‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 226 sur 361 · M. DE SANSAC · texte numérisé non relu

M. DE SANSAC

donné ses oyseaux ; et puis il eut ceux du roy à gouverner lorsqu'il se commanda à se faire cognoistre à la cour ; et tant qu'il a vescu il a aymé cest exercice par dessus tous autres après les armes.

Il eut cest heur , estant dans Fossan lors du siège , d'estre despesché vers le roy pour Importer les nouvelles du siège et de la capitulation , et d'en rapporter la response de son roy, et commandement et congé de l'accepter , ne pouvant la secourir dans le temps convenu.

Il a esté en réputation d'estre un des meilleurs chevaux légers de son temps , et autant digne d'y commander; aussy, lors et tant que M. d'Aumalle fut prisonnier du marquis Albert , sa charge de couronnel de la cavallerie légère luy fut donnée, et l'exerça trèsdignement durant sa prison , qui fut longue. Et s'est veu cedict M. de Sansac commander aux princes du sang, comme MM. d'Anguien, Condé,de Nemours, et une infinité d'autres princes et grands seigneurs qui avoient des chevaux légers : car alors les plus grands, pour leur commancement de guerre, se jeltoient tous à la cavallerie légère.

Voylà donc l'honneur, qui n'estoit pas petit, que ce M. de Sansac a eu de commander à cestc belle principauté et noblesse françoise. Et tous luy obeyssoient très-bien pour sa suffisance, encor que aucuns n'approuvassent guieres sa façon rebarbarative, et son parler et commandement trop rude : ce qui est une grande imperfection à un capitaine, car les parollcs douces et courtoises sont plus agréables et plaisent plus , et en profite-on davantage , si ce n'est en cas qu'il en faille user de braves et rudes.

Nous en avons une infinité d'exemples de ceux qui ont esté courtois, qui se sont très-bien trouvés. Je n'en veux dire que deux , Cassar et feu M. de Guyse. Je nommerais bien deux autres François qui ne s'en sont pas mieux trouvés de leurs rudesses hautaines et ouirccuydécs parolles , que je ne nommeray point.

Tour tourner encor à M. de Sansac , il acquit beaucoup d honneur au siège de la Mirande , qu'il soustint longuement , et s'en fit louer estant lieutenant de roy ; pour ce le roy l'honnora de son Ordre : marque qui se debvoit alors pour un acte signalé.

11 eut encor cest honneur d'estre esleu avec le

bon homme M. de La Brosse, gentil chevallier et digne capitaine, duquel je parleray en temps et lieu , pour se tenir près de la personne du petit roy François ordinairement , non comme gouverneur, car ce nom ne luy eust pas pieu , estant en assez bon aage et marié, mais comme quasy conseiller, et se tenant près de sa personne.

En nos guerres civilles il a plusieurs fois mené nos armées en aucunes expéditions comme lieutenant de roy, comme ès sièges de La Charité et Vezelay, et autres factions. Bref, ce seigneur a esté honuoré de plusieurs belles charges , et est mort en litre de mareschal de France, non proprement qu'il en ait esté jamais pourveu ; mais il en avoit Testât, les gages et la pension , comme d'un vray mareschal de France. En quoy plusieurs disoient à Lyon, tors que M. de Montluc fut faicl mareschal de France à la barbe du bon homme M. de Sansac qui y estoit v qu'on luy avoit faict tort de ne l avoir esté, puisqu'il y avoit long-temps qu'il en tiroit Testât, et l'autre non. Je sçay bien à quoy il tint (ce que je diray ailleurs}, et ce que M. de Sansac m'en dit touchant son mesconlentement; car madame de Sansac et moy estions fort proches parens , et si le bon homme m'aymoit fort : et de ce pas là se retira en sa maison, et oneques plus ne vint à la cour, et quelque deux ans après (s'il me semble) il mourut chez soy.

Voylà le discours le plus bref que j'ay peu faire de la sympathie de ces trois precedens bons chevalliers cl capitaines et de leur fortune, mais non de leur mort, car M. d'Esse mourut sur le haut d'un rempart , et les deux autres moururent dans leurs licts. Us moururent tous trois pauvres de biens, du leur ou d'acquis, fors d'honneur, des bienfaicts du roy, de leurs estais et pensions et biens d'église pour leurs frères et parens, fors M. de Burie qu! en eut peu.

Tous trois espouserenl des femmes de bonne maison. M. d'Esse espousa ceste fille, fort belle et honnestc, de la maison des Adrets, comme j'aydict, bonne maison, non de Dauphiné, mais d'Anjou ou du Mayne ou de Vandosmois; je ne le puis pas bien asseurer.

M. de Sansac espousa la sienne de l'antique maison de Montberon en Angoumois , sœur de

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M. d'Ausances, et qui a esté en son temps, jusqu'à l'aage de soixante -dix ans qu'elle est morte, une très-belle et agréable dame.

