressé dans une pareille correspondance; mais il n'en connaît d'ordinaire que les résultats. Ceci est bref, concis; c’est le style Impérial, ennemi des longueurs et dese.vplications. Veuillez mettre en prison , cela dit tout. On n’ajoute pas : car tel est notre plaisir. O S4Tait rendre raison, alléguer un motif; et, en style de l'empire, on ne rend raison de rien. Pour moi, je suis charmé de ce petit morceau.

Quelqu'un pourra demander ( car on devient curieux, et le monde s'avise de questions maintenant qui ne se faisaient pas autrefois) , on demandera peut-être combien de gens en France ont le droit ou le pouvoir d'cmpri.sonner (|ui bon leur seral)le , sans être tenus de dire pourquoi. Est-ce une prérogative des procureurs du roi et de leurs substituts? Je le croirais , quant a moi. Ces places sont recliercliées;cen'est pas pourl'argent. On en donnait jadis, on en donnait iH'aueoup pour être prr)cureur du roi. Fouquet vendit sa ctuirge dix-huit cent milie francs, cinq miliions d'aujourd'hui, et clics coûtent a présent bien plus <|uc de l'argent. Ce ((u’achèteut si cher d'honnêtes gens, c’est i'houneiir [l'honneur seulpeut flatter un esprit généreux), ce sont les privilèges attachés à ces places. En est-il en effet de plus beau, de plus grand que de pouvoir dire : Gendarmes, qu'on l’arrête, qu'on le mène en prison. Ci-la ne sent pas du tout le robin , l’homme de lui. On ne voit rien là dedans de çes lentes et pesantes formalités de Justice que le cardinal de Retz reproche, avec tant de raison, à la magistrature, et qui, tant de fois, le tirent enrager, comme lui-même le raconte.

Il ne se plaindrait pas mainteuant : tout a cliangé au delà même de ce qu’il eût pu désirer

I alors. Notre Jurisprudence, nos lois sont prévô- ] taira; nos magistrats aussi doivent être expêdi- ! tifs et le .sont. Vite, bit ; emprisonnez , tuez; on I n’aurait Jamais fait s’il fallait tant d’ambages et dccircoulocntions. Fout chez nous iwrte empreint le earactcrc de ce héros, le génie du pouvoir, qui faisait en une heure une constitution, en quelques jours un code pour toutes les nations, gouvernait à chev al , organisait en poste , et fonda , en se dêbottanl, un empire qui dure encore.

Tout hicu considéré, le parti le plus sûr, c'est de respecter fort les procureurs du roi, leurs substituts et leurs clercs; de les éviter, de fuir toute rencontre avec eu.x, tout démêlé; de leur céder non-seulement le haut du ptivé, mais tout le pavé, s'il se peut. Car enlln , on le sait , ce sont des gens fort sages, (|ui ne mettent en prison que pour de bonnes raisons, exeniptsde passions, calmes, iniperturhables, des hommes éprouvés sous le grand Napoléon gui, cent fuis dans le cours de sa gloire pa.ssce, tenta leur patience el ne t'a point lassée. Mais ce ne sont jkis des saints; ils peuvent se fâcher. Un mot avec paraphe, le commandant est

là. Veuillez et aussitùt gendarmes de courir,

prison de s’ouvrir ; quand vous y serez, lu Charte ne vous en tirera pas. Vous pourrez rêver à votre aise la lilierté individuelle. Non, respectons les gens du roi , ou les gens de l’empereur, qui happent nu nom du roi. C’rat le conseil que je prends pour moi, cl que je donne à mes amis.

iMaisJe mesuislrum|>é, .Monsieur, je m’en aperçois; ce n est pas là toute In lettre du procureur du roi ; avec ce que Je vous ai transcrit, ii y a quelque chose encore. Il y a d’abord ceci : Ix procureur du roi, à U. le eummai^dant de la gendarmerie. monsieur.le commandant ; et puis, /ni l'honneur d’être, monsieur te commandant, avec considération, votre très- humble et trèsobéissant serviteur.

