‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 201 sur 361 · M. LE COMTE DE SANCERRE · texte numérisé non relu

M. LE COMTE DE SANCERRE

l'un des principaux de la bande, qu'il avoit cognu avec feu M. d'Orléans, estant de sa compaignie, de laquelle moodict sieur le comte estoit lieutenant ; et se monstra en ceste découverte un très-sage capitaine. Cela est escrit en l'histoire de nostre temps.

Mais tant y a que , si ceste entreprise enst rapporté son exécution , je ne sçay ce que fust esté de la France, encor que tous les conjurateurs confessassent qu'ils n'en vouloient qu'à la maison de Guyse : mais l'homme de La Renaudie, le principal chef et le premier autheur, qu'on appelloit Lavigne, et qui en avoiHaict toutes les despesches, mémoires et escrit ures, soubs ledict La Renaudie son roaistre, ttescouvrit bien des desseins plus secrets, estran^es et meschans. Je m'en rapporte à ce qui en est et ce que lui-mesme m'en dit, lui estant en liberté. Mais mondict Bieur le comte servit bien là son roy et son royaume, ainsy que je vis puis après le roy l'en remercier et l'en louer extrêmement; encor qu'un infinité d'autres beaux faicls siens le doibvent plus renommer quecestuy-là : comme le siège de Sainct-Dizier, qu'il soustint sy vaillamment contre l'armée de l'empereur, qu'on tenoit la plus puissante qu'il eust jamais contre la France. Bien est-il vray qu'il avoit pour compaigoon et second avec luy le capitaine La Lande, vieux, routier et capitaine de guerre, qui de frais venoit de s'esprouver si bien dans Landrccy; mais il y fut tué. Venant de soustenir un furieux assault et s'estant retiré en son logis, derrière un rempart, où d'autrefois, j'y ay logé, il fut tué en prenant chemise blanche : et mon hostc , qui estoit encor ecluy de M. de La Lande, me monstra le lieu et le lict mesmes où je couchay, et me conta 6a mort et sa vaillance, ensemble celle de M. le comte de Sancerre , qui pourtant ne s'estonna de la mort dudict capitaine, encor qu'il le regretast bien fort, pour le bien seconder, mais tint encor le siège plusieurs jours, où le premier prince et le plusaimé de l'empereur aloit fut tué, qui estoit le prince d'Orange, qu'il rc gretta fort ; et puis la place se rendit par une Irès-honnorablecompositipn, circonvenue pourtant M. lecomte par une lettre interposée, qui le desesperoit de tout secours, dont j'en parle ailleurs.

Et d'autant que j'ay trouvé ladicje compoai-

: son père, Chartes de Bueil,

lion et capitulation dans quelques vieux papiers de nostre maison , je l'ay voulue icy mettre par escriture, me semblant estre très-digne d'estre leoe et veue , autant pour contentement d'esprit que pour monstrer la vertu et valeur dudict M. le comte. Elle porte donc ainsy :

«Traicté, pacte et accord faict entre très- « illustre seigneur le visce-roy de Sicille, lieute- «nant et capitaine gênerai de l'empereur, d'une « part; et le sieur comte de Sancerre , lieutenant «du roy de France dedans la ville et place de «Sainct-Dizier, par les voyes des sieurs de La «Chemiere, viscomte de La Rivière, et Hiero-

■ nimoMarino. desputé.

«Premièrement, que ledict comte de San- «cerre baillera et livrera réellement et de faict « ladicte ville de Sainct-Dizier en la main de o l'empereur, ou à qui Sa Majesté ordonnera , « de dimanche en huict jours, qui sera le dix- «septiesme du présent mois d'aoust ; et obligera «sa fby de ce faire, si ce n'est que dans ledict «temps le roy leur envoyé secours d'une armée « pour donner battaille, ou qui soit si puissante «qu'elle contraigne se retirer par force deux «lieues en arrière celle de l'empereur : et en ce «convenant ledict sieur comte ne sera tenu a par ceste convention à la restitution de la «place et ville de Sainct-Dizier.

*Item, baillera ledict visce-roy saufconduict «à deux personnes que iceluy sieur comte en- « tend envoyer vers le roy son maistre , pour « luy faire entendre le besoing de luy et de ses «gens.

«Item, le dimanche dessnsdict, à soleil le- « vant , ledict comte de Sancerre et ses gens se- «ront prests à sortir, et sortiront de ladicte ville, o y laissant l'artillerie, munition et victuailles, a non degastant et consommant icelles en au- «cune manière, fors seulement pour leur usage

■ et nécessité, ainsy qu'ils en ont usé jusqu'à «présent; et ne pourront brusler la poudre, «munition, ny enclore l'artillerie; dont ledict «sieur comte en obligera sa foy.

a Item, que ledict sieur comte et ses gens « pourront sortir de la ville librement et avec «la suite de leurs vies , armes et bagues sauves, «et tout ce qu'ils pourront charger et porter «sur leurs bagages, avec leurs enseignes des- « ployées, et sonnans tambours et Affres ; à con- «dition toutesfois qu'ils ne pourront amener

ANDS CAPITAINES FRANÇOIS.

«artillerie, munition ny victuailles, réservé «deux pièces d'artillerie sur roues, au charroi « dudict sieur visce-roy, et aussy des boullets et «poudres pour tirer seulement jusqu'à dix «coups de chascune pièce.

• Item, durant les huict jours, ceux de la «ville ne pourront remparer ne faire plus ouvrages quelconques pour leur defension, et re- « cevront un gentilhomme que ledict visce-roy «baillera pour y avoir le regard , auquel luy « feront voir deux fois le jour si aucune chose «y aura esté faicte.

«Et semblablement ledict sieur visce-roy « promet sur sa foy que nulles tranchées, caval- «t tiers et plates formes, ny autres choses offen- «sives à ladicte ville, ne passeront plus avant ; « mais demeureront en Testât qu'elles se retreu- « vent, sauf et réservé les tranchées qu'il lui sem- «blera estre nécessaires pour la seureté du «camp de l'empereur et empescher l'entrée de «ladicte ville.

« Item , que durant ledict temps on ne tirera «l'artillerie, harquebuserie ny autres choses «l'un contre l'autre , fors qu'il y eust quelqu'un «qui s'approchast à cent pas près de ladicte «ville, auxquels l'on pourra tirer sans rompre «le traicté, non comprises les tranchées , plates «formes desjA faictes, èsquelles l'on pourra a tenir le guet et gardes accoutumées. Si aucun «s'esmeut d'un costé et d'autre, assavoir ceux «du camp d'en approcher desdicts cent pas, a et ceux de la ville d'en sortir, il sera permis «de leur tirer et les reboutter, demeurant tou- « testais ce traicté en son entier.

« Item , que toutes personnes qui sont de la «garnison et gardes de la ville, tenus en ce a camp, seront relaschées , sans payer rançon , « le jour que ledict sieur comte sortira d'icelle « et la livrera en la main de l'empereur ; et le «semblable fera iceluy sieur comte de ceux de a ceste armée qui se trouveront prisonniers en «ladicte ville.

9 Item, a accordé ledict sieur visce-roy que «tous ceux qui sont naturalisés de la ville et «voudront sortir pour eux aller en France , ou «ailleurs que bon leur semblera, s'en pourront «aller librement ; et s'il yen a aucuns qui veuil- «lent demeurer à faire résidence , ils y pour- «ront demeurer seurement, auxquels ledict « sieur visce-roy promet qu'il sera faict tous bons

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