‹ Œuvres complètes de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (volume 2)Chapitre 32 sur 40 · TROISIÈME MÉMOIRE · texte numérisé non relu

TROISIÈME MÉMOIRE

Ou dernier exposé des J'dits qui ont rapport à P ierre-Augv stin Caron DE Beaumarchais y dans le procès du, sieur Kornman contre safeiiwne\,

JL/a n s ce momem d'élaù ûiriVef a(éî , ôà: tôtrô*Ie$ esprits sont tendus vers les intérêts nattîonàcri , bu' chaque homme sflroiliore de s^océtipei* d:é tô«is ; cehii-là est brert rftfalhenf eitx (ïtrî , ftyrcé dfe pkriei^^ de lui, est obligé d'y ramené* le» sWftfès^ Èe respect dû aux circonstaiices , doit âfuf îdàitis l'engager d'écrire simplemiént et ^arts ][yrétëùtioct ' la justification qu'on lui a rendue nécéss^ii^é. ' ^

C'est ce que je vais fa^ite aujourd'hui. Éfi Ifeîhit ce récit , on verra qtié c'est Malgré Afioi (Jué j*^aî dû m'occuper de moi. Mais* pouvars-jé' moins l'aire , à k fin du plus odieiix , du plus rîdicifle' procès, que de repousser par un sîtnple exposé la multitude de libelles avec lesquels de fottiéKques écrivains cachés , et guidés par Firtî|*)OStètlr Bergasse , battent monnaie depuis detiX ans aux dépens d^un public trop facile, en l'abusant sur tous les points de cette scandaleuse affairé.

A voir l'empressement avec lequel on dévoràtt

Sa4 MÉMOIRES.

cef infamies , on eût dit qu'il ne fallait plui k notre pciupla qob deux choees : du pain et des libelUtif Hes libelles et du pain. Et parce que j^avais ÎùT' ^^ent réclamé la liberté de la presse» il eemblait juste k tous que je fusse accablé le premier wu aa plus effrénée licence. Mais quel particulier oserait maintenant se plaindre de s'en 6tre troufé frappé I après toutes les horreurs dont nom •ommes témoins I Laissons ces tristcfs r/;flexions: renfermons-nous dans notre objets il n'y prête quç trop lui-mémef

Que ceux qui dans le mal d'autrui ne chercbeot qu'un vain amusement^ s'abstiennent de lire ce récit ^ destiné partout à convaincre , mais ssns espoir d'intéresser ; sa force toute entière se tire des nombreuses pièces probantes qui Taccompa* ^ncnt et le surchargent*

Dans les discussions de ce genre y il faut bien renoncer ii plaire. La rage et la démence unies m'ont attiré dans ceitc arène » sans qur j'y it£

s'iV^afi PKOCÉS Qt;fiCKLtI qiit ;fE Kilis MOl-VÉHfi

ATOUS MES CALoiiNiATKr;H8. Outrugé , mais non inculpé, je repousse une longue injure , en demandant vengeance aux magistrats. Si je me rends pet et concis ^ je rcgr citerai peu de chose. L'élégance que j'ambitionne est la désirable clartén Je vais prouver de tristes vcriiés , ce sera toutci |noj(i éloquence.

MÉMOIRES. 5o5

i 11 manque une loi très-utile au code qu^on va -: réformer. C'est celle qui ordonnerait qu'aucun i mari ne pourra intenter la scandaleuse action i ci'adultère contre sa femme , sans avoir consigné : sa dot : cette sage précaution guérirait beaucoup d'âpres époux , de l'envie de tenter une voie si : flétrissantede s'emparer du bien de leurs épouses; surtout les tribunaux et le public ne seraient pas 5 inondés de toutes les calomnies inventées par le çieur Guillaume Kornmau , pour éviter de rendre compte d'une dot qu'il a dilapidée, et pour se . Venger de tous ceux qu'il a vus s'y intéresser. j Dans ce procès très-affligeant pour la jeune femniie accusée , mais démontré déshonorant pour le mari qui la poursuit , un premier libelle imprimé m'a fait prendre l'engagement de me justifier sur quatre faits qu'on m'y impute. Je dois les réj)éter ici.