Le tout s'accorde parfaitement avec veuiltez mettre en prison. Veuillez, c’est comme on dit : Faites-moi l’amitié, obligez-moi de grâce, rendezmoi ce service , à la charge d’autant. Je suis votre .serviteur, cela s’entend. Il est serviteur du gendarme qui, au besoin, sera le sien; ils sont ser- V iteurs l’un de l’autre contre Vadministré qui Ira |xiye tous deux ; car l’homme qu’on emprisonne est un cultivateur. C’est un bon paysan qui a déplu au maire en lui demandant de l’argent. Celui-ci, par le moyen du procureur du roi, dont il est serviteur, a fait Juger et condamner l’insolent vilain, que ledit procureur du roi, par son serviteur le gendarme , a fait constituer es^pri-

DiQlliZOeî uy

LETIRI-S

sons. C'esl l'Iiisluire connue; cela se voit partout.

Oh ! que nos magistrats donnent de grands exemples! quelle sévérité ! quelle exactitude scrupuleuse dans l'observation de toutes les forincs de la civilité ! Celui-ci peut-être oublie dans sa lettre quelque chose, comme de faire mention il'un jugement ; mais il n'oubllera pas le trèshumble serviteur, l'Iionncur d’ètre, et le reste, bien plus important que le Jugement , et tout , pour monsieur le. gendarme. Au bourreau , sans doute, il écrit ; Monsieur le bourreau, veuillez tuer, et je suis votre serviteur. Les procureurs du roi ne sont pas seulement d'honnétes gens , ce sont encore des gens fort honnêtes. Leur correspondance est civile comme les parties de monsieur rieurant. Mais on pourrait leur dire aussi comme le malade imoginaire ; Ce n’est pas tout d’étre ch'ii, ce n’est pas tout pour un magistrat d’être serviteur des gendarmes ; il faudrait être bon et ami de l’équité.

Vrn*U, l’i no\eoibre IAI9-

MoXSIM'B,

Dans ces provinces, nous avons nos bandes noires, comme vous a Paris, a ce que j'entends dire. Ce sont des gens qni n'assassinent point, mais ils détruisent tout, ils achètent de gros biens pour les revendre en détail , et de profession décomposent les graudes propriétés. C’est pitié de voir quand une terre tombe dons les mains de res gens-là ; elle se perd , disparaît. Château , chapelle, donjon, tout s'en va, tout s'abîme. I.es avenues rasées, labourées de çà, de là, il n’en reste pas trace. Ou était l’orangerie s'élève une métairie, des granges, des étables pleines de vaches et de cochons. Adieu liosquets, parterres, gazons, allers d’arbrisseaux et de fleurs ; tout cela morcelé entre dix paysans, l'un y va fouir des haricots, l'autre de la vescc. Le château , s’il est vieux , se fond en une douzaine de maisons qui ont des portes et des fenêtres; mais ni tours, ni créneaux, ni ponts-levis, ni cachots, ni antiques souvenirs. Le parc seul demeure entier, défendu par de vieilles lois, qui tiennent bon contre l'industrie; car on ne permet pas de défricher les bois dans les cantons les mieux cultivés de la France, de peur d'être obligé d'ouvrir ailleurs des routes, et de creuser des canaux pour l’expluitation des forêts. Enfin, les gens dont je vous parle se peuvent nommer les fléaux de la propriété. Ils la brisent, la

pulvérisent, l'eparpillent encore apres la révolution, mal voulus pour cela d’un chacun. On leur prête, parce qu'ils rendent, et passent pourexaets; mais d'ailleurs on les hait , parce qu'ils s’enrichissent de ces spéculations; eux -mêmes paraissent en avoir honte, et n’osent quasi se montrer. De tous côtés on leur crie hepp! heppt II n’est si mince autorité qui ne triomphe de les surveiller. Leurs procès ne sont jamais douteux; les juges se font parties contre eux. Ces gens me semblent bien à plaindre , quelque succès qu'aient , dit-on , leurs opérations , quelques profits qu'ils puissent faire.

