A LA REYNE DE FRANCE ET DE NAVARRE
Madame1,
Si j'ay beu quelquefois , par vostre permission, cest bonneurde parlera Voslre Majestéaussi privement que gentil homme de la cour, abaissant en cela, par rostre généreuse bonté, voslre grandeur, j'ay remarqué en vous telle curiosité, qu'eocor que toux soyez la prince*»* et la daine du monde la plus accomplie en toutes vertus et sciences, si voulez vous toujours apprendre quelque chose de plus, s'il se peut. Que c'est que d'une belle a me , qui despend du ciel en toute perfection, et toutesfois elle s'applique en tout !
Je le dis, Madame , d'autant que je vous vis un jour curieuse d'ouyr raconter des Rodomontades espaignollcs; en quoy vous primes tel plaisir, que dès lors je m'advisé de faire cest œuvre, où vous y en verrez de j toutes façons, non pas seulement de celles des Kspaignols, mais de celles de vos nobles François et autres.
Je le vous dédie, Madame, et l'appends a vos pieds, n'estant dione d'est re touché de vos belles et royalles mains; car, et qui est l'œuvre, tant parfaict «oit-il , qui se puisse loucher de vous, si ce n'est ce qui vient de vousmesmes, qui estes toute parfaicie? Toutesfois , Madame, pour la confiance que j'ay en voslre curiosilé , j'ay opinion que possible, en passant, vous y jetterez vos beaux yeux. Et par ainsy , je le vous adresse, vous priant, Madame , de l'asseurer et le fortifier de voslre sacré et divin nom. Que s'il en peut eslre le moins du monde supporté, il peut braver par-dessus toutes.
i Cette première dédicace générate. qui s'appliquait partial- Nemoent ans Rodomontades, a depuis éié remplacée par une dédicace particulière au Recueil des dans la préf icc qu'on vient de lire.
Des Rodomontades qui sont icy escrHes, je n'en ay mis aucunes estran gères en leurs langues, si non les espaignolles, d'autant que le langage en est plus bravasebe, et ressent mieux sa super belé. Aussi l'empereur Charles le Quint le diaoit fort brave , superbe , et de soldat , comme il teuuit l'Italien pour le courtisan etl'amoureu x ; elle firançois, le réservoil pour les roys , les princes el les grands.
Au reste, Madame, s'il vous prend envie, par curiosité , à quelque mescbanle heure de loisir , en lire quelques feuillets, et qu'y remarquiez quelques fautes, excusez je vous supplie, le peu de profession que j'ay faict du sçavor el de l'art de bien escrire et de bien dire : car, depuis que j'ay commencé à veoir le moode, je me suis amusé tousjours à faire voyages en plusieurs endroicts, servir les roys mes iiiahuresenleursarmées, les suivre et les courtiser en leurs couru , et passer aussi mon temps en autres exercices.
Je sera y donequesexcusé, Madame.si vous ne voyez poiol icy ung seul bel ordre d'escrire, ny aucune bille disposition de paroles éloquentes. Je les remets aux mieux disant : j'entends de ceux qui vous ont peu imiter en voslre beau parler. Bien vous dirai-je, Madame, que ce que j'escriis est plein de vérité : de ce que j'ay veu , je Passeure; de ce que j'ay sceu et appris d'autruy , si on m'a trompé, je n'en puis mais. Si tiens-je pourtant beaucoup de choses de personnages et de livres très véritables tt
dignes de foy.
Yoylà comme je me preaenie à vous , avecq vœu et dedicaU'ou que je faicts a Vostre Majesté de vous demeurer pour jamais vostre très humble et très obéissant subject, et très affectionné serviteur,
DES HOMMES