1°. D'avoir concouru avec force à faire accorder par le roi, à une dame enceinte, enfermée, la liberté conditionnelle de faire ses couches ailleurs que dans une maison de force , où son désespoir la mettait en danger de perdre la vie.

2°. D'avoir examiné sévèrement l'état d'une grande entreprise, dont on appréhendait la ruiné, à la vive sollicitation , ai-je dit , de personnes du plus haut rang , qui avaient intérêt et qualitépour désirer d'en être instruites*

5o6 MÉMOIRES.

5u De m'étre opposé ^ disait-on , par toMa fliorte8 de moyens p au rapprochemeht dovIoiH reux de cette mfbrtunée , arec soa avide maii

4*« D'avoir enfin causé la mine de cehii<<i ^ et forcé sa faillite^ qu'il ne veut pas qa^oonoame banqueroute^ en le di{~ t ant en tous Ueux*

Dans non premier i noire je me raïs lilli d'avouer les deux pretniers chefii împueés* Je ae suis honoré publiquement d'avoir^ en cène occasion ^ rempli mon devoir d'homme sensible et généreux ; je rare suis vanté d'avoir fait ce qui ita'c&t reproché comme un crime*

Mais f a-i nié formellement d'aroir fourni le plus léger prétexte aux deux dernières impôtstions. Je m'engage d'en démontrer la fausseté ^ d'en Inen prouver la calomnie ^ sons peine de mon déshonneur*

PREMIÈRE IMPITTÀTION C AL O II PilE USE.

Ils prétendent que je la connaissais quand je

Tai tirée de prison.

Je pense avoir bien établi qu'atucun autre homme humain et conrageux ne se fôt dispensé plus que mot de secourir une victime dont on me démontra qu'on n'exposait les jours dans la prison où on l'avait jetée ^ que pour écarter sa demande en séparation y contre un mari dissipa-

:€ur; que pour ne lui rendre aucun compte d'une iot de 400 mille livres , que son époux voulait ^'approprier. Je ne reviendrai point sur un fait îussi bien prouvé.

Mais j'ai dit , et je le répèle, que lorsque j'employai mes soins à l'arracher de sa prison , je ne la connaissais pas^ même de vue ; non que cette circonstance importât au fond de l'affaire. Peut- 3tre mon action en a-t-elle eu phis de mérite; mais ji j^ai fait un crime en la servant, soit que je la :onnusse ou non, cela ne change rien à la nature ie ce service.

Ces faits posés , et mon assertion contestée , oute indifférente qu'elle est, prouvons, comme e l'ai dit , que je ne connaissais pas l'accusée : >rouvons-le par les faits, par des témoignages ion suspects , par des raisonnements sans ré- :)lique.

A la dénégation que le sieur Kornman^ ou 5on porte-parole , a fait de cette partie de mes iéclarations, j^ai cherché à me rappeler quelles personnes dînaient chez le prince de Nassau , en octobre 1781 , quand je fus vivement pressé par ce prince et par la princesse, de joindre mes efforts aux leurs pour secourir une inconnue. Je me suis souvenu que M. le comte de Coetloury , M. l'abbé de Cabres y M. l'abbé Girod, M. Saiffert, médecin, M. Daudet de Jossan, étaient de

5oa M ÉM OIRES.

ce dîner. Je ne me rappelle pas quels étaient kl autres convives.

Forcé de justifier un (ait indifférent, je n'ai pas cru manquer k des hommes dlionneur , en les fesant appeler en témoignage ^ ainsi que IML le prince de Nassau y dans rinformation faite dennt le commissaire Chenu. Tous ont dit ( car tous ont dû le dire ) ( et leurs dépositions sont dans les mains de M. lavocat-géncral ) qu'il me fut£ûtde vives sollicitations par le prince et par la princesse ; que je leur résistai long-temps ^ ne connaissant pas même de vue la dame dont on me parlait^ et sur des motifs de prudence qu'ils auront pu se rappeler y ce point ayant été traité k fond. Et tous ont dit ( car tous ont dû le dire) qu'après de longs débats ou me remit les leures du sieur Kornman à son arai Daudet , que j'ai transcrites dans mon premier mémoire; que celte lecture enchaîna mon irrésolution^ me ût accompagner la princesse chez M. Le Noir , et m'a feil faire depuis d'autres démarches à Versailles.

