‹ Œuvres complètes de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 109 sur 279 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

FIGARO seul y se promenant dans l^ obscurité , dit du ton le plus sombre.

y) Femme! femme ! femme! créature faible et décevante !•••• nul animal créé ne peut manquer TliéUtre. IL 18

ja74 LE MARIAGE DExFIGARO,

à son instinct ;-Ie tien est-il donc de tromper ?••• Après m'avoir obstinément refusé quand je l'en pressais devant sa maîtresse ; à l'instant qu'elle me donne sa parole ; au milieu même de la cérémonie....• Il riait en lisant ^ le perfide ! et moi comme un benêt !•••. non , Monsieur le Comte y TOUS ne l'aurez pas.... vous ne l'aurez pas. Parce que vous êtes un grand seigneur , vous vous croyez un grand génie !..•• noblesse , fortune^ un rang, des places ; tout cela rend si fier ! qu'avezvous fait pour tant de biens? vous vous êtes donné la peine de naître y et rien de plus : du reste homme assez ordinaire ! tandis que moi^ morbleu! perdu dans la foule obscure ^ il m'a fallu déployer plus de science et de calculs pour subsister seulement f qu'on n'en a mis depuis cent ans à gouverner toutes les Espagnes ; et vous voulez

jouter..... On vient c'est elle ce n'est

personne. — La nuit est noire en diable^ et me voilà fesant le sot métier de mari , quoique je ne le sois qu'à moitié ! ( // s^ assied sur un banc. ) Est-il rien de plus bizarre que ma destinée ! fils de je ne sais pas qui ; volé par des bandits ! élevé dans leurs mœurs y je m'en dégoûte et veux courir une carrière honnête ; et partout je suis repoussé! J'apprends la chimie^ la pharmacie, la chirurgie; et tout le crédit d'un grand seigneur peutàpeitie me tnettre à la main une lancette vétérinaire ! —

Las d'atlrister des bétes malades , et pour faire un métier contraire ^ je me jette à corps perdu dans le théàire ; me fusse - je mis ime pierre au cou! Je broche une comédie dans les mœurs du sérail ; auteur espagnol y je crois pouvoir y fronder Mal «/met, sans scrupule 3 k Finstant un

Envoyé Je je ne sais où^ se plaint que j'of-^

fense dans mes vers , la sublime Porte, la Perse ^ une partie de la presqu'île de Tlndei y toute r Egypte , les royaumes de Barca, de Tripoli, de Tunis , d'Alger et de Maroc : et voilà ma comédie flambée , pour plaire auit princes mahométans, dont pas un, je crois, ne sait lire^ et qui nous meurtrissent l'omoplate , en nous disant : chiens de Chrétiens ! -^-^ Ne pouvant avilir l'esprit, on se venge en le maltraitatnt» — Mes joues creusaient; mon terme était échu : je voyais de loin arriver raiireux recors , la plume fichée dans sa perruque ^ en frémissant je m'évertue^ 11 s'élève une question sur lanaturedes richesses; et comme il n'est pas nécessaire de tenir les choses , pour en raisonner ; n'ayant pas un sol y j'écris sur la valeur de l'argent, et sur son produit net ; si tôt je vois du fond d'un fiacre, baisser pour moi le pont d'un château fort, à l'entrée duquel je laissai l'espérance et la liberté. (Il se lèi^e.) Que je vaudrais bien tenir un de ces puissants de quatre jours', si légers sur le mail qu'ils

