‹ Œuvres complètes de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (volume 5)Chapitre 67 sur 199 · SCÈNE IX et dernière · texte numérisé non relu

SCÈNE IX et dernière

Les mêmes, le comte DE CLARENDON entre précipitamment y sans épée.

Le Baron, avec horreur.

V^'est lui.

Madame Murer»

Il veut la voir mourir.

Il mourra avant elle. (// avance vers lui y et met l'épée à la main. ) Défends-toi ^ perfide.

Sir Charles se jetant au dei^ant'de lui. Mon père ^ il est sans armes.

L £ Comte.

J'ai cru que le repentir était la seule qui convint au coupable. ( // court se mettre aux genoujc d^ Eugénie. ) Eugénie y tu triomphes. Je ne suis plus cet insensé qui s'avilissait en te trompant ; je te jure un amour y un respect éternels. ( Se let^ant at^ec effroi. ) O Ciel I l'horreur . et la mort m'environnent ! que s'est - il donc

passé?

Sir Charles pleurant.

Ces nouvelles arrivent trop tard ; l'objet de tant de larmes n'est plus en état, de recevoir aucune consolation.

Le Comte vii^ement.

Non y non. L'excès de la douleur seul a porté le trouble dans Bts esprits.

Madame Murer pleurant.

Hélas ! nous n'espérons plus rien. ( Betsy est

i86 EUGÉNIE,

debout derrière Je fauteuil de sa mai tresse , et s^ essaye les jeux avec son tablier. )

Le CoittTt effrayée

Craindriez -- tous pour elle? Ah ! lâissez-moi me flatter que je ne suis pas si coupable. (D'un ton plus doux. ) Eugénie ! chère épouse ! Cette voix qui avait tant d'empire sur ton cœur, ne peut- elle plus rien sur toi? (// lui prend la main.)

Eugénie, rappelée à elle par le moui^ement qu'elle reçoit , regarde en silence^ fait un mouvement d^horreuren voyant le Comte, se retourne, et dit:

Dieux !•.•• j'ai cru le voir....

Le Comte se remettant à ses pieds.

Oui, c'est moi*

Eugénie, dans les bras de sa tante, dit en frissonrumt sans regarder :

C'est lui !

L B G 6 É T fi.

L'ambition m'égarait, Thonnenr et l'amour me ramènent à vos pieds.... nos beaux jours ne sont pas finis.

Eugénie, les y eux fermés y et levant les bras.

Qu'on me laisse.... qu'on me laisse....

Le Comte, ai^ec feu.

Non, jamais. Ecoutez-moi. Cette nuit, en Vous ' quittant, le cœur plein d'amoin* pour tous , et d'admiration pour un si noble ennemi (i7 montre Sir Charles en se levant) ^ j'ai couru me jeter aux pieds de mon oncle , et lui faire un ayeu de tous mes attentats. Le repentir m'élevait audessus de la honte. Il a tu mes remords , ma douleur; il a lu l'acte faux qui atteste mon crime et Tos vertus. Mon désespoir et mes larmes Pont fait consentir à mon union âvec vous ; il serait venu lui-même ici vous l'annoncer : mais , le dirai-je, il a craint que je ne pusse jamais obtenir mon pardon. Prononcez, Eugénie , décidez de mon sort.

Eugénie^ (Tune voix faible, lente et coupée»

C'est vous I.... j'ai recueilli le peu de forces

qui me restent , pour vous répondre.... ne m'interrompez point.... Je rends grâces à la générosité de Milord Duc... je vous crois mémo sincère en ce moment...... mais l'état humiliant ^

dans lequel vous n'avez pas craint de me plon« ger.... l'opprobre ^ dont vous avez Couvert celle

i88 EUGÉNIE,

que TOUS deviez chérir ^ ont rompu tous les liens....

Le Comte vhement*

N^achevez pas. Je puis vous eue odieux ; mais vous m'appartenez ; mes forfaits nous ont tellement unis Tun à Tautre

Eugénie douloureusement.

Malheureux !... qu^osez-vous rappeler ?

Le Comte, avec feu.

J'oserai tout pour vous obtenir. Au défaut d'autres droits , je rappellerai mes crimes pour m*en faire des titres. Oui, vous êtes à moi. Mon amour , les outrages dont vous vous plaignez , mon repentir, tout vous enchaîne et vous ôte la liberté de refuser ma main ; vous n'avez plus le choix de votre place , elle est fixée au milieu de ma famille : interrogez l'honneur ; consultez vos parents; ayez la noble fierté de sentir ce que vous vous devez.

Le Baron au Comte.

Ce qu'elle se doit, est de refuser TofiFre que vous lui faites ; je ne suis pas insensible à votre procédé, mais j'aime mieux la consoler toute ma vie du malheur de vous avoir connu , que de

la livrer à celui qui a pu la tromper une fois. Sa fermeté lui rend toute mon estime.

Le Comte pénétré.

Laissez-vous toucher, Eugénie; je ne survivrais pas à des refus obstinés.

Eugénie veut se lever pour sortir ^ sa faiblesse la

fait retomber assise.

Cessez de me tourmenter par de vaines instances ; le parti que j'ai pris est inébranlable ; j'ai le monde en horreur. ^

Le Comte regardant autour de luiy s'adresse

enfin à Madame Murer.

Madame , je n'espère plujs qu'eu vous.

Madame Mvkek fièrement.

Je consens qu'elle vous pardonne , si vous pouvez vous pardonner à vous-même.

Le Comte , d^une voix forte et d^un tori de

dignité.

Vous avez raison ; celui qui s'est rendu si criminel y est à jamais indigne de partager son sort. Vous n'ajouterez rien dont je ne sois pénétré d'avance.... ( A Eugénie avec plus de chaleur. ) Mais y cruelle I quand le ciel et la terre déposent contre mon indignité , aucun murmure ne se fait-

1CJ2 EUGÉNIE.

Le Comte baisant la main d^ Eugénie auec

enthousiasme.

O ma chère Eugénie !.

Tous se rassemblent euitour décile , et la toile tombe.

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