DE PAUL-LOUIS, VIGNERON
tatears ont fait le reste. J'en avais deux cent vingt connues.
— L’empereur Alexandre a dit à M. de CbJteaubriand ; ■ Pour l'intérêt de mon peuple et de ma religion , je devais faire la guerre au Turc ; mais j'ai cru voir qu'il s'agissait de révolution entre la Grèce et le Turc , je n'ai point fait la guerre. J'aime bien moins mon peuple et ma religion, que je ne bais ia révolution, qui est proprement ma béte noire. Je me réjouis que vous soyez venu; je voulais vous conter ceia. > Queile confidence d'un empereur! Et le romancier qui publie celte confidence! Tout dans son discours est bizarre.
Il entend sortir les paroles de la bouebe de l'empereur. On entend sortir un carrosse ou des chevaux de l'écurie ; mais qui diantre entendit jamais sortir des paroles? Et que ne dit-il : Je les ai vues sortir , ces paroies, de la bouebe de mon bon ami qui a huit cent mille hommes sur pied? Cela serait plus positif, et i’on douterait moins de sa haute faveur a ta cour de Russie.
Notez qu'ii avait tu cette belle picce aux dames; et (|uand on lui parla d'en retrancher queU|ue chose , avant de la lire à In Cliambre , il n'en voulut rien faire, se fondant sur l'approbation de madame Récamier. Or, dites maintenant qu'il n'j a rien de nouveau. ,Avait-on vu cela? Nous citons les Anglais : est-ce que M. Cauning , voulant parler aux Chambres de In paix, de la guerre, consulte les ladys, les mistriss de la cité?
Les gens de lettres , en général, dans les emplois , perdent leur talent, et n'appreimcnt point les affaires. Bolingbrokese repentit d'avoir appelé prés de lui Addisou et Stcele.
— Socrate, avant Roissy d'Anglas, refusa, au péril de sa vie, de mettre aux voix du peuple assemblé une proposition illégale. Ravez n'a point lu cela ; car il eût fait de même dans l'affaire de Manuel. 11 est vrai que Socrate, présidant les tribus, n'avait ni traitement de la cour, ni gendarmerie à ses ordres. .Manuel a été grand quatre jours ; c’est beaucoup. Que faudrait-il qu’il fit à présent? Qu’il mourut, afin de ne point déchoir.
— Ü'.Arlincourt est venu à la cour, et a dit : Voilà mon Solitaire et mes autres romans, qui n'en doivent guère au Christianisme de Chàteaubriand. Mon galimatias vaut le sien; faites-moi conseiller d'Etat au moins. On ne l'a pas écouté. De rage , il quitte le parti , et se fait libéral. C'est le maréchal d’Hocquincourt, jésuite ou janséniste, selon l'humeur de sa maltres.se et l'accueil qu'il reçoit au Ixmvre.
— Ravez maudit son sort , se donne à tous les diables. Il a fait ce <{u'il a pu , dans l'affaire de Manuel, pour contenter le parti jésuite. Il n'a point réussi. Ceux qu'il sert lui reprochent de s’y être mal pris, disent que c'est un sot , qu'il devait éviter l'esclandre, et qu’avec un peu de prévoyance, il eût empêché l'homme d'entrer, ou l'eût fait sortir sans vacarme. Eêeheuse condition que celle d'un valet I Sosie l'a dit : Les maîtres ne sont jamais contents. Ravez veut trop bien faire. Hyde de Neuville va mieux, et l'entend a merveille. Je vois, je vois ia-bas les ministres de mon roi. Il a son roi comme Pardessus : Mon roi m'a pardonné. Voilà le vrai dévouement. Le dévouement doit être toujours un peu idiot. Cela plaît bien plus à un maître, que ces gens qui tranchent du capable.
— Serons-nous eapueins, ne le seronsnous pas? Voilà aujourd'hui la question. Nous disions hier : Serons-nous les maîtres du monde?
— Ce matin , me promenant dans le Palais- Royal, M..ll...rd passe, et me dit : Prends garde, Paul-Louis , prends garde ; les cagots te feront assassiner. — Quelle garde veux-tu, lui dis-je, que je prenne? ils ont fait tuer des rois; ils ont manqué frère Paul, l'autre Paul, à Venise, t'ra Paolo ^rpi. Mais il l'échappa belle.
