‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 76 sur 361 · DIVERS CAPITAINES ESPAIGNOLS · texte numérisé non relu

DIVERS CAPITAINES ESPAIGNOLS

Rodrigo Ripalta et Francisco Ruitio,qn\ firent bien au siège de la Gollette; avec : Sarmanto.

Juan de Lima.

Etcapitan Gallindo, grand amy du marquis dcl GouastJ

En somme je n'a u rois jamais faict ; encor peosé-je en avoir trop nommé pour la crainte que j'ay d'avoir faict tort à force autres gallans capitaines qne j'obmets, qui ont servi si bien rerapereur et le roy d'Espaigne en tiltre de maistres de camp et de capitaines , et tous en grande et brave réputation , que si je les voulois tous nommer, mon livre seroit plus plein de noms que de discours.

En quoy faut noter une chose , que plusieurs grands seigneurs auxquels on donne en Espaigne la qualité de dom s'estiment fort honorés d'avoir une compaignie de gens de pied, corn me vous en voyez icy en plusieurs , et mesmes dom Alonzo Pyraentel , qui estoit en son temps des gallans de la cour de l'empereur en toutes choses, et qui despuis fut visce-roy â La Goulelte; et puis, par son malheur , bruslé par sentence de l'inquisition ; j'en parle ailleurs.

Par les noms et ces mois de dom qui portent qualité belle en Espaigne , comme j'ay dict ailleurs, il paroisl que force capitaines que j'ay nommes cy-devant sont esté de bonnes et grandes maisons , comme je l'ay veu moy- mesmes ; mais plus encorcs , car ils ont voulu honnorcr leur infanterie et s'y jetter en simples et privés soldats, portant l'harqucbuse , le fourniment , lapicqueet le corselet, et se rendre subjeclsaux loix et règles militaires comme les moindres ; ainsy que j'en ay parlé d'aucuns ailleurs; et les appelloit-on tos Gusmanes. Je ne sçay comme ils en usent aujourd'huy; mais démon temps cela estoit , et leurs bandes en paroissoient encor plus belles; car la noblesse estant meslée parmy la valeur en faict plus belle monstre et multiplication. Aussi cesle infanterie cspaignolle a faict despuis cent à six vingts ans en ça de très beaux actes, s'y estant mieux accommodée qu'auparavant qu'ils s'estoient jettés à porter la ngaye et à est re gcnitairesà mode des Mores et Arabes , armes certes point si convenantes que les aunes de l'infanterie d'aujourd'huy. Aussi depuis, ivecqucsellect leurs armes ils ont faict de beaux effects , comme je viens de dire. Et ,

pour en alléguer un bel exemple, sans une infinité d'autres dont j'en ay touché en mes livres, je mets en advant le traict que fit le marquis de Pescayre à la baltaille de Pavie, que j'ay leu en sa vie. Il se dict donc (et m'en vays le dire en espaignol sans changer les mots, afin que l'on y adjouste plus defoy) que ledict marquis gaigna ceste battailleavec ses harquebuziersespaignols contre tout ordre de guerre et ordonnance de battaille , mais par une vraye confusion et desordre. C'est â sçavoir que quinze cens harquebusiers des plus adroicts , des plus pratiques , rusés, et sur tout des mieux ingambes et dispos , furent desbandés par le commandement I dudict marquis de Pescayre, lesquels, voicy les propres mots : Por nuevos préceptes del marques tnseilados y praticos, por larga experiencia , sin orden ninguno, se estendian a escadras por todo et campo , y davan vueltas à una parte y otra con gran presteza;y osi enganavan et impetu de tos j cavaltos ; de manera que por aquel modo de pelear por si nuevo y no usitado , y sobre ; todo maravilloso cruel y misérable , estos ' harquebuzeros ocupando , antes con gran | venlaja, la virtud de la cavalleria francesa se perdia del todo; que estando los nombres d' armas recogidos todos jnntos, eran derribados en tierra d' estos pocosy ctaros , mas muy esclarecidos harquebuzeros bravos Espailoles. « Enseignés par de nouveaux pre- I «ceples du marquis, et pratiques aussi par «leur longue expérience, sans ordre aucun «s'estendoient par escadres par tout le camp , « donnant des tours et faisant des voiles de ça de «là , d'une part et d'autre , avecques une grand «vitesse; et ainsy ils trompoient la furie des «chevaux , de façon que par ceste nouvelle mode «de combattre , non jamais ouye et fort esmer- «veillable, cruelle pourtant et misérable, ces «harquebusiers empeschoient avecqu'un grand aadvantagc la vertu de la cavallerie francoisc, « qui se perdit du tout ; car les hommes joincts «ensemble faisant un gros, estoient portés par «terre par si peu d'cxcellens et braves harque- « busiers. »

Ceste confuse et nouvelle forme de comb.il se peut imaginer et représenter mieux que des crirc: et qui l'imaginera bien la trouvera belle ' et utile ; mais il faut que ce soient des har

VIES DES GRANDS CAPITAINES

quebusierstrès bons et triés sur le volet (comme ' mesmes sur les reistres qui font tant des roau-

on dict), et sur tout bien conduicts.