U n de mes voisins , homme bizarre , qui se mêle de raisonner, parlant d’eux l'autre jour, disait : Ils ne font de mal a personne, et font du bien à tout le monde ; car ils donnent à l'un de l'argent pour sa terre, à l’autre de la terre pour son argent; chacun a ce qu'il lui faut, et le public y gagne. On travaille mieux et plus. Or, avec plus de travail , il y a pfus de produits , c'est-à-d ire plus de richesse, plus d’aisance commune, et, notez ceci, plus de mœurs, plus d’ordre dans l'Etat comme dans les familles. Tout vice vient d'oisiveté, tout désordre public vient du manque de travail. Ces gens donc , chaque fois que simplement ils achètent une terre et la revendent , font bien , font une chose utile; très-utile et très-bonne, quand ils achètent d'un pour revendre à plusieurs ; car accommodant plus de gens , ils augmentent d'autant plus le travail, les produits, la richesse, le bon ordre, le bien de tous et de chacun. Mais lorsqu'ils revendent et partagent cette terre à des hommes qui n'avaient point de terre, alirrs le bien qu’ils font est grand, car ils font des propriétaires, c'est-a-dire d'honnêtes gens, selon Côine de Médicis. Avec trois aunes de drap fin , disaitil, je fais ttii homme de bien; avec trois quartiers de terre il aurait fait un saint. En effet, tout propriétaire veut l'ordre, la paix, la justice, hors qu'il ne soit fonctionnaire ou pense à le devenir. Faire propriétaire, sans dépouiller personne, l'homme qui n'est que mercenaire; donner la terre nu laboureur, c'est le plus grand bienquise puisse faire en France, depuis qu'il n’y n plus de serfs à affranchir. C’est ce que font ces gens.

Mais une terre est détniite ; mais le château ,

les souvenirs, les monuments, l'histoire Les

monuments seconservent où les hommes ont péri, à Balhek , à Palmyre , et sous la cendre du Vésuve ; mais ailleurs l’industrie, qui renouvelle tout, leur fait une guerre continuelle. Rome elle-même adètruitses antiques evlifices, cl se plaint des Bar-

AU RÉDACThUK DU CENSEUR.

Nirvs. Los Guths et les Vandales voulaient tout conserver. Il n’a pas tenu à eux qu'elle ne demeurât, et ne soit aujourd'hui telle qu'ils la trouvèrent. Mais, malgré leurs édits portant peine •le mort contre quiconque endommageait les sta- I ues et les monuments , tout a disparu , tout a pris une forme nouvelle. Et où en serait-on ? que deviendrait le monde, si chaque ége respectait , révérait, consacrait, à titred'ancienneté, tout œuvre des âges passés, n'osait toucher à rien , défaire ni mouvoir quoi que ce soit ? scrupule de madame de Harlai qui , plutét que de remuer le fauteuil et les pantouflesdu feu chancelier, son grand-père, toute sa vie vécut dans sa vieille, incommode et malsaine maison. M. Marcellus chérit, dons les forêts, le souvenir des druides, et, pour cela, ne veut pas qu'on exploite aucun bois, qu'on abatte même un arbre , le plus creux , le plus caduc , tout , de peur d’oublier les sacrilices humains et ies dieux teints de sang de ces bons Gaulois nos aieux. li défend tant qu’il peut , en mémoire du vieux âge , les ronces, les broussailles, les landes féodales, que d'ignobles guérets chaque Jour envahissent. I.es souvenirs I dit-on. Est-ce par les souvenirs que se recommandent ces châteaux et ces cloîtres gothiques? Autour de nous, Chenonecaux , le Ples- . sIs-lez-Tours , Blois , .Amboise , Marmoutiers , que I retracent-ils à l'esprit? de honteuses débauches , I d’infâmes trahisons, des assassinats , des massa- I cres, des supplices, des tortures, d’exécrables I forfaits , le luxe et la luxure , et la crasse ignoj rance des abbés et des moines , et pis encore l'hy- . pocrisie. Les monuments , il faut l’avouer, pour I la plupart ne rappellent guère que des crimes ou des superstitions, dont la mémoire, sans eux, dure toujours assez ; et s'ils ne sont utiles aux nrts comme modèles , ce qui se peut dire d’un petit nombre, que gagne-t-on à les conserver, lorsqu'on en peut tirer parti pour l'avantage de tous ou de quelqu’un seulement? Les pierres d’un couvent sont-elles profanées, ne sont-elles pas plutôt purifiées, lorsqu’elles servent à élever les murs d’une maison de paysan, d’une sainte et chaste demeure, où jamais ne cesse le travail , ni par conséquent la prière? Qui travaille prie.

