‹ Œuvres complètes de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (volume 5)Chapitre 177 sur 199 · ACTE I I I · texte numérisé non relu

ACTE I I I

que vous craignez de renvoyer? je vais, en deux mots^ lui donner son compte, et celui de Bazile. ( Elle aperçoit son amant: elle fait un cri) Ah !

Bartholo.

Qu'avez-vous ?

Rosine lesi deux mains sur son cœur^ avec

un grand trouble.

Âh ! mon dieu , Monsieur..*. Ah ! mon dieu ^

Monsieur

Bartholo.

Elle se trouve encore mal I Seigneur Alonzo !

Rosine.

Non , je ne me trouve pas mal mais c'est

qu'en me tournant Ah !

Le Comte.

Le pied vous a tourné » Madame ?

Rosine.

Ah oui y le pied m'a tourné. Je me suis fait un mal honible.

Le Comte.

Je m'en suis bien aperçu.

Rosine regardant le Comte.

Le coup m'a porté a\i cœ^r.

Bartholo.

Un siège ^ un siège. Et pas un fauteuil ici?

(Il va le chercher. )

Le Comte.

Ah Rosine I

QueUe imprudence !

Le Comte.

J'ai mille choses essentielles à vous dire.

Il ne nous quittera pas.

Le Comte.

Figaro va venir nous aider.

BiRTROLo apporte un fauteuil.

Tiens y mignonne , assieds-toi. — Il n'y a pas d'apparence i Bachelier^ qu'elle prenne de leçon ce soir ; ce sera pour un autre jour. Adieu.

R o s I N B au. Comte.

Non y attendez ; ma douleur est un peu appaisée. ( A Bartholo. ) Je sens que j'ai eu tort avec TOUS y Monsieur : je veux vous imiter, en réparant sur-le-champ««...

A C T E I I I. 5oi

Bartholo.

Oh ! le bon petit naturel de femme ! Mais après une pareille émotion /mon enfant , J6 ne souffrirai pas que tu fasses le moindre eifoi t« Adieu y adieu ^ Bachelier.

Rosine au Comte.

Un moment , de grâce ! ( A Bartholo. ) Je croirai y Monsieur, que tous n'aimez pas à m'obliger ^ si vous m'empêchez de vous prouver mes regrets , en prenant ma leçon.

Le Comte à pari à Bartholo.

Ne la contrariez pas , si vous m'en croyez.

Bartholo.

Voila qui est fini , mon amoureuse. Je suis si loin de chercher a te déplaire , que )e teux rester là tout le temps que tu vas étudier.

R o s i ri E.

Non y Monsieur : Je sais que Isr musique n'a nul attrait pour vous.

Bartuolo.

Je t'assure que ce soir elle m'enchantera.

Rosine, au Comte ^ d part.

Je suis au supplice.

5o3i LE BARBIER DE SÉVILLE,

Le Comte prenant un papier de musique

sur le pupitre.

£6t*ce là ce que vous voulez chanter , Madame.

Rosine.

Oui, c'est un morceau très-agréable de la Précaution inutile.

Bartholo.

Toujours la Précautioa inutile ?

Le Comte.

C'est ce qu'il y a de plus nouveau aujourd'hui. C'est une image du priDten[ips y d'un genre assez vif. Si madame veut l'essayer...

B. o s I N £ regardant lé Comte.

Avec grand plaisir : un tableau du printemps me ravit; c'est la jeunesse de la nature. Au sortir de l'hiver, il semble que le cœur acquière un plus haut degré de sensibilité : comme un esclave enfermé depuis long-^temps , goûte , avec plus de plaisir, le charme de la liberté qui vient de lui être ofiferte.

Bartholo bas au Comte,

Toujours des idées romanesques en tête.

Lb Comte bas.

Et sentez-vous l'application ?

Bartholo.

Parbleu I ( // va s'asseoir dans le fauteuil qu'a occupé Rosine.

Rosine chante.

(i) Quand y dans la plaine, L'amour ramène Le printemps, Si chéri des amants ;

To^ut reprend Têtre, Son feu pénètre

Dans les fleurs.

Et dans les jeunes cœurs.

Ou voit les troupeaux Sortir des hameaux; Dans tons les coteaux , Les cris des agneauf

(i) Cette Ariette , dans le goût espagnol , fut chantée le premier jour à Paris, malgré les huées, les rumeurs et le train usités au parterre en ces jours de crise et de combat. La timidité de Tactrice Ta depuis empêchée d'oser la redire, et les jeunes rigoristes du théâtre l'ont fort louée de cette réticence. Mais si la dignité de la Comédie Française y a gagné quelque chose, il faut convenir que le Barbier de Séville y a beaucoup perdu. C'est pourquoi , sur les théâtres oii quelque peu de musique ne tirera pas tant à conséquence , nous invitons tous directeurs à la restituer , tous acteurs à la chanter , tous spectateurs à l'écouter , ot tous critiques à nops la pardonner , «n faveur du genre de la pièce et du plaisir que leur fera le morceau.

5o4 LE BARBIER DE SÉVII/LE,

Retentissent^

Ils bondissent;

Tont fermenle;

Tout augmente ;

Les brebis paissent

Les fleurs qui naissent;

Les chiens fidèles

Veillent sur elle^l; Mais Lindor enflammé.

Ne songe guère Qu'au bonheur d'être mmé

De sa bergère.

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