‹ Œuvres complètes de P. L. CourierChapitre 157 sur 199 · A TOURS · texte numérisé non relu

A TOURS

■nençant ; chaque coupe formant un carré dont Ira quatre angles sont marqués par des fossés de brisées ( c'est ainsi qu’on les appelle ) , dans toute l’étendue de la forêt. De dire que ses trente arpents, mesure exprimée daas l’acte, lui devaient être complétés, j’ai déjà répondu a cela. Voudrat-il arguer de .ce qu'on n’a point fait de brisées d’un angle à l’autre de chacune des coupes vendues, pour en achever le tracé et déterminer les cAtés ? Mais cela même est contre lui ; car c’était à lui d’exiger que ces brisées hissent faites, d’autant plus que, s’étant engagé à ne point anticiper sur la coupe contiguë à celles qu’il exploitait , il lui importait que cette coupe fût séparée des autres dans toute sa longueur par une ligne invariable. Cette raison d’ailleurs se pourrait écouter, s’il s’agissait entre nous de quelques arbres seulement , et d’une fausse direction dans la ligne d’exploitation, qui, après tout, n’emporterait au plus que quelques pieds ; mais c’est précisément aux angles de la dernière coupe, là où les limites sont marquées par ces fossés de brisées, qu’il les a passés , non de quelques pieds , mais de cinquante pas. Tout cela est facile à voir sur le terrain.

Je ne puis donc imaginer ce qu’il dira pour sa défense , et je ne conçois pas davantage comment line réserve si juste, et qui n’avait pas besoin d’être exprimée , une clause si solenuellc de l’acte de vente , est tellement nulle à ses yeux , qu’il n’hésite pas à l’enfreindre. Que pensait-il? comment a-t-il pu se flatter que cette usurpation , pour ne pas dire le mot, n’aurait aucune suite, si ce n’est qn’il me connaissait bon homme, ignorant les ofi’aires, et craignant surtout les procès? Il a cru , me prenant mon bien , ou que je n’en verrais rien, ou que je ne m’eu plaindrais pas, ou que , me plaignant , je n’aurais pas la patience de suivTc l’affaire; et il était fondé a le croire. Car, depuis vingt-cinq ans que je suis, après mon père, propriétaire dans cette province , plusieurs m’ont fait tort dans mes biens en diverses manières , quelques-uns même m’ont volé, tout ouvertement, sans que Jamais j’en aie fait aucune poursuite, aimant mieux perdre du mien que de gagner un procès. Voilà sur quoi il comptait, et il ne se fût pas trompé dans son calcul. Je lui aurais tout abandouné plutôt que de plaider, si mes amis ne m’eussent fait sentir que, me laissant ainsi dépouiller, il me fallait renoncer à toute propriété. En effet , si j’endure de la part de Bourgeau un tort si manifeste, à qui désormais pourrai-je vendre qui ne m’en fasse autant ou pis ? et quelles garanties pourront assurer mes coupes annuelles contre de telles

usurpations, si les réserves les plus claires, les plus formellement exprimées, n’y servent de rien ?

Qu’importe , après tout , ce qu’U dira î Son dire contre les faits ne peut rien. Il a promis de ne point toucher à ma onzième coupe. C’est de quoi l’acte fait foi. Il en a coupé cinq arpents. C’est ce qu’on voit sur le terrain. Peut-il , pai’ ses raisons , faire qu’un fait ne soit pas fait, ou qu'il ait eu le droit d’enfreindre les clauses d’un contrat? A proprement parler, il n’y a pas ici matière à discussion. Si je lui eusse vendu trente arpents à choisir dans mes boisa son gré, on pourrait, par un arpentage, voir s’il a coupé plus ou moins. Ce point serait bientôt éclairci. Mais je lui vends' un espace désigné , limité , avec injonction de ma part et promesse de la sienne de no point couper au delà. Il est contrevenu à cette clause ; l’inspection du terrain le prouve; lui-même il en tombe d’accord. Où est la question? où est le doute qu’on puisse élever là-dessus?

C’est pour cela que plusieurs personnes qui entendent ces sortes d’affaires, croyant qu’il s’agissait d’un vol , me conseillaient de citer Bourgeau à la police correctionnelle. Moi , sans trop savoir ce que c’était que cette police correctionnelle , je préférai l’action civile, non que j’en eusse une idée plus claire; mais on m'avait persuadé que par là je pourrais me ménager des voies à un accommodement dont je me flattais toqjours. Je m’imaginais que plus son tort était évident, et plus il me serait facile, en relâchant de mon droit, et lut laissant bonne part de ce qu’il m’avait pris, d’entrer en quelque espèce d’arrangement avec lui. Mais je ne le connaissais pas , ou plutôt il me connaissait. Car il est bon de vous dire. Messieurs, qu’ayant conçu le projet, chimérique peut-être, d’avoir terre sans procès, je suivais pour cela un plan qui me paraissait infaillible. C’était, quand je me voyais volé ( comme à un chacun il arrive d’avoir affaire à des fripons), prendre patience et ne dire root. Cela m’a réussi longtemps, et maintes gens au pays en sauraient bien que dire. Mais un homme s’est rencontré qui, après m’avoir pris mon bien, m’a demandé encore des dédommagements. Le fait n’est pas croyable; il est vrai néanmoins. Tout le monde sait, chez nous, à Véretz, à Larçai, que quand je proposai à Bourgeau, devant témoins, de lui laisser ce qu’il m’avait pris et de finir toute contestation, il balança d’abord , puis il me déclara qu’il voulait de moi 1 300 francs de dommages et intérêts, comme n’ayant pas coupé assez de bois pour sa vente. Que voulait-il dire? Je ne sais. Je pense. Mes-

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