Quel intérêt avais-je alors de dire , je ne la connais pas ? Si, voulant aujourd'hui nier la part que j'eus à sa liberté provisoire ^ je disais, pour m'en disculper , qu'on ne peut m'imputer d'avoir fait ces démarches ^ puisque /e ne lacon^ naissais pas : peut-être on pourrait suspecter la vérité de ma déclaration, comme mise en avau(

MÉMOIRES. èo^

pour écarter Tidée de mon concours en celle affaire.

Mais quand je m'honore hautement des efforts que je fis pour obtenir que cette infortunée n'accouchât pas dans une maison de force ; quand j'avance que je me rendis, malgré mes justes répugnances, chez M. Le Noir, avec la princesse ; chez tous les ministres, à Versailles; que j^y sollicitai , avec M. le prince de Nassau , sa translation provisoire chez un médecin accoucheur, ce que nous eûmes le bonheur d'obtenir ; comment peut-on me contester gue fç ne la connaissais pas y et faire un incident de cette circonstance oiseuse? N'est-elle pas aussi indifférente aujourd'hui, qu'elle Tétait en 1781 ?

Qu'on relise ma lettre écrite à M. Le Noir , à cette époque , et rapportée dans mon premier mémoire , laquelle existe au dépôt même de la Police, et a été remise, avecleâ autres pièces , à M. l'avocat- général ; on y verra ces phrases , que nul intérêt, dans ce temps, ne pouvait m^engager d'écrire :

(( Quant à moi, qui ne l^ ai jamais vue y qjjx ne » la connais que par le tableau très-touchant, que » votre sensibilité vous en a fait faire en ma pré- }) sence ( à Madame la princesse de Nassau ) ; » je la vois si cruellement abandonnée , après M une détention de cinq mois , penflant que le

5io MÉMOIRES.

0 mari C4mn k Spa, fait bomliafice et êidmt^m n C4$ qui Tapproche ; que je ifieM d^éerire k n M# Tur\m ( wocat et son conseil ) ; que û k» i> ifiiéréM de i<m dient 1 emiiéelient de me voir p comme conciUaUsurf irai» iratu^befiieot <^ fi il cftiie jctme dame «ei i^^ooMdla ei mfni»' j9 cotf r» f %ne$ miiyeiif nonoeli ^ et ma hmm i» et ma plume# >»

l#1ii>rirtmft qui n'expliiftiatt avec cette fr»f>irk«i^ pouvsiii'il être *iii|>e#;t^ f|ua»il il dbail '.jatusk cfmnaiM pas ? Stirtmii^ ffia (conduite filiérierif<?^ et me« iervir:e« rum iaterrompMH ^ ayatit prMfé de|>ui.«f que i^i je la henU sans tu €;.onnaiim^ jV'UMe miA |duA de zèle e»<:ore ii mi;j» 44&mar<ibe^ Kl , k riutérét du tfiallieur ^ j'av^if |w joindre ^ alord^ <:elui qu^'uiAf /ire ^a pirr^ouue ?

