‹ Œuvres complètes de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (volume 5)Chapitre 116 sur 199 · D ▲ B I IS · texte numérisé non relu

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L^af&ire est sur le point d^éclater : les appar renées vous accusent.

M É L A c père.

Les apparences ne peuvent inquiéter que celui qui s'est jugé coupable.

Qu'opposerez-vous aux faux jugements ?à Tinjure ? aux clameurs ?

M É L A c père.

Rien : le silence , et la fermeté que donne Festime de soi-même.

Les biens de votre ami sont sufEsants* • • • oa prendra des mesures. • . .

M ÉLAG père^ impatient»

Et ^ si je dis un mot, il manque demain matin.

Dabins, du même ton.

Et , si vous ne le dîtes pas , vous êtes perdu ce soir même..*. Non, je ne puis souf&ir....

M É L A c père , violemment* Monsieur Dabins , souvenez-vous que votre

5i2 LES DEUX AMIS,

père mourant ne vou^ 4 pas Taiaement recom* mandé à ma bienfaisance : souvenez-yous que je TOU8 ai élevé ; que je vous ai placé chez Aurelly; que mon estime seule vous a valu sa confiance : voulez-vous la perdre ^ cette estime ? et le prex^ier devoir de l'hoquête homme n'est-il pas de jmarder le secret confié ?

£h , Monsieur ! quand la discrétion fait plus 4e maux qu'elle ne peut en prévenir****

M É L A c père.

A qui de nous deux appartient le jugement de mes intérêts ?«...Mais9 je m'échauffe^ et deux mots vous fermeront la bouche. De quoi s'agit-il en ce commun effroi ? De peser les risques de chacun , et d'écarter le pjus pressait ?

D ▲ 9 I ri s,

Oui , monsieur.

M É L A c père.

Si je me préfère à mon ami, quel sera son sort? La confiance publique dont un négociant est honoré ne souffre pas deux atteintes. Quoi qu'on puisse alléguer , après un défaut de paie* ment , le coup fatal au crédit est porté ; c'est un mal sans' remède; et, pour Aurelly, c'est la

H y a tout lieu de le craindre.

M É L À c père*

Si je Hie tais; un eoupçon tient, il est vrai ^ mon honneur en loufErance ; maia , à TaTeu d'un service que les grands biens d'Anrelly rendent tout naturel y avec quelqpie rigueur qu'on me juge , il est même douteux qu'on m'en Êisse un reproche. Ayant donc à choisir entre sa perte inévitable et le danger incertain qui me menace > croyez-vous que j'aye pris conseil d'une aveugle amitié 9 qui pût déshonorer mon jugement? Non monsieur^ j'ai prononcé , comme un tiers l'aurait fait^ en préférant , non ce qui me convient , mais ce qui convient aux circonstances ; non ce que je puis^ mais ce que je dois. Vous m'avez entendu?

Monsieur, je me tairai ; mais , pour l'exemple des hommes, il faudrait bien que de pareils traits....

M é L A c père.

LaissmïS la maxime et l'éloge aux oisifs / fesons notre devoir, le plaisir de l'avoir rempli est le seul prix vraiment digne de l'action. — Que iait mon fils? j'en suis inquiet. L'avez-vous vu?

5i4 LES DEUX AMIS,

Dabi pr^s.

Ah ! c'est pour lui surtout que je vous presse ; il a répandu deTaat moi des larmes si amères, et m'a quitté avec une impatience , un sentiment si douloureux !.•• Mais quel danger de tous confier à lui? Encouragé par votre exemple > il se calmerait , il vous consolerait.

M É L A c père.

Me consoler ! Mon ami , l'expérience de toute ma Tie m'a moùtré que le courage de renfermer ses peines augmente la force de les repousser ; je me sens déjà plus faible avec tous que dans la solitude. Eh! quel secours tirerais-je de mon fils ? Je crains moins sa douleur que son enthousiasme; et, si je suis' à peine maître de mon secret y comment contiendrais-je cette âme neuya et passionnée ?•••.

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