‹ Œuvres complètes de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 188 sur 279 · LA COMTESSE, LÉON, FLORESTINE · texte numérisé non relu

LA COMTESSE, LÉON, FLORESTINE

La Comtesse à Léon*

iN ocs y mon fils , ne sachons jamais ce que nous deyons ignorer. Tu pleures , Florestine !

Florestine, pleurant.

Ayez pitié de moi, Madame! Eh! comment soutenir autant d'assauts dans un seul jour ? A peine j'apprends qui je ^uis^ qu'il faut renoncer

à moi-même, et me livrer Je meurs de dou^

leur et d'eifroi. Dénuée d'objections contre M. B^earss , je sens mon cœur à l'agonie , en pensant qu'il peut deYenin**.. Cependant il le faut ; il faut me sacrifier au bien de ce frère chéri; à son bonheur, que je ne puis plus faire. Vous dites que je pleure! Ah! je fais plus pour lui que si je lui donnais ma vie ! Maman , ayez pitié de nous! bénissez tos enfants! ils sont bien malheureux! {Elle se jette à genoux; Léon en fait autant. )

LjL Comtesse leur imposant les mains.

Je tous bénis , mes chers enfaots. Ma Florestine , je t'adopte. Si tu savais à quel point tu m'es chère ! Tu seras heureuse , ma fille , et du bonheur de la vertu ; celui-là peut dédommager des autres. (//^ se relèi^ent.)

Florestii^e.

Mais croyez-vous. Madame, que mon dévouement le ramène à Léon , à son fils ? car il ne faut pas se flatter : son injuste prévention va quelquefois jusqu'à la haine.

LaCqmtesse.

Chère fille , j'en ai Tespoir.

Léon.

C'est TaTÎs de M. Bégearss : il me Ta dit; mais il m*a dit aussi qu'il n'y a que man^^n qui puisse opérer ce miracle ; aurez-vous donc la force de lui parler en ma faveur ?

Je l'ai tenté souvait, mon fils, mais sans au* cun fruit apparent.

O ma digne mère ! c'est votre douceur qui jn'a nui. La crainte de le contrarier vous a trop empêchée d'user de la juste influence que vous donnent votre vertu et le respect profond dont vous êtes entourée. Si vous lui pariielz avec force , il ne vous résisterait pas.

La Comtesse.

Vous le croyez, mon fils? je vais l'essayer devant vous. Vos reproches m'affligent presqu'autant que son injustice. Mais , pour que vous ne gêniez pas le bien que je dirai ,de vous , mettez-vous dans mon cabinet; vous m'entendrez, de-la, plaider une .cause si juste : vou5 n'accuserez plus une mère de manquer d'énergie^

quand il faut défendre son fils! (Elle sonne») Florestine, la décence ne te permet pas de rester : vas t'enfermer; demande au ciel qu'il m'accorde quelque siiccès , et rende enfin la paix à ma famille désolée.

• ( Florestine sort. )

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