M. D'ESTRÉE
M. d'Eslrée a esté l'un des dignes hommes de son estât despuis qui ait esté possible jamais, sans faire tort aux autres, et le plusasseuré dans ses trenchées et batteries ; car il y alloit la teste levée, comme si ce fust esté dans les champs à la chasse ; et la pluspart du temps y alloit à cheval , monté sur une grande bacquenée alezanne qui avoit plus de vingt ans, qui estoit aussy asseurée que le maistre ; car, pour quelques canonnades ny harquebusades qui se tirassent dans la tranchée, ny l'un ny l'autre n'en baissoient jamais la teste; et si le monslroit par dessus la trenchée la moictié du corps , car il estoit grand et elle grande.
C'esloit l'homme du monde qui cognoissoit le mieux les endroicts pour faire une batterie de place, cl qui l ordonnoit le mieux : aussy estoit-ce l'un des confidens que M. de Guyse souhaictoit auprès de luy pour faire conquestes et prendre villes, comme il fit i Calais. Ç'a esté luy qui le premier nous a douné ces belles fontes d'artillerie que nous avons aujourd'huy, et mesmes de nos canons, qui ne craindront de tirer cent coups l'un après l'autre (par manière dédire) sans rompre, ny sans s'esclatcr ny
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casser; comme il en donna la preuve d'un au roy quand le premier essay s'en fit. Mais on ne les veut gourmander tous de cestc Façon , car on en mesnage la bonté le mieux qu'on peut.
Advant cesle fonte, nos canons n'esloient de beaucoup si bons, mais cent Ibis plus fragiles, et subjecls à cs're raffraichis de vinaigre et 1 autre chose, où il y avoit plus de peine, et qui plus desbauchoit la batterie. Celle qui fut faicle devant Yvoy ne donne tant de peine, comme j'ay ou y dire à M. de Guysc que ce fut la plus j belle et plus prompte ballcrie qu'il avoit veue I ny ouy dire; et en louoil fort M. d'Estrée, qui avoit ordinairement son faict et son attirail si lestes quand il marchoit , que jamais rien ne manquoit, tant il estoit provident et bien expert en sa charge.
Surtout il avoit de très bons canonnière et bien justes, et luy mesmes les y dressoit et leur monstroit. Il avoit aussy de très bons commissaires, dont entre autresont esté : Bassompierre, qui estoit dans Sienne estant assiégée , et La Foucaudic , petit homme , mais tout spirituel : l'uu bon catholique s'il en fut onc , l'autre huguenot; et pour ce M. l'admirai l'aymoit fort, et s'en ayda et s'en trouva bien en ses guerres. Tant d'autres bons a-il eu que je ne nommeray point, et la pluspart huguenots, qui avoient imité leur gênerai mondicl sieur d'Estrée , qui l'estoit fort : si ne se laissa-il pour tant de bien servir son roy au siège de Rouen, aux premieves guerres , comme je vis.
C'estoit un fort grand homme, et beau et vénérable vieillard, avecques une grand barbe qui luy descendoit très bas; et sentoit bien son vieux adventurier de guerre du temps passé , dont il avoit faict profession, où il avoit appris d'estre un peu cruel. Feu mon pere et luy avoient tous deux esté nourris pages de la reync Anne, et tous deux alloient sur les mulietsde sa litière, laquelle ( à ce que j'ay ouy dire à mon pere et audict M. d'Estrée ), les a bien faict fouetter quand ils faisoient aller les mullcts d'autre façon qu'elle ne vouloit, ou qu'ils eussent bronché le moins du monde. Mon pere alloit sur le premier , M. d'Estrée sur le second ; et puis , tous deux sortant hors de page , les envoya de là les Monts à la guerre.
NDS CAPITAINES FRANÇOIS.
M. OE LA BOURDEZIÊRE.
Enfin ce bon vieillard mourut en sa maisoi: très renommé capitaine , l'année des secondes guerres ; et son estât fut donné à M. de La Uourriezierc , qui avoit donné sa fille aisnée en mariage au jeune M. d'Estrée, qui eut occasion de se plaindre pour n'avoir eu Testât de son pere , qu'il y avoit très bien dressé : mais ne le garda guiercs, car il mourut.
Si est-ce que M. de ta Bourdeziere s'en acquitta très bien tant qu'il l'eut , et mesmes à la battaille de Montcontour. Il mourut bien tost après, en respulationd'un brave et sage gentilhomme , et fort homme d'honneur : et quand il n'eust esté autre que pere de ce brave M. de Sagonne , il a esté beaucoup et digne à louer d'avoir engendré un si brave et vaillant jeune homme que ecluy là, et autant parfaict en toutes vertus et valeur; dont j'espere en parler ailleurs.