Une terre non plus n’est pas détruitei c’est pure façon de parler. Bien le peut être un marquisat, un titre noble, quand la terre passe à des vilains. Encore, dit-on qu'il se conserve et demeure au sang , A la race ; tant qu'il y a race ; je m’en rap-

!><>rte Prenez le titre, a dit la Fontaine,

rt laisse z-moi la rente. C’est , je pense , à peu près le partage qui a lieu, iors<|u'un llef lomlM'

en roture, malheur si commun de nos jours! I.c gentiihorame garde son titre, pour le faire valoir à ia cour. I.Æ vilain acquiert seulement le sol , et n’en demande pas davantage, content de posséder la glèbe à laquelle il fut attaché; il la fait valoir a sa mode, c'est-à-dire par le travail. Or, plus la glèbe est divisée, plus elle s’améliore et prospère. C'est ce que l'expérience éprouvé. Telle terre, vendueily a vingt-cinq ans,cst acette heure partagée en dix mille portions, qui vingt fois ont changé de mains depuis la première aliénation , toujours de mieux en mieux cultivée ( on le sait : nouveau propriétaire, nouveau travail, nouveaux essais); le produit d'autrefois ne payerait pas l'impôt d'aujourd'hui. Recomposez un peu l'ancien fief par les procédés indiqués dans le Conservateur, et que chaque portion retourne du propriétaire laboureur a ce bon seigneur adoré de ses vassaux dans son château, pour être substitué à lui et à ses hoirs , de mâle en mâle, à perpétuité; ses hoirs ne laboureront pas, scs vassaux peu. Plus d’industrie. Tout ce qui maintenant travaille se fera laquais, ou mendiant, ou moine, ou soldat, ou voleur. Monseigneur aura ses pacages et ses lods et ventes, avec les grâces de la cour. Bientôt reparaîtront les créneaux ; puis les ronces et les épines, et puis les forêts , les druides de M. de Marcellus; et la terre alors sera détruite.

Ils ne songent pas, les bonnes gens qui veulent maintenir toutes choses intactes, qu'a Dieu seul appartient de créer; qu'on ne fait point sans défaire; que ne jamais détruire, c'est ne jmnais renouveler. Celui-ci, pour conserver les l)ois , défend de couper une solive ; un autre conservera les pierres de la carrière; a présent, bâtissez. L'abbé de la Mennaisconserv e les ruines, les i-estes de donjons, les tours abandonnées, tout ce qui pourrit et tombe. Que l’un construise un pont du débris délaissé de ces vieilles masures, (pi’on repare une usine, il s’emporte, il s’écrie : L’esprit de la révolution estcminemmenldestructeur. Le jour ile la création , quel bruit u’eùt-il pas fait ! il eût crie : Mon Dieu , conservons le elmos.

En somme, ces gens-ci, ces destrucleui-s de terres, font grand bien à lu terre, divisent le travail , aident à la production , et faisant leurs affaires, fout plus pour l'industrie et l'agrieulture que jamais ministre, ni préfet, ni société d'encouragement , sous l’autorisation du préfet. Le public les estime peu. En revanche , il honore fort ceux qui le dépouillent et l'écrasent ; toute fortune faite a ses dépens lui parait belle et bien acquise.

LETPHES

VollA w (|ui‘ nu- (lit mon voisin. Mais, moi, tous cfs discours me pereuadent peu. Je ne suis pas né d'Iiier, et j'ai mes souvenirs. J'ai vu les ('randes terres, l(?s rielics abbayes ; c’était le temps des bonnes œuvres. J'ai vu mille imuvres recevoir mille écuelles de sotipc à la porte de Marmoutiers. I.e couvent et les terres vendues, je n'ai plus vu ni écuelles , ni soupes , ni ptiuvres , {tendant qtiel- (|ues années , jusqu’au rèipie brillant de l’empereur et roi , qui remit en honneur toute esix-ce de mendicité. J’ai vu jadis, j’ai vu madame la duchesse , marraine de nos cloches, le jour de Sainte- Andoche , donner à la fabrique eiii((uante louis en or, et dix écusaux pauvres. Les pauvresontacheté ses terres et son château, et ne donnent rien à personne. Lhacpic jour la charité s’eteint, depuis (ju'on sontte a travailler, et se perdra enlin , si la Sainte-Alliance n’y met ordre.

LEITRE Ml.

venAï, sa nottsntire isi».

