‹ uvres complètes de Paul VerlaineChapitre 21 sur 86 · LAMENTO · texte numérisé non relu

LAMENTO

Ma mye est morte.

Plourez, mes yeux,

Vieux poète du xvi e siècle dont le nom m'échappe.

La ville dresse ses hauts toits Aux mille dentelures folles.

Un bruit de joyeuses paroles Monte au ciel, rassurante voix.

— Que me fait cette gaîté vile De la ville !

Quelle paix vaste règne aux champs ! L'oiseau chante dans le grand chônc, Les midis font blanche la plaine Que dorent les soleils couchants.

— Peu m'importe ta gloire pure,

0 nature !

VARIA 47

Avec les signes de ses flots, Avec sa plainte solennelle, La mer immense nous appelle Nous tous, rêveurs et matelots.

— Qu'est-ce que tu me veux encore

Mer sonore?

— Ah ! ni les îlots des Océans, Ni les campagnes et leur ombre,

Ni les cités aux bruits sans nombre, Qu'édifièrent des géants, Rien ne réveillera ma mie Tant endormie.

QUAND MùME

Ah, dis, mon cœur, plutôt que cette vie D'émotion sans doute noble encor Qui mène au sein d'un rouge et noir décor Ton manque de toute philosophie,

Ton manque aussi, que personne n'envie, De ce qu'on va nommant un heureux sort Quelconque, et ce, pour jusqu'à telle mort Qui sera dure, bien que la défie

Et ton courage, et ton dégoût aussi, Ah, dis, mon cœur, plutôt qu'un tel souci Tumultueux parmi ces crépuscules,

Vaut-il pas mieux conquérir cette paix Qu'on eût Aoulue au bon temps des souhaits l — Il est trop tard, nous serions ridicules.

27 décembre 1894, hôpital Bichat.

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