‹ uvres complètes de Paul VerlaineChapitre 71 sur 86 · M-A-OU · texte numérisé non relu

M-A-OU

Une chambre de malade. Un feu s'êteignant. De grands rideaux autour d'un lit et le long d'une vaste fenêtre. Une bougie encore fumante d'avoir été soufflée. Le malade bien chaudement couché, se parle, entre haut et bas.

Tis the turning point. Il n'y a pas à dire, il faut changer de vie, ou rien ! Ceci est providentiel ou il n'y a pas de providence et il y en a une. Les événements amenés par tes imprévoyances et ceux dun hasard malveillant conspirent tous à cebut. Oui, mon vieux, c'est ainsi, c'est bien ainsi. Et tout d'abord il faut renoncer à ce rêve où tu te berces depuis Trustant lunaire où s'alluma ta raison, à cette paresse d'irresponsabilité, crue par autrui. Naïveté, par toi, sciemment ou non, considérée comme timidité, maisparesse pure et simple et coupable, paresse en toute vérité. Debout, dormeur éveillé, pique-toi de scru*

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pulc, secoue tes sécurités folles, vis de la vie, non de cette lente mort morale, intellectuelle, morale et civique. Allons, c'est ça, du courage, des résolutions, sapristi ! *

— Mi-a-ou...

— Tiens, le chat qu'on aura renfermé tout à l'heure en sortant dem'apporter mon dîner! Bah, on

va revenir pour remporter les dessertes. Tais-toi. chat. — C'est ça des résolutions. La première de guérir. De ceci qui n'est rien et qui ne demande plus que du régime. S'abstenir de boisson, ô la boisson ! et du reste, imbécile ! Est-ce étant presque infirme, avec un système rhumatisant que... Mais la chair est si faible et tu trouves encore et toujours ça si bon ! C'était bien la peine d'avoir eu ta grande crise de vertu, que peu d'hommes eussent soutenue, après ton sang en route de par les fredaines de ta jeunesse pour en arriver à cet ithyphallisme un peu honteux h ton âge presque mûr. Allons d'abord ça, hein?

— Miaou...

— Ah oui, les formes blanches, aux fuites d'ambre et d'ombre, les odeurs despotiques, insinuantes, bonnes toutes, la fraîcheur et la chaleur et la moiteur et les satins tissus, puis les déffilés et les frisés blancs et rosés et noirs et blonds et les roux, et les draps caresseurs, et l'élasticité des lits et l'abandon de ta volonté sans compter les plongeons où ça ? Partout, vieux drôle! Tes mains, tes lèvres... Oui, ab-

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jure ça. Rappelle-toi tes belles chastetés. Que c'était bon aussi au fond ; môme tu crus que c'était meilleur encore, souviens-toi. Mais non, tu te raidis. Ton corps un peu remis se bande à nouveau — et que quelqu'un de gentil vienne, que X ou qu'Y ou Z, entre : ah misère, misère, cela, la vraie, la seule, car la boisson...

— Miaaaaou!

— Gomme ce chat miaule bizarrement ! On dirait presque une voix humaine... Mais j'y suis... As-tu fini, gosse, dem'empôcher de dormir ? D'abord c'est bête, ce que tu fais là, et c'est mal imité. Tu ne sais même pas miauler ! Et puis fiche-moi la paix, va-ten, ou dès demain je le dirai à tes parents.

— Miaouaaaou !

— Petit insolent, tu me le paieras 1

Car le malade s'imaginait que ce cri provenait du fils de la maison, galopin d'une douzaine d'années, plus qu'espiègle, qui avait l'habitude de le servir d'ailleurs gentiment et suffisamment poliment — non saus quelque manque intermittent de respect. Et, làdessus, il frotta une allumette et alluma sa bougie.

Ce ne fut pas sans une certaine et vague confusion qu'il s'aperçut que c'était bien le chat, et non le fils; de la maison, perché sur la cheminée, et qui le regardait de ses yeux verts, impassible et l'on eût dit presque ironique témoin de ses bonnes résolutions.

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