‹ uvres complètes de Paul VerlaineChapitre 47 sur 86 · MARCELINE DESBORDES VAL MORE · texte numérisé non relu

MARCELINE DESBORDES VAL MORE

Telle autre gloire est, j'ose dire, plus fameuse, Dont l'éclat éblouit mieux encor qu'il ne luit : La sienne fait plus de musique que de bruit, Bien que de pleurs brûlants écumeuse et fumeuse.

Mais la bonté du cœur, mais l'àme haute et pure Teintèrent ce torrent de douleur et d'amour Et, se mêlant à la douleur de la nature, A sa souffrance aussi, de nuit comme de jour

Promènent sous le ciel tout pluie et tout soleil A chaque instant, avec à peine des nuances, Un large fleuve harmonieux de confiances Vives et de désespoirs lents, et, non pareil.

Il chante, l'ample fleuve au capricieux cours, L'hymne infini de toute la tendresse humaine Où la fille et l'amante et la mère ont leurs tours, Où le poète aussi, dans l'horreur qui nous mène,

niÎDICACBS

Vient mêler son sanglot qui finit en prière Universelle, et la beauté même d'un art Issu du sang lui-môme et de la vie entière, Rires, larmes, désirs et tout, comme au hasard.

Car elle fut artiste, et sous la fougue ardente Dont va battre son vers vibrant comme son cœur, On perçoit et l'on doit admirer l'imprudente Main au prudent doigté tout vigueur et langueur.

— Les villes, ainsi que les peuples, ont la gloire Qu'elles valent, et loi, Douai, tu méritas Celle-ci, pays calme où vécut de l'histoire Tumultueuse en masse et formidable, au tas,

Cité d'églises et de beffrois et campagnes

Pleines do « jeunes Albcrtines », mais, encor,

« Où s'assirent longtemps les ferventes Espagnes ».

Telle l'œuvre et tel le cœur, fleurs et pleurs, flûte et cor.

En harmonie avec la femme et le génie, Il est juste, il est temps pour l'honneur de ses vers ? Non, ils sont ton honneur même et ta fleur bénie, Sa patrie, ô Douai, « doux lieu de l'univers ».

Il n'est que temps, il n'est que grand temps et que juste,

Ville, son cher souci dans ce cruel Paris,

De dresser quelque part sa ressemblance auguste

En quelqu'un de tes « coins » qu'elle a le plus chéris,

DÉDICACES

Afin que les cloches encor. de Notre-Dame Bercent du moins son ombre à l'ombre des rameaux Qui furent familiers anx repos de cette âme infatigable et qui lai murmuraient les mots

De ces poèmes dont nous célébrons la fête Intellectuelle et cordiale, et, ô Toi, 0 grande Marceline, ô sublime poète, Et femme exquise, accueille cet acte de foi I

PUVIS DE CIÎAVANNES

Victor Hugo, soleil dont tous sont le Meranon, Donnant ù nous sa lyre étoilée et fleurie, Extase du poète, orgueil de la patrie, Honneur du genre humain qui se lève à son nom ;

Picardia mater, campagne courageuse,

Race blonde aux corps blancs brunis par le grand air ;

Ludus pro patria, beaux éphèbes, sang fier

Et chair forte et des yeux où rit la mort songeuse ;

Gbnevikvb qui pait ses ouailles, tandis

Que l'oignent de douceur tel saint et tel évoque,

Et, le Hun éloigné, rôve de paradis,

Autant, Gloire, de droits et de titres avecque Tant d'autres pour ton temple ouvert de son vivant A l'artiste impeccable, au maître triomphant.

Janvier 1895.

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