Tout#; iucmmue quVIle mWtUtïi^ je rl^itibre ipie j'ai rroiitrîhué fUt UfUi4tn me» U$r4A*% U Vsmit^ tXuzv de »a prîwu ; je m^rri honore^ ^?t le t^ti^ etu'Aste f fti le mhuu cu^ arrivai t«

Maii»^ \H^ur y (^rvenir^ ai-je eorrornf>u iiei geôlier»? l/aî-je enlever? de forut , ou violé U* elAture* ? Ai* je u#é d'iutr i|$ue ou de ru»e ? M m Veut jet/?e dau» une fnmm l^f;;;ile^ i;%r»t yfmt^fà iûaf(i»trat* ( que j'aurai» iuvoqu/r» I Klle était eo* lemi/re ^ par iitie Utiita de c^eliet f et dan» um foiioii r^iyale ; e*e»t ver» ifci Ma jejitié ^ e^Cîit ve«

kà ttuuiâtrei du roi; qu« M# le prince d« T

MÉMOIRES. 5ii

et moi avons dirigé nos démarches ; mais ontelles été clandestines ? Lisez la réponse ^u ministre , adressée à ce prince ; elle existe en original , avec toutes les autres pièces , entre les mains de M. Tavocat-général. Chacun de notrs croyait alors remplir un devoir imposant.

jT/. Arnelotf à M. le prince de Nassau-^Sieghen*

Versailles, 20 décembre 1781.

« J'ai reçu , Monsieur , avec la lettre que vous » m'avez fait Thonneur de m'écrire , le mémoire » concernant la dame Kornman. Je mettrai » incessamment sous les yeux du roi les repréw sentations de cette dame, et je vous prie d'être » persuadé que je ne proposerai à S. M. que » le parti qui paraîtra le plus conforme à la jus- » tice. J'ai l'honneur d^être , etc. »

Signé y Ame LOT.

On voit par cette lettre , que nous ne présentâmes au ministre que le mémoire de cette infortunée ; ce qui détruit jusqu'au soupçon que nous ayions , pour déguiseï' les faits, joint au sien nos propres mémoires. Cette remarque est d'un grand poids. *

Que nous nous fussions abusés sur l'équité de nos demandes ; toujours est-il prouvé que nous

Si2 MÉMOIRES.

prenioni la seule voie honorable pour obtenir ce que nous désirions , ou pour nous le voir refiMft Toujours est-il prouvé que f pour persuader les ministres ^ nous n^avons employé qu'un pU* doyer décent ^ respectueux , et propre à être inir sous les yeux du meilleur des rois; le mémoiMi en un mot , de cette infortunée ; puisque f w ses moyens ofierts^ Sa Majesté a ordonné quek malheureuse victime de la cruauté d'un mari accoucherait ailleurs que dans une horrible pri* son ; en sorte que le désespoir ne fit point périr une mère f dans ce moment où tous les coeuri plaident si fortement sa cause; où , placée entre la vie et la mort ^ le plus léger cliagrin peut Uief celle qui remplit le but sacré de la nature et de la société , en donnant la vie à un homme , et na citoyen à TÈtat : une jeune femme surtout , qtii avait apporté 4oo mille livres de dot à son mafr^ qui était belle ^ et sacrifiée par celui qui ^ devant la préserver , est trop justement suspecté d'avoir voulu s'en faire un moyen de fortune , en la pré* sentant y comme attrait^ à un jeune homme qu^il dit ardent , auquel il savait du crédit I Oh ! si je ne démontre point ^ par mille preuves sans ré* plique^ qu'il n'eut que ce honteux projet^ je me dévoue au plus profond mépris ^ je me livre au jegard dédaigneux que mérite un sol imbécille; séduit f trompé par la plus sotte des erreurs*

MÉMOIRES. 5i3

Vous me lirez ^ vous hommes malTeitl^iils qui , ;«ns autre objet que de nuire , vous êtes rendus es apôtres de tant d^t)dieu8es calomnies ; qui wez colporté de maison en maison leurs effrontés libelles , et les avez prônés , parce qu'ils m'ôutrageaieiil.; et les honnêtes gens me liront, etûls regretteront d'avoir cru trop légèrement ces ii apports si calomnieux , dont vous întéressieia leur graine curiosité ; car il y a loin du vrai public , ioat nous recherchons tous Testime > à cette classe méprisable qui veut en usurperle nom ; composée d'homnies sans état , -parasites piquatit les tables , et payant partout leur fécoi ensôimes ou en calomnies; falsifiant tout ce qu^ils>râcontent, et changeant les faits les plus simples , eti his- j^ tolres bien scandaleuses* Vous les voye^ côuralcftir -^ ie dîner en dîner, versant partout la haine et te poison. Les gens aisés qui les reçoivent s^^lapausent m moment de leurs venimeux bavardages^ . saris songer que le lendemain ils seront expfcwés aux mêmes calomnies dans' d'autres sociétés , qu'il Faut biep amu&er aussi^

