‹ Œuvres complètes de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (volume 4)Chapitre 87 sur 267 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

FIGARO, SUZANNE

Figaro, la tenant à bras le corps*

LXt bien ! amour , es^tu contente? elle a cou- Terti son Docteur, cette fine langue dorce de ma mère ! malgré sa répugnance , il Fépouse , et ton boum d'oncle est bridé ; il n^ a que Monseigneur qui rage , car enfin notre hymen va devenir le prix du leur. Ris donc un peu de ce bon résultat.

25a LE MARIAGE DE nCARO,

As-tu rien tu de plus étrange ?

Figaro.

Ou plutôt d'aussi gai. Nous ne TOuHons qn' dot arrachée à rEicellcncc ; eo Toilà deux dans no; mains f qui ne sortent pas des siennes. Une rivale acharnée te poursuivait; j*éuis tounnenié par une furie! tout ceb s'est changé , pour nous , dans ia plus bonne des mères. Hier ) étais comme seul au monde ; et voilà que j'ai tous mes pareots; pas si magnifiques f il est vrai , que )c me les étais galonnés ; mais assez bien pour nous , qui o'avons pas la vanité des riches.

Aucune des choses que tu avais disposées , que nous attendions , mou ami , n'est pourtant arrivée I

Le hasard a mieux fait que nous tous^ ma pe« tile : ainsi va le monde; on travaille , on projeta, on arrange d'un côté ; la fortune accomplit de )*autre : et depuis l'ailamé conquérantqui voudrait avaler b terre , jusqu'au paisible aveugle qui se bisse mener par son chien , tous sont le jouet de SCS caprices; encore l'aveugle auchien, est-il souvent mieux conduit^ moins trompé dans $c<

TU es , que l'autre aveugle avec son entourage. — Pour cet aimable aveugle ^ qu'on nomme amour {Il la reprend tendrement à bras le

corps. )

Suzanne»

Ah ! c'est le seul qui m'intéresse !

Figaro.

Permets donc que , prenant l'emploi de la folie, je sois le bon chien qui le mène à ta jolie mignonne porte ; et nous voilà logés pour la vie.

Suzanne, riant»

L'amour et toi ?

Moi et l'amour.

Suzanne.

Et vous ne chercherez pas d'autre gîte ?

Figaro.

Si iu m'y prends , je veux bien que mille mil-: lions de galants

Suzanne.

Tu vas exagérer : dis ta bonne vérité.

Figaro.

Ma vérité la plus vraie !

S U Z A If H B.

Fi donc^ Tilaio! en a-t-on plusieurs?

Figaro.

Oh ! que oui. Depuis qu'on a remarqué qu'avcr le temps vieilles folies deviennent sagesse » et qu'anciens petits mensonges assez mal plantes ont produit de grosses, grosses vérités ; on en a de mille espèces. Et celles qu'on sait , sans o^cr les divulguer; car toute vérité n'est pas bonne à dire : et celles qu'on vante , sans y ajouter foi ; car toute vérité n'est pas bonne à croire : et les serments passionnés, les menaces des mcres, les protestations des buveurs , les promesses des gens en place , le dernier mot de nos marchands ; cela né finit pas. H n'y a que mon amour pour Suzon qai soit une vérité de bon aloi.

Suzanne.

J aime ta joie » parce qu'elle est folle ; elle annonce que tu es heureux. Parlons du rendci- TOUS du Comte.

Figaro.

Ou plutôt n'en parlons jamais; il a £ûUi nio coûter Suzanne.

Tu ne veux donc plus qu*il ait lieu ?

Figaro.

Si vous m'aimez y Suzon ; votre parole d^on-

neur sur ce point : qu'il s'y morfoode ; et c'est

sa punition •

S u z A N N fi.

Il m'en a plus coûté de l'accorder^ que je n'ai de peine à le rompre : il n'en sera plus question.

Figaro.

Ta bonne vérité !

Je ne suis pas comme vous autres savants ; moi , je n'en ai qu'une.

Et tu m'aimeras un peu ?

Suzanne.

Beaucoup.

Figaro.

Ce n'est guère*

Suzanne.

El comment?

Figaro.

En fait d'amour, vois-tu ^ trop n'est pas même assez.

:i56 LE MARIAGE DE FIGARO,

Je n'entends pas toutes ces finesses ; mais je n'aimerai que mon mari.

Tiens parole , et tu feras une belle excepiiia il Tusage. ( // veut Pembrasser. )

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