MoxstRi B ,

Il faut mettre de l’ener»' et tirer avec soin. Dites cela, je vous prie, de ma part à votre imprimeur, s’il a qnel((uc envie que ses feuilles sortent lisibles de la presse. Je déchiffre a {>eine la moitié d'un de vos paragraphes du 22, dans lc(|ucl je vois bien pourtant ([ue vous louez les Kran(:ais comme un {ample rempli de sentiments chrétiens, et faites un juste éloge de notre dévotion , bonne conduite, souniission aux pasteurs de l'Église. .Nous vous en sommes bien obligés ; eela est généreux à vous, dans un moment où tant de gens nous traitent de mauvais sujets , et appellent (jour nous corriger les puissances étrangères. Votre iles-scin , si je ne me trompe , est de faire voir que nous pouvons nous passer de missions, et que, chez nous, les bons pères prêchent des convertis. \ oiis dîtesd'abord excellemment ; 1m religion est honorée; puis vous ajoutez quel((ue cliosc ((ue j'eusse voulu {jouvoir lire , car la matière m'intéresse. Mais, dans mon exemplaire, je distingue seulement ces lettres /. p..p.e cro.l J p..c; là-dessus , c{UOi que nous ayons pu faire , moi et tous mes amis, à (jmnd renfort île besicles, comme dit mailrc Kranemis, nous sommes encore a dev iner si vous avez écrit en style d’.Atala, le peuple croit et prie, ou moins {loétiqueinent, le peuple croit ( circonlle.xe ) et puije. Voila sur ({uoi nous disputons, moi et ees messieurs, depuis (leux jours. Ils soutiennent la première le(.•on; je défends la seconde, sans me fâcher néanmoins.

I car mon opinion est probable ; mais , comme di- I sent les jésuites, le contraire est probable aussi.

Mes raisons cependant sont bien bonnes. Mais ‘ je veux premièrement vous dire celles de mes adversaires, sans vous en rien dissimuler ni rien diminuer de leur force. Le peuple croit, disentils, cela est évident. Il croit qu’on songe à tenir ce qu’on lui a promis ; que tout à l'heure on va exécuter la Charte , et il prie qu’on se. hâte , parce qu'il se souvient de la poule an pot qu'on lui promit jadis , et qui lui fut ravie par un de ees tours ({UC l’ayneau enseigne à ceujc de lu société ( belle expression du père Garasse). Or, le (leuplc, en même temps qu'on lui préseule la Charte, aperçoit dans un coin la société de l’agneau, et cela l'iuqiiiete.

Il croit que ses mandataires vont faire ses affaires. Il croit bien d'autres choses, car il est fort crédule. Il prie les gouvernants de l'é()argncr un peu, et il croit qu’on l’écoute. En un mot, le peuple est toujours priant et croyant. Croire et prier, c’est son état, vi façon d’élrc de tout tem{is ; et le journaliste , homme d'esprit , ne peut avoir eu d'autre idée. C’est ainsi qu'ils expliquent et commentent ce passage. Doctement!

Mais je dis ; Le peuple croit (avec un accent circxmllexc). Il croit à vue d'œil , comme le fils de Garguantua, et {wye. Ce sont deux vérités que le journaliste , en ce pou de mots , a heureusement exprimées. Le {icuple croit et multiplie; se pi'ut-il autrement ? tout le monde se marie. Les jeunes gens prennent femme des qu’ils pensent savoir ce que c’est qu'une femme, l’eu font vœu de chasteté, parce qu’un pareil V(jeu sent le libertinage; ou plutôt, on sait aujourd'hui qu'il n'y a de chasteté que dans le mariage. .Aussi les biles n'attendent guère. .Autrefois, dans ce {Kiy s, une mariée de village avait rarement moins de trente ou trcntea?in(( ans. A cet âge, maintenant, elles sont toutes grand’mèrcs, et fort éloignées de s'en plaindre. On ne craint {dus d'avoir des enfants, depuis qu’on a de quoi les élever, et même de (juoi les racheter quand le gouvernement s’en empare. Chaque {xiysan {ires((ue {Mssède ce que nous ap- (X'Ions goûtée de benace, un ou deux ar{)cnts de terre en huit ou dix morceaux qui, labourés, retournés, travailhs sans relâche, font vivre la famille. C’est un grand mal que cela. Mais ou y va remed ier . Ün va ceconi{)user les grandes propriétés {K)ur les gens qui ne veulent rien faire. La terre alors se rc(x)scra. Chaque gentilhomme ou chanoine aura, (wur sa part, mille arpents, à charge de dormir, et s’il roullc, le double.

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