M. DE SAINCT POL
Pour parler de M. de Sainct - Pol , frère de M. de Yandosme, qui a esté en son temps un très vaillant et hardy prince ( car de ceste race de Bourbon il n'y en a point de poltrons , ils sont tous braves et vaillans, et n'ont jamais esté malades de la flebvre poltronne ); le roy ' François l'aymoit fort , et estoit de ses grands 1 favorys ; si que, voulant un jour un peu abuser 1 de ceste faveur , il se mit à appcller le roy mon- 1 sieur, ainsy que faisoit M. de Vandosme; mais le roy luy dit que c'est tout ce qu'il pou voit permettre à M. de Yandosme son aisné , et qu'il ne le pouvoit pas permettre au puisné ; et qu'il se conlcntast de la faveur qu'il eo faisoit à l aisnc : dont plus il n'y retourna, car ce roy estoit fort scrupuleux et advisant de près sur les poincts de sa royauté , lesquels il entendoit mieux qu'homme du monde.
Ce M. de Sainct-Pol commanda à six mille hommes de pied pour le secours de Mczieres ,
LE MARESCHAL
et prit ceste charge (comme j'ay dict ailleurs ), encor qu'elle ne fust digne de ce temps là pour un prince du sang; mais, pour monstrer >a générosité et hardiesse il la voulut prendre, car ces charges sont un peu plus hasardeuses que celles de chevaux.
A la battaille de Pavye il se monstra tel qu'il esloit, car il y combattit si vaillamment qu'il fut trouvé après entre les morts , abboyant à la mort. Et , ainsy qu'un soldat commençait à luy coupper un doigt pour en tirer une riche bague qu'il y avoit , sentit la douleur, et se mil à crier et se nommer ; dont le soldat le releva et le mena à Pavye, où il fut si bien pensé qu'il eschappa la mort. Ainsy l'ay-je ouy conter à une dame de la cour de ce temps-là. Et puis gaigna si bien ses gardes , qu'il sortit de prison et sauva sa rançon sans rien payer.
Au bout de quelque temps après, le roy luy donna une fort belle armée pour Italie, et pour secourir M. dcLautrcc si le duc de Brunsvic s'y acheminoit, à cause d'un meffy que l'empereur prit de luy, qu'il ne peut prétendre au royaume , en vertu d'un de ses prédécesseurs qui avoit espousé la reyne Jchanne. M. de Sainct-Pol s'arresta, qui fut une grande faute; car, s'il eusl poussé plus advant , Naplcs estoit secouru et estoit à nous : et se mit à faire la guerre en lestât de Milan, qui luy fut heureuse au commencement , car il y prit des places , et entre autres Pavye, qui fut enror pour la seconde fois, après celle de M. de Laulrec, pillée et saccagée pis que jamais, tant ceste place fut destinée au siège, au sac et au malheur, comme j'en ay veu plusieurs en nos guerres de France ainsy subjectes à semblables fatalités.
Anthoine de t*ve 1 estoit pour lors là lieutenant de l'empereur, qui sortit un jour de Milan avec ses forces qu'il peut ramasser ; et luy mesmes en personne , tout perclux , impotent et se faisant porter en chaire, vint donner sur M. de Sainct-Pol , le deffit et prit prisonnier fort heureusement : ce ne fut pourtant qu'il ne combat tist très vaillamment; maison dit qu'il fut très mal assisté des siens.
Il mourut après en France, sans laisser qu'une fille héritière, qui est aujourdhuy madame de
• Son article M trouve d-dewus parmi les capitaine! etrait&ers.
DE MONTEJAN. 283
Longueville, très riche et très sage et vertueuse
princesse.
Leroy, lors qu'il mourut, se gouvernoit fort par son conseil, tant le tenoil bon capitaine pour le fa ici de la guerre; ainsy qu'il faisoil de M. l'admirai d'Annebaut; car M. le connesiable estoit retiré en sa maison ; et ces deux restèrent fort les favoris du roy et grands conseillers, et M. le cardinal de Tournon , sage prélat.