— Fabvier me disait un jour : Vos phraseurs gâtent tout ; voulant être applaudis, iis mettent leur esprit à la place du bon sens , que le peuple entendrait. Le peuple n'entcud point la pompeuse éloquence , les longs raisonnements. Il vous parait, lui dis-je, aisé de faire un discours pour le peuple ; vous croyez le bon sens une chose commune et facile à bien exprimer.
— Le vicomte de Foucault nous parle de sa race. Ses ancêtres, dit-il, commandaient à la guerre. Il cite leurs batailles et leurs actions d'éclat. Mais la postérité d'Alphanc et de ttayard, quand cc n’est qu'un gendarme aux ordres d'un préfet, ma foi, c'est peu de chose. Le vicomte de Foucault ne gagne point de batailles; il empoigne les gens. Ces nobles, ne pouvant être valets de cour, se font archersou geûliers. Tous les gardes du corps veulent être gendarmes.
— Les Mémoires de madame Campan méritent peu de confiance. Faits pour la ixjur de Bonaparte , qui avait besoin de leçons , ils ont été revus depuis par des personnes intéressées à Icsaltérer. L'auteur voit tout dans l’étiquette , et attribue le renversement de lu monarchie à l'oubli du cérémonial. Bien desgens sont de cet avis. Henri III fonda l'ctiquctte , et cc(M'ndant fut assassiné. On
LIVRET
nrgliKca quelque chose apparemment ce jour-là. f.’cliquettc rend les rois esclaves de la cour.
Dans ces Mémoires , il est dit qu'une fille de garde-robe, sous madame Campan femme de chambre, avait dix-huit mille francs de traitement; c’est trente-six mille aujourd'hui, .\ussi tout le monde voulait être de la garde-rol>e. Que de gens encore passent la vie à es|icrer de tels emplois ! Montaigne quelque part se moque de ceux qui , de son temps, s'adonnaient à l'agriculture et à ce qu'il appelle ménage domestique. .Allez, disait-il, cliez les rois, si vous voulez vous enrichir. Et Démosthéne : Ix's rois, dit-il, font l'homme riche en un mot, et d'un seul mot ; chez vous, Athéniens, cela ne se peut , il faut travailler ou hériter. Qu'on mette à Genève un roi avec un gros budget, chacun quittera l'horlogerie pour la garderohe; et comme les valets du prince ont des valets, qui eiix-mémes en ont d'autres, un peuple se fait laquais. De là l’oisiveté, la bassesse , tous les vices, et une charmante société.
Madame Campan fait de la reine un modèle de toute vertu ; mais elle en parlait autrement; et l’on voit dans O’Meara ce qu’elle en disait à Bonaparte ; comme, par exemple, que la reine avait un homme dans son lit , la nuit du 5 au 6 octobre; et que cet homme, en se sauvant, perdit ses chausses, qui furent trouvées par elle, madame Campan. Cette histoire est un peu suspecte. Af. de la Fayette ne la croit point. Bonaparte a menti , ou madame Campan.
Elle écrit mal , et ne vaut pas madame de Mottcville, qui était aussi femme de chambre. Madame du Hausset, autre femme de chambre, va paraître. On lmprimescs Mémoires trcs-curieux. Ce sont la les vrais historiens de la monarchie légitime.
— Quelqu'un montre une lettre de M. Arguelles, où sont ces propres mots: Votre roi nous menace; il veut nous envoyer un prince et cent mille hommes pour régler nos affaires selon le droit divin. Voici notre réponse : Qu'il exécute la Cliarte, ou nous lui enverrons Mina et dix mille hommes avec le drapeau tricolore ; qu'il chasse scs émigrés et ses vils courtisans , parce que nous craignons la contagion morale.
