‹ Œuvres complètes de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (volume 4)Chapitre 102 sur 267 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

FlGAHO seul y se promenant dans Vobscunté , dit du ton le plus sombre.

^ Fem nbI femme ! femme! créature faible et décevante !•••• nul animal créé ne peut manquer Théâtre. II. 18

:i74 ^^ MARIAGE DE FIGARO,

k son instinct ; le tien est*il donc de tromper ?.- Après m'avoir obstinément refusé quand ft Vtn pressais devant sa maîtresse ; à l'instant qu'elle me donne sa parole ; au milieu même de la crrty

monie Il riait en lisant , le perfide ! et moi

comme im benêt !•••• non , Monsieur le Coinie , TOUS ne Taurez pas..*, vous ne Taures pas. Farcf w que TOUS êtes un grand seigneur ^ voua vous croyez un grand génie !.... noblesse , fortune» on rang, des places ; tout cela rend si fier ! qu'aiesvous £iit pour tant de biens? votis voua êtes diiai.c la peine de naître , et rien de plus : du rrstt homme assez ordinaire! tandis que moi, morbicv! perdu dans la foule obscure, il m'a f.llu déployer plus de science et de calculs pour suliaîsier aeii* lement , qu'on n'en a mit depuis cent ans k goo* vemer toutes les Espagnes ; et vous voulet jouter..... On vient..— c'est elle..... ce n'e»t personne. — La nuit est noire en diable , et me voilà fesant le sot métier de mari , quoique je ne le sois qu'à moitié ! ( // s'assied sur un banc. ) Est-il rien de plus bizarre que ma destinée ! fils de je ne sais pas qui ; volé par des bandits ! élevé dans leurs mœurs , je m'en dégoûte el veus courir une carrière honnête ; et partout je suis repoussé! J'apprends la chimie» la pharmacie» b chinir|tie; et tout le créflit d'un grand seigneur peut à peint* me meure à la maiu une lancette vétérinaire ! —

Las d'attrister des bêtes malades , et pour faire un métier contraire , je nie jette à corps perdu dans le théâtre ; me fusse - je mis une pierre au <;ou! Je broche une comédie dans les mœurs du sérail ; auteur espagnol , je crois pouvoir y fironder Mahomet, sans scrupule : à Finstant un EnToyé..... de je ne sais où, se plaint que j'offense dans mes vers, la sublime Porte, la Perse , une partie de la presqu'île de Tlnde , toute rÉgypte , les royaumes de Barca , de Tripoli , de Tunis , d'Alger et de Maroc : et voilà ma comédie flambée , pour plaire aux princes mahométans, dont pas un, je crois, ne sait lire, et qui nous meurtrissent l'omoplate , en nous disant ^ chiens de Chrétiens ! *— (Ne pouvant avilir l'esprit, on se venge en le maltraitante — Mes joues creusaient; mon terme était échu : je voyais de loin arriver l'affreux recors , la plume fichée dans sa perruque ; en frémissant je m'évertue» Il s'élève une question sur la nature des richesses; et comme il n'est pas nécessaire de tenir les choses y pour en raisonner ; n^ayant pas un sol , j'écris sur la valeur de l'argent , et sur son produit net ; si tdt je vois du fond d'un fiacre 9 bj^isser pour moi le pont d'un château fort,- à l'entrée duquel je laissai l'espérance et la liberté. ( // se lève») Que je voudrais bien tenir un de ces puissants de quatre jours ^ si légers sur le mal qu'ils