Mais quelle preuve offrent nos advers^âires que je connusse . cette dame avant l'époque où je Ik ' tirai de sa prison ? Ils ont fait im si grand éclat de cette objection inutile,^ qu'il faut la discuter ici.

Qu^'opposentrils a tant de; témoignages^? Rien, sinon qu'un cocher,, chassé de ma maison , a dit

Mémoires. If. 33

^>i4 MÉMOIRES.

ijue quelque temps aidant les fêtes de ¥H6teUà^ taille ppur lu naissance du dauphin \ j'aTaU £ut Taeate de$ chevaux à ma Toiture ^ dans là nuit; que j'avaU été prendre la dame Komman che»' elle, et l'avais conduite à la Noui^Ue^Fnmce , cil je Tavaiê laissée 9 chez le sieur Daudet fWc lui y puis étais retourné chez mor* '

Le malheur de ces captations de valets salariéi et pratiqués si gauchement » c'est qu'on ne \¥M donner^ à cette espèce dégradée , l'adresse <pi'il faut pour meniir y comme on leur en donne Tau^ . dace en leur montrant quelques écus« Or ^ il se trouve que la défiosition de celui-ci , justement chassé de chez moi ^ comme mauvais sujet , et gendre d'un portier aussi chassé de ma mâisoo [X>ur cause d'inconduite ^ ne contient pas un mot qui ne soit une absurdité reconnue.

Quelque temps avant les fêtes de VUétel^* Ville pour la naissance de monseigneur le dath phin y lui fait-on dire. Voilà donc l'époque fixée; mais les réjouissances de V Hotels de^ Ville ne se firent qu'à la ilu de janvier 178^ ( lorsque la reine fut relevée de couches )• La dame Kommau, fa cette époque , venait de passer d'une prison , où elle avait gémi six mois ^ dans la maison d'un accoucheur , où elle attendait le moment. De plus^ le sieur Daudet ( qui n'a jamais demeuré a la Nouvelle-France^ était parti pour la Hollande y

MEMOIRES. 5i5

OÙ les afFaires dn prince de Nassau Savaient appelé pJus de deux mois avant la détention de cette dame , ce qui compose au moins neuf mois d^anacfaronisme ^ et démontre ^impossibilité delà course honorable que mes ennemis me font faire. Voici ce qui leur a donné Fidée d'imprimer çô galimatias. A la fin de décembre 1781 ; c'esti-dire peu de temps aidant les fêtes de FHdtelr de- Fille , ayant obtenu de M. Le Noir la permission d'accompagner le sieur Page , médecinaccoucfieur , qui allait , avec Tordre du roi , re- ..-tirer 4a dame Kortimaû du château Charolais ; où elle était enfermée depuis six mois (non pour la remettre en mes mains, comme on ne cessé dQ l'articuler bêtement , et comme chacun feint de le croire , mais pour qu'elle passât dans celles du seul befflme qui lui fût essentiel y un accoucheur intelligent ) , je donnai l'ordre à ce cocher , qui était celui de ma femme , d'atteler des chevaux k sa berline. Il mè conduisit d'abord chez M. Le Noir ; de là , vers les onze heures du soir , il mena le sieur P^ige et moi dans la prison de Charolais , qui se trt)uve en effet au haut de la Noui^elle " France ^ où je restai le temps nécessaire pour remplir les formalités de sortie de la prisonnière ; puis il nous ramena , après minuit sonné , près de l'Apport-Paris , où demeurait cet accoucheur ^ cl^ez lequel je la déposai.