M. de Burie cspousa une fille de la maison de Languillicrs, belle fille portant le nom de Luxembourg.

M. d'Esse laissa un seul fils de luy, esgal à luy en vaillance seulement, mais non en si belle façon ny bonne grâce. Il mourut jeune, à la deffaicle des Provençaux en Perigord.

M. de Sansac laissa aussy après soy un seul fils, aussy ires-beau, agréable et bonnesie autant que gentilhomme de France , et brave cl vaillant. Il mourut aussy jeune, à ce dernier siège de Chartres, de maladie et de misère qu'il souffrit la devant.

M. de Burie mourut sans lignée et n'en eut jamais. Sa femme, qui estoit naïfve et libre, disoil qu'il n'avoit pas tenu à luy ny à elle, car ils en a voient bien faicl le debvoir pour en avoir; mais que son mary avoit eu d'aulrcsfois aux guerres un coup d'espée ou de massc-d'arnies sur la nucque du col, qui luy empeschoit le conduict de la semence, si bien que la vraye cresme n'y pouvoit passer ny couler , si-non quelque petite espèce d'eau claire dans sa matrice, qui ne servoil nullement pour engendrer ny concevoir.

Cesle femme avoit en soy une naïfvelé naturelle et une liberté de parler nnifvemcnf, sans y songer autrement à mal; si que I on en a f.tict d'elle en Xaintongc des contes pîai.sans, dont je fera y cestuy cy pour en rire, loute ma parente qu'elle fut , cousine germaine de mon perc. Lors que le my Charles vint à Buurdeaux pour l'eut renie de Bayonne, midamc de Curie, quelque deux ans avant, ainsy que son mary M. de Burie y faisoit faire quelque reveue de gens de guerre, en passant par les rues il y eut quelque mauvais barquebusier qui laseba son harquebuse mal à propos, qui perça à ladicte dame le bras de part en part, tirant vers lespaule. Elle estant venue à Bourdeaux pour faire la reverance au roy et a la reyne, ainsy qu'elle estoit dans la chambre de la reyne, ayant faitt toutes révérantes accomplies , M. de Cypierre. lors gouverneur du roy, l'ayant #ussy saluée, la convia de s'asseoir tous deux sur un colfre; et tous deux poi toient un bras en csJiarpc, M. de Cypierre piur les gouttes

S'DS CAPITAINES FRANÇOIS

dont ilestoit fort tourmenté, et madamedeBuri; pour sou harquebusade. M. de Cypierre, ne sçachant point que ce fust un coup, mais quelque goutte comme luy, se mit à luy dire fort naïvement : «Madame, il faut que nous uous « consolions tous deux de noslre mal, car il n'y «a ii y que nous deux qui portons le bras en «esebarpe.— Non, monsieur, luy respond nn- «dame de Burie; mais il y a bien de ladifïc- «r< nce du subject et du mal , car vous la portez «pour l'amonr de la goutte, et moy pour une « harquebusade. » Qui fut estonné? ce fut M. (ic Cypierre, oyant parler de ceste harquebusadr, ainsy qu'il en vint aussy tost faire le conte ï M. de Nemours, que j'ouys moy-mesme. Parquoy, se levant d'auprès d'elle, et en riant froydemeul : «Yraymenl, madame, c'est raiuson, et >ous m'avez bien estonné. C'est bien m le monde renversé cesluy-cy, cl de vous voir «plaindre de vostre harquebusade que je «n'eusse jamais pensé que vous eussiez eue, «c'est bien signe que vous avez esté à la «guerre; je n'en sçaurois monstrer pour à cesle «heure autant; vous csles en cela plus lieu- «rcuse que moy ; et peu m'a servy pour y avoir «esté tant de fois, et uni de fois m'eslre mis «aux hasards, et n'avoir dequoy maintenant «vous damer d'u.ie pareille marque, encor que « j'en aye Lien sur mon corps, et qu'au heu que «je vous deusse dire que je porte mon nias ta « csrharpc pour une harquebusade et vous pour « le goullagr', il ne se peut. Adieu donc, nia- "dame; Ineu vous donne donc guerison de « vostre harquebusade , et à moy de ma goutte: «jamais le monde ne joua mieux à l'envers que «ce coup icy.» Puis, s estant enquis à d'autres comment ceste femme a\oil esté ainsy à h guerre et blessée, il en lit sou conte; mai* il « faut imaginer de la façon que M. de Cypierre le disoil, qui l'a bien cognu; car c'estoii l'homme du monde qui faisoil mieux un conte et le sça\ oit mieux représenter avecques la meilleure grâce et les plus belles parolles qu'où euit sceu dire , tant il csloil bien accomply en loal J eu vis bien rire la reyne mere raesme, quand elle songeoit, disoil-cllc, à l'cstonnement que M. de Cypierre eut quand il ouyl parler de cesle harquebusade, comme voulant penser et dire : «Mort Dieu! ceste femme s'est voulu i advantager de cela sur rooy, que nous n'«-

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