A LA MÊME
Saint-Prix, as Juillet 1813 .
Madame ,
Je ne voulais point vous écrire; je voulais vous aller voir, vous et M. le comte. Je me promettais de faire avec lui plus d'une partie de chasse et d'échecs. Ne devions-nous pas aller aux eaux d'.Aix-la-ChapelIc? J’ai cru de bonne foi jusqu'à présent que tous ces projets s'exécuteraient ; mais je vois qu’il y faut renoncer, et que mes amis qui me défiaient de quitter Paris me connaissent assez bien. Vous savez comme un s'habitue en ce pays-ci , et comme aisément on y prend racine , et comme on Huit par ne plus pouvoir vivre ailleurs. Assurément, il vous souvient des querelles que je vous faisais là-dessus. Vous en voilà quitte. Madame. Je commence à comprendre enfin que Paris ait pour vous quelque attrait , de la façon surtout dont vous y pouvez être , puisqiicmoi, chétif, qui n'ai pas autant de raisons de m'y plaire, je ne puis m’en arracher, non pas même pour vous aller voir. Je suis à la campagne pourtant depuis quinze jours sans m'ennuyer; mais de ma ehambre je vois Paris, et j’y vais de mon pied, chaque fuis que la fantaisie m'en prend. Faites-en autant, je vous prie, de votre château. Essayez avec vos carrosses de partir à la minute même où ce caprice vous viendra. Je m’attends que dans votre première lettre vous reconnaîtrez ingénument les avantages que nous autres hères avons sur vous autres châtelains. Mon Dieu ! qu’on doit y être bien dans ce château et avec vous; je me le figure à merveille, et je crois , Madame , sans vouloir vous dire une douceur, que j’y aurais bientdt oublié Paris et le reste du monde. Cela m’est arrivé quelquefois en bien moins bonne compiagnie. Le difliciie, c’est de bouger d’ici. Passé une fois la première poste , il n’y a plus pour moi de Paris , ou tout m'est Paris pour mieux dire. Si je vous contais les délices qui m’y retiennent à présent , vous seriez , je crois , bien surprise. Mais voilà ce que c’est. En paradis il n’y a qu'un plaisir pour tout le monde , celui de voir Dieu face à face ; ici chacun jouit à sa mode.
Vous me demandez ce que je fais; je travaille
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tCmiES DE EKAISCE ET DTTALIE.
à mettre un peu d'ordre dans mes pauvres affaires; quand Je dis pauvres, ne croyeai pas que je me plaigne de mon sort, je sais combien de gens qui me valent sont plus pauvres encore que moi ; et songeant à ce que possédaient mes amis Socrate et Phoclon , j'ai honte de mon opulence. Enlln je mets ordre à mes affaires , et savez-vous pourquoi ? pour aller à Athènes. Riez-en si vous voulez. C'est un pèlerinage , un vœu dont je dois m’acquitter. Tout chrétien brûle du désir de voir une fois les saints lieu.x. Tout Grec, un peu païen comme moi , meurt content s'il a pu saluer la terre de Minerve et des arts. J'en veux rapporter des reliques, soit la lanterne de Diogène, ou bien le miroir d'Aspasie.
Je vis l'autre jour le Tartan' : nous causâmes fort de vous. Madame. Il vous aime et révère. Mais quand nous reviendrez-vous ? tout au plus , je m'imagine, à la Un de novembre. Vous venez tard et partez tôt comme les tourterelles. Que ce style ne vous étonne pas. Je viens de lire l' Astrée, que je n’avais jamais lue; cela m’ennuya d’abord, et puis j’y pris plaisir. C’est le rebours des autres lectures et de tout cc qui amuse. Vous éprouverez la même chose q\iclque jour dans votre château ; vous Unirez par vous y plaire et ne plus penser A Paris. Alors il faudra bien que Paris vous aille voir. Cc qui nous y cloue , c’est qu’on soit que vous y viendrez.
Je suis avec respect. Madame, votre , etc.