‹ Œuvres complètes de P. L. CourierChapitre 161 sur 199 · A BLOIS · texte numérisé non relu

A BLOIS

Mkssieubs,

J'al fait de grandes fautes , inaisj'eu suis trop puai déjà par tout ce que J'ai souffert j et si vous regardez ma conduite , vous verrez qu'il y a en moi, pauvre et simple homme de village, plus de béUse que de méchanceté.

Ma première faute fut d'entrer au service de M. de Beaune , le maire de notre commune. Je le connaissais. M. de Beaune est un jeune homme vif, emporté , violent dans ses vengeances. Je savais cela , l'aurait du fuir M. de Beaune et prévoir ce qui m'arrive ; mais quoi 7 il fallait vivre ; je n’avais point d'autre ressource, et il n'était pas ' maire encore ; il ne faisait point de procès-verbaux ; eu le servant , on ne risquait que d'être assomnté. J'entrai chez lui , et me conduisis avec tant de prudence, qu'au bout de deux ans , j'en sortis sans contusion ni blessure. En cela , je ne fus pas bétc.

Mais , malheureusement , il était maire alors. En me renvoyant , M. le maire ne me payait pas mes gages de trois mois , cinquante francs qu'il me devait; je les lui demandai. Ce fut ma seconde faute, pire que la première : pour moi, dans le besoin, sans place , sans travail, cinquante francs, c'était beaucoup; ce n'était rien pour M. de Beaune. Et que pensez-vous qu'il me dit , quand je lui demandai mon argent? Tu me le payerne, me dit-il ; et jamais , Messieurs , je n’en pus tirer autre chose.

Moi , Messieurs , voyant cela , je le fis assigner. Ah I fauteirréparable ! mon supérieur,mon maire, le plus riche propriétaire de toute la commune, l'attaquer en justice 1 moi pauvre paysan , domestique renvoyé, lui demander mon dd 1 Je fis cette folle dont je me repens bien , et vous jure qvie de ma vie, dussé-je mourir de faim, jamais plus ne m'arrivera de faire assigner un maire. Aussi bien que scrt-il? M. de Beaune comparut devant le

juge de paix. Ut serment, leva la main qu’il ne me devait rien , et je perdb mes cinquante francs, et toujours : Tu ute le payeras. Il m'a tenu parole; je lui paye bien l'argcut qu’il me devait.

Dès lors on me conseilla de quitter le pays.

Va-t'en , Blondeau , vn-t’en , me dit un de nos voisins. Que veux-tu faire ici ayant fâché le maire? Le maire est plus maitre ici que le roi à Paris. Procès, amende, prison, voilé ce <|ui t'attend. Plus de repos pour toi, plus de travail pjiisihlc. Tu ne mangeras plus morceau qui te profite, ayant fiché le maire. Va-t’en , pauvre Blondeau.

Il n'avait que trop de raison de me parler ainsi. Je devais le croire, partir, vendre mon quartier de terre, emmener ma famille. Mais environ ce temps, je trouvai à me placer fort avantageusement, à ce qu il me semblait. M. Courier me prit pour garde de ses bois, et je me crus heureux d'entrer à son service. Je pensais qu'étant chez lui , qui passe pour bon homme, quoique peu de gens l'oient vu, et que personne ne le connaisse, je pourrais vivre tranquilie. En cela , je me trompais , comme vous allez voir.

Je fus accusé , peu après , d'avoir dit à M. le maire , causant avec lui dans son parc : AUei vous promener. C'est la déposition de quelquesuns des témoins que vous avez entendus. D’autres disent que j'al dit : Allez vous faire/..... ; d'autres enfin prétendent que je n'oi rien dit du tout. L’affaire était sérieuse. J'avais tout é redouter, vu le nombre et le crédit de ceux qui m’attaquaient , car chacun ÿ'en mêlait. Le maire portait plainte, le procureur du roi me poursuivait à outrance ; le domaine me menaçait de m’d'ier mon état de garde particulier. Le préfet même daigna , et plus d'une fois , écrire aux juges contre moi. I.ÆS puissances de Tours étaient coalisées pour écraser Blondeau.

Et l'occasion de tout cela, c'est qu'en effet j'avais parlé à M. le maire; grande imprudence

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