— Horace va faire un tableau de la scène de Manuel. Mais quel moment choisira-t-il î Celui où Foucault dit : Empoignez le député ; — ou bien quand le sergent refuse ; j’aimerais mieux ceci. Car, outre que le mot empoignes ne se (H‘ut peindre ( grand dommage sans doute), il y aurait là deux ignobles |>ersonniigcs. Foucault
et le pré-sident, qui , à dire vrai, n’y était pas, mais auquel on penserait toujours. Danscettecom- |>osition, l'odieux dominerait , et cela ne saurait plaire , quoi qu’en dise Boileau. I/instant du refus, au contraire, offre deux caractères nobles. Manuel et le sergent qui tous deux intéressent, non pas au même degré, mais de la même manière et par le plus bel acte dont l’homme soit capable, résister au pouvoir. De pareils traits sont rares; il les faut recueillir et les représenter, les recommander au peuple. D’autre part , on peut dire aussi que Manuel , Foucault, ses gendarmes , donneraient lieaucoup à penser ; et le président derrière la toile ; car il est des objets
que r art judicieux Lacontenanec de Manuel
et la bassesse des autres formeraient un contraste ; ceux-ci servant des maîtres et calculant d’avance le profit, la récompense toujours proportionnée a l'infamie de l'action; cclul-là se proposant l’approbation publique et la gloire à venir.
— Les fournisseurs de l’armée sont tous bons gentilshommes et des premières familles. Il faut faire des preuves pour entrer dans la viande ou dans la partie des souliers. Les femmes y ont de gros intérêts; les maîtres.scs, les amants partagent ; comtesses , duchesses , barons, marquis, on leur fait à tous bon marché des subsistances du soldat. La noblesse autrefois se ruinait à la guerre , maintenant s’enrichit et spécule très-bien sur la fidélité.
— Les bateaux venus de Strasbourg à Bayonne par le roulage coûteront de port cent mille francs, et seront trois mois en chemin. Construits en un mois à Bayonne , ils eussent coûté quarante mille francs. Les munitions qu’on expédie de Brest à Bayonne, par terre, iraient par mer sans aucuns frais. Mais il y a une compagnie des transi>orts par terre , dans laquelle des gens de la cour sont intéressés, et l'on préfère ce moyen. Il faut relever d'anciennes familles, qui relèveront la monarchie si elle culbute en E.spngne.
— Les parvenus imitent les gens de bonne maison. Victor, sa femme, son fils, prennent argent de toutes mains. On parle de pots-de-vin de cinquante mille écus. Tout s’adjugea huis clos et sans publication. .Ainsi se prépare une campagne à la manière de l’ancien régime. Cependant Marcellus danse avec miss Canning.
— La guerre va se faire enfin malgré tout le monde. Madame ne la veut pas. Madame du Cayin y paraît fort contraire. Mademoiselle, ayant consulté sa poupée, se déclare (>our la paix, ainsi (pie la nourrice et toutes les remueuscs de mon-
DE l’ALL-LOL’IS, MGNKUON.
Sfigneur Itt duc de ilordenux. Personne ne vent la guerre. .Mai.s voici le temps de l’iiqucs, et tous les confesseurs ix-fusent l'alysolution si on ne fait la guerre; elle se fera donc.
— Le duc de Guiche, l'aulre jour, disait dans un salon , montrant le confesseur de Monsieur et d'autres prêtres : Cescagots nous perdront.
— On /ne propose cent contre un tpic nos jésuites ne feront pas la conquête de l'Espagne, et je suis tenté de tenir. Sous Bonaparte, je proposai cent contre un qu'il ferait lu conquête de l'Espagne : personne ne tint ; j'aurais perdu ; peut-être cette fois gagnerais-je.
— Mille contes plaisants du liéros pacincaleur, pointes, calembours de toutes parts. Il crève les chevaux sur la route de Bayonne, fait, dit-on, quatre iieues à i'beurc, va plus vite (|ue Bonaparte, mais n'arrive pas si tôt, parce que ses dévotions l'arrêtent en chemin. Il visite les églises et baise les reliques. Le peuple, qui voit cela, en aime d'autant moins l'Eglise et les rcli(|ucs.
— Il n'y a p.is un paysan dans nos campagnes qui ne dise que Bonaparte x it, et (ju il reviendra. Tous ne le croient pas, mais le disent. C'est entre eux une espèce d'argot, de mot comenu |xiur narguer le gouvernement. Le peuple hait les Bourbons , parce qu'ils l'ont trompé, qu'ils mangent un milliard et servent l'étranger, parce qu'ils sont toujours émigrés , parce qu'ils ne veulent pas être aimés.