ordonnent ! quand une bonne disgrâce a curé son orgueil , je lui dirais.... que les sottises imprimées n'ont d'importance y qu'aux lieux où Ton en gêne le cours ; que sans la liberté de blâmer^ il n'est point d'éloge flatteur ; et qu'il n'y a que les petits hommes ^ qui redoutent Ic^ petits écrits. ( // se rassied ). Las de nourrir un obscur pensionnaire 9 on me met un jour dans la rue ; et comme il faut dîner y quoiqu'on ne soit plus en prison ; je taille encore ma plume ^ et demande & chacun de quoi il est question : on me dit que pendant ma retraite économique^ il s'est établi dans Madrid un système de liberté sur la vente des productions » qui s'étend même à celles de la presse ; et que , pourvu que je ne parle en mes écrits ^ ni de l'autorité , ni du culte , ni de la politique ^ ni de la morale , ni des gens en place y ni des corps en crédit y ni de TOpéra , ni des autres spectacles ^ ni de personne qui tienne & quelque chose; je puis tout imprimer 4ibre« ment, sous l'inspection de deux ou trois cen* seurs. Pour profiter de cette douce liberté , j'annonce un écrit périodique, et croyant n'aUer sur les brisées d'aucun autre , je le nomme Journal inutile. Pou-ou ! je vois s^élever contre moi y mille pauvres diables à la feuille; on me supprime ; et me voilà derechef sans emploi ! — Le désespoir m'allait saisir ; on pense à moi pour

une place , mais par malheur j'y étais propre : il fallait un calculateur^ ce fut uu daoseuF qui Tobtiut. Il ne me restait plus qu'à voler ; je me fais banquier de Pharaon : alors , bonnes gens ! je soupe en viUe, et les personnes dites comme il faut , m'ouvrent poliment leur maison^ eu retenant pour elles les trois quarts du profit. J'aurais bien pu me remonter ; je commençais même à comprendre que pour gagner du bien ^ le savoir bàre vaut mieux que te savoir. Mais comme chacun pillait autour de moi , en exigeant que je fusse honnête ; il fallut bien périr encore. Pour le coup je quittais le monde; et vingt brasses d'eau m'en allaient séparer ; lorsqu'un Dieu bienfesant m'appèle à mon premier état. Je reprends ma trousse et mon cuir anglais ; puis laissant la fumée aux sots qui s'en nourrissent y et la honte au milieu du chemin ^ comme trop lourde à un piéton ^ je vais rasant de ville en ville , et je vis enfin sans souci* Un grand seigneur passe à Séville; il me reconnaît, je le marie; et pour prix d^avoir eu par mes soins son épouse , il veut intercepter U mienne ! intrigue, orage à ce sujet. Prêt à tomber dans un abîme , au moment d'épouser ma mère, mes parents m^arrivent à la file. ( // se lèi^e en s^ échauffant). On se débat ; c'est vous , c'est lui , c'est moi , c'est toi ; noa ce n'est pas nous ;. eh mais qui donc ? ( // ref-

tombe assis. ) Obîzarre suite d'événements ! Comment cela m'est-il arrivé ! Pourquoi ces choses et non pas d'autres ? Qui les a fixées sur ma tête? Forcé de parcourir la route où je suis entré sans le savoir , comme j'en sortirai sans le vouloir , je Tai jonchée d'autant de fleurs que ma gatté me l'a permis ; encore je dis ma gaité , sans savoir si elle est à moi plus que le reste , ni même quel est ce Moi dont je m'occupe : un assemblage informe de parties inconnues ; puis un Ohétif être imbécille ; un petit animal folâtre ; un jeune homme ardent au plaisir; ayant tous les goûts pour jouir ; fesant tous les métiers pour vivre j maître ici , valet là^ selon qu'il plaît à la fortune! ambitieux par vanité ; laborieux par nécessité ; mais paresseux... avec délices! orateur selon le danger ; poète par délassenaent ; musicien par occasion ; amoureux par folles bouffées ; j'ai tout vu > tout fait^ tout usé. Puis l'illusion s'est dé-^ truite 9 et trop dcsabuséf.... Désabusé !..•.. Suzon^ jSuzon y Suzou ! que tu me donnes de tourments !.m

J'entends marcher on vient* Voici l'instant de

la crise*

(lise retireprèsde la première coulisse a ^adroite.)

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