ordonnent ! quand une bonue disgrAre a curé son orgueil » je lui dirais*.- que les suUises imprimées n ont d'importance » qu'aux lieux où I oa en gène le cours ; que sans la liberté de bUncr, il n'est point d'éloge ilaCteur ; et qu'il n'y a qut les petits bommes » qui redoutent les petiu éf rii^ ( // se rassied )• Las de nourrir un obscur |inisionnaire , on me met un jour dans la rue ; f% comme il faut diner y quoiqu'on ne soit plus es prison ; je taille encore ma plume , et demaiNk à chacun de quoi il est question : on me dit que pendant ma reuraite économique, il s*esi éiJ>U dans Madrid un système de liberté sur la Teoie des productions , qui s'étend même à celles de la presse ; et que , pourvu que je ne parle en mes écrits , ni de lautorité , ni du culte » ni ic la politique , ni de la morale , ni des gn^ 1*0 place» ni des corps en crédit , ni de TOpéra » ai des autres spectacles , ni de personne qui tienne à quelque chose ; je puis tout imprimer librement, sous l'inspecûon de deux ou trois censeurs. Pour profiter de cette douce liberté, j^annonce un écrit périodique , et croyant n'aller sur les brisées d'aucun autre » je le nomme ioiiA nal inuUie. Pou-ou ! je vois s'élever contre um , mille pauvres diables ii la feuille; on me supprime ; et me voilà derechef sans emploi ! — Le désespoir m'allait saisir j on pense ii moi pour

A C T E V. XTÎ

vine place y mais ^ar malheur j^y étaÎ3 propre i il fallait un calculateur, ce fut un danseur qui l'obtinu II ne me restait plus qu'a voler ;. je me fais banquier de Pharaon : alors , bonnes geusl )e soupe en ville, et les personnes dites comme il faut , m'ouvrent poliment leur maison , en retenant pour elles les trois quarts du profit* J aurais bien pu me remonter ; je commençais même à comprendre que pour gagner du bien, le savoir Ëiire vaut mieux que le savoir. Mais coumne chacun pillait autour de moi , en exigeant que je fusse honnête; il fallut bien périr encore. Pour le coup }e quittais le monde; et vingt brasses d'eau m'en allaient séparer ; Icursqu'ua Dieu bienfesant m'appèle à mon premier état. Je reprends ma trousse et mon cuir anglais ; puis laissant la fumée aux sots qui s'en nourrissent, et la honte au milieu du chemin, comme trop lourde à œi piéton , je vais rasant de ville en ville , et je vis enfin sans souci. Un grand seigneur passe k Séville;il me reconnaît, je le marie; et pour prix d'avoir eu par mes soins son épouse , il veut intercepter la mienne ! iutrigue , orage à ce sujet* Prêt à tomber dans un abîme , au moment d'épouser ma mèce» mes parents m^arrivent à la file. ( // se lèi^e en s' échauffant ). Oa se débat ; c'est vous , c'est lui , c'est moi , c'est toi ; non ce n'est pas nous ; eh mais qui donc ? ( // re^

^78 LE MARIAGE DE nCARO ,

tombe assis. ) Obizarre suite d*OTénement8 ! ment cela m'est-il arrivé ! Pourquoi ces choses et non pas d'autres? Qui les a fixées sur ma lêie.' Forcé de parcourir la route où je suis entré saos le savoir , comme j'en sortirai sans Je Touloîr , je Tai jonchée d'autant de fleurs que ma gaité me la permis : encore je dis ma f*aité , sans saToîr si elle est a moi plus que le reste , ni même quel est ce jIJoi dont je m'occupe : un asserablase informe do parties inconnues; puis un chétif étreimbécille; un petit animal folâtre; un jeune homme ardent au plaisir; ayant tous les pools pour jouir ; lésant tous les métiers pour vivre ; maitre ici , valet Li » selon qu'il plait à la formsc! ambitieux par van i lé ; laborieux par nécessité ; mais paresseux ••• avec délices! orateur sekm le danger ; poète pur délassement ; mosic ien par occasion ; amoureux par folles bouffées ; j'ai toac TU , tout fait y tout usé. Puis l'illusioa s'est détruite, et trop désabusé Désabusé !— •• Suioo»

Suzon , Suxon ! que tu me donnes de tourmenisf*-

J'entends marcher on vient* Voici rinstantde

la crise.

(//a e retira près de ta première coulisse à sa <troitr.^

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