— Barnave disait à la reine : • Il faut vous faire aimer du peuple. — Hélas ! je le voudrais, dit-elle ; mais comment ? — Madame , il vous est plus aisé qu'il ne l'était à moi. — Comment faire? — Madame, lui répondit Barnave, tout est dans un mot : Bonne foi. »
— On va marcher, on avancera en Espagne ; on renouvellera les bulletins de la grande armré avec k-s exploits de la garde; au lieu de .Murat, ce sera la BoclusJacquelin. Sans rencontrer person'ne, on gagnera des bntaillc.s, on forcera des villes, enfin on entrera triomphant dans Madrid, et la commence la guerre. Jamais ils ne fenmt la conquête d'Espagne. .M. Ls.
Je le crois ; mais ce n'est pas l'Espagne , c’est la France qu'ils veulent conquérir. A chaque bulletin de Martainvillc, à chaque victoire de messieurs les gardes du corps, on refera ici quelque pièce de l'ancien régime : et qu'importe aux jésuites que les arim^ (RTissent , pourvu qu'ils confessent le roi ?
— A la Chambre des Pairs, hier quelqu'un disait : Figurez-vous que nos gens en Espagne se-
ront des saints. Ils ne feront point de soltises;oii payera tout, et le soldat ne mangera pasune poule qui ne soit achetée au marclié. Ordre, discipline udinirable ; on mènera jusqu'à des tilles , afin d'épargner les infantes. I,a conquête de 1a Péninsule va se faire sans fâcher personne , et notre armée sera comblée de bénédictions. Ln-dessus M. Catelan a pris lu parole , et a dit ; Je ne sais |xis comment vous ferez lorsque vous serez en Esiuigne; mais en France votre conduite est assez mauvaise. Vous payerez là, dites-vous, et ici vous prenez. Voici une réquisition de quatre mille bœufs pour conduire de Toulouse à Pau votre artillerie qui u scs chevaux ; mais ils sont employés ailleurs. Ils mènent les équipages des durs et des martpiis et des gardes du corps. Le canon reste lu. Vous y attelez nos bœufs au moment des labours. \'ous serez sages en Espagne , à la Ixiniie heure, je le veux croire, et vous agirez avec ordre; mais je ne vois que confusion dans vos préparatifs.
— Guilicminot a fait un rapport dont lasuhskuicc est que l'armée a besoin de se recruter d'une ou de deux conscriptions, pour être en état, non de marcher, car il ii'y a nulle api>arence, mais de garder seulement la frontière; que l'étatmajor est bon et fera ce qu'on voudra ; mais que les ofllciers de fortune, et surtout les sous-olliciers, semblent peu disposés àentrer en campagne, pi'nsentque c'est contre eux que la guerre sc fait. Guilicminot est rappelé pour avoir dit ces choseslà , et son aide de camp arrêté comme corrcsixmdant de F'abvier. Victor part pour l'armée.
— A l'armée une cour (voir là-dessus Feuquiércs. Mémoire), c'est ce qui a perdu Bonaparte, tout Bonaparte qu'il était. La cour de son frère Josr'ph sauva Wellington plus d'une fois. Partant, ou il y a une cour, on ne songe qu'à faire sa cour. I.e duc d’Angoulême a carte blanche lanir les récompenses , et l'on sait déjà ceux qui se distingueront. Hohenlohe sera maréchal. C'est un .Allemand qui a logé les princes dans l'émigration. Il commandera nos généraux, et pas un d'eux ne dira mot. lài noblesse de tout tcmjis olwil volontiers même à des bâtards étrangers, comme était le maréchal de Saxe. I-cs .soldats, quant A eux, font peu de différence d'un Allemand à un émigré. Ils l'aimeront autant que Cnigny ou Vioménil . Personne ncsc plaindra . Jamais, en .Angleterre, on ncsouffrirait cela. Nous aurons tout l'ancien régime ; on ne nous fera pas grâce d'un abus.
I lO
AVERTTSSEMEPn' DU LIRRAIRE.