Voilà SUT quel fondement ils pnt bâti la dépcH sition calomnieuse du cocher , et Tabsurde supposition que j^eqsse été prendre chez elle une dame emprisonnée depuis six mois ^ pour la coqduire chez un homme absent de France ^ deux ^ois après sa détention* Notez que ce cocher, ainsi que les autres témoins que ces MM. ont salariés , ont tous fixé ^ aaus le voMloir , Tépoque juste de mes premières relations avec la dame Komman.

Toutes les fois , disent-ils , qu^elle venait dans la maison de noue maître , on lui apportait un enfant auquel elle donnait à te ter. Le fait est véritable. Or , elle était donc accouchée , puisqu'elle allaitait son enfant ? Mai^ elle n'est accouchée que deux mois après être sortie de Taffreuse prison où elle en avait resté six , ce qui, avec le temps nécessaire à ses couches , reporte en rpars 1782 l'époque où cette dame m'a £ait l'honneur de venir chez moi. C'est depuis ce temps seulement ^ue j'ai eu celui de la voir, et de lui offrir mes services dans les divers quartiers où elle a successiven^ent logé. •

Tous ces déti^ils sont fastidieux, mais la calomnie les commande ; et comme elle se traîne ici dans la fange , pi) e.§t forcé de se baisser pour l'élever et l'exposer au jour , en la tirant avec dégoût par ses longues et hideuses oreilles.

Pai dît que M. Le Noir me permit d'accompagner le sîeur Page^ médecin-accoucheur, aux secours duquel on confiait la malheureuse incarcérée , lorsqu'il fut la tirer de la maison de force, en plein liiTcr , en pileiné tiuît,le 29 décembre 1781. J'ai dit combien je fus touché de sa douleur y de sa reconnaissance. J'ai dit cotnment tout se passa , comment j6 les remis de ma voiture à la porte de raccoucheur , en la recommandant aux soins intéressés de cet homme chargé o'en

BÉPONDRE AU GOUVERNEMENT , jusqu'à CC qu'cllô

fût rétablie. Je crus ma mission terminée , et , • J>endant six semaines qu'elle habita le plus Incommode séjour , je ne l'y vis qu'une seule fdisf ^ fortement invité par elle dans un moment où on la croyait en danger* La déposition de cethortime, et celle de l'infortunée , sont dans les mains d^ M. l'avocat-général. La calomnie est démontrée , et la preuve est faite au pfocès.

Cependant , la dame Rornman était atcoùchée ; elle plaidait contre son maii , et lé mari contre sa femme , sur différents objets et danS différents tribunaux. La main - levée provisoire de la lettre-de-çachet p'en détruisant pas l'existence , on pouvait arrêter de nouveau la dan>e Kornman , sans qu'il fût besoin d'un autre ordre. Mais le mari, qui s'occupait à ébaucher des traités avec elle , et qui les rompait brusquement , qui

5ia ' M É M O I R )î s.

plaiVl'ut de nouveau, puis recommençait les traites quand la frayeur d un jugeipeut le pressait dV madouer sa femme ^ avait tellement oublié l'ordre de détention et sa main-levée seulement prorisoire ; cette lettre-de-cachet était même k tel point sortie de la mémoire de tout le monde , que depuis six années le mari ^ ni la femme, ni le gouvernement , ni Moi ^ nous n^ avons non plus songé que si elle n'eût jamais existé. Cependant elle est dans toute sa force y et la dame Kornman n'est libre que par Toubli total qu oo a fait qu'elle ne l^st pas*

Or , par une logique digne du sage esprit de nos deux adversaires, c'est robtention en 1781 , de cette main-levée provisoire d'une lettre-decachei oubliée six années , qui sert aujourd'hui de prétexte à la vexation dégoûtante que ces ennemis nous suscitent. Je supplie le lecteur de peser de sang-froid cette circonstance majeure, trop oubliée dans les plaidoiries du palais. Quel est donc leur projet ? — Lecteur , ayez patience, et vous serez instruit de tout. Avant la fin de ce Mémoire , vous le connaîtrez parfaitement.

Page 1