vais, selon les lieux advantageux qui se rencon-

Surquoy j'en fis un jour ce conle à ce grand | treroient, ainsy qu'il attrappa ceux de M. de feu M. de Guyse dernier, qui le trouva très beau ; Tore en belle campa igne, où nos mousquets

et bon ; et se mettant en discours avecques moy, me faisant cet honneur, me dict qu'il y songeoit

leur nuisirent beaucoup, et à Aulneau, où l'harquebuserie fit si grand eschec sur les reistres

fort, et que c'estoit un vray moyen pour attra- f selon le commandement qu'il fil à ses braves pcr et desfaire un battaillon de cinq ou six mille , capitaines qui sceurent bien obeyràce brave

Suysse* , qui font tant des mauvais, des braves et des invincibles quand ils sont sarrés dans leur gros. Et me dict que, pour bien pratiquer cet exemple que je viens alléguer sur ceste battaille, il voudrait avoir quinze cens jeunes soldats, pratiques un peu pourtant, Basques, Biscains, Provançaux, Biarnois, Gascons et Espagnols , bien légers de viande et de graisse, maigrelins , dispols et bien ingambes, et qui volassent des pieds (comme Ton dit) , point de mousquets sur eux , sinon de bonnes harquebuses de Milan pas trop renforcées pour la pesanteur , mais assez modérément et de beau calibre, de bonne trempe pour ne crever; car il vouloit sur tout que la poudre fust bonne et fine pour bien tirer d'assez loiog et faire bonne faucée : sur tout aussi point d'espées au coslé de peur d'un embarras, empeschant la légèreté; mais au lieu d'espées de grandes dagasses au costé comme j'ay veu d'autresfois nos enfans perdus en porter. Faudrait aussy qu'ils fussent menés, comme j'ay dict, par de bons sergens légers comme eux , ou quelques jeunes capitaines pratiques un peu aussi. Et puis tous ces gentils fantassins despartis en quatre ou cinq bonnes bandes ou quelquefois par escadres, on verrait l'eschet après que ces gens feraient sur ces gros ; car ils les viendraient attaquer de près , ou d'assez loing faire des salves menues et fréquentes; et lors qu'on les voudrait charger et assaillir, faudrait que ces gentils harquebusiers se retirassent , comme ils verraient à l'œil , et leur faire de las arremetidas », comme font et disent les Espaignols ; bref s'y comporter vaillamment et gallantement, en assaillant et se retirant à mode des Arabes, qui sont en telles factions très importuns et fascheux. Par telle sorte, me disoit mondict sieur de Guyse, aurait-il raison de ces grands et gros battaillons de Suysses, qu'il perseroit à jour et larderait d'harque-

general : j'en parle ailleurs.

Aujourd'huy ces messieurs les compères 1 se sont advisésdefianequeur leurs bataillons d'harq ne bu série, ce qu'ils n'avoient faict du temps passé ; mais ils ne pourraient faire grand mal à ces braves et dispos harquebusiers que j'ay dicts : leurs jambes ne sont pas si légères ny voilantes que les autres que je viens de dire.

Si M. le prince et M. l'admirai eussent eu de ces gens lorsqu'ils n'osèrent attacquer nos Suysses à Meaux, montans a six ou sept mille en un bataillon, et qu'ils eussent voulu user de ceste forme de guerre, ils les eussent bien estonnés , et aussi nostre petite cavallerie françoise qui estoit avec le roy parmy eux.

Voylà le discours que mondict sieur de Guyse me fil cet honneur de m'adresser. Nous parlasmes encor, que nous avons bien eu et avons encor aujourd'huy nos enfans perdus; mais ils ne servent qu'à attacquer quelques escarmouches légères avaut les battailles , et , lors qu'elles se sont acostées et meslées, ils se reliraient vers les battaillons, ainsy que fit M. de Moniluc, comme verrez en son livre : après qu'il eut faict très bien son debvoir avecques ses enfans perdus à la bataille de Cerizolles, se retira à son battaillon, et y prit la picque et combattit avec le gros. Cela s'est veu aussi 1res bien en nos guerres et batlailles, tanl eslrangeres que civiles.

Il me semble, si bien m'en souvient, que M. Philippe de Gommincs raconte qu'à la battaille de Monllery les archiers du comte de Charrolois combattirent ainsy en confusion, sans observer aucun rang , lesquels endommagèrent fort les nostres. En la battaille de Cerizolles, les Espaignols qui a voient desfaicl les Gruriens vindrent ainsy avec quelques harquebusiers demandés attaquer M. d'Anguien , qui le fatiguoient, jusques à ce qu'ils eurent

busades comme canards. Il en pourrait faire de veu la grand roulte des leurs; dont ils pcr- * AtMUU et attaques.

LE COMTE MDOVIC LODRON.

dirent cœur , se retirèrent , et , par une charge que leur fit M. d'Anguien par derrière , et M. d'Aussun par le flanc , furent desfaicts. ( Voyez les Mémoires de M. du Bellay sur ce subject. ) Je n'en parle plus, si non pour reprendre le mien premier. Tant y a que ces harquebusiers espagnols ainsy confusément menés et combattans , firent si bien et de telle sorte, qu'ils emportèrent la gloire de nous avoir bien cstriés en ceste battaille de Pavic;ce qu'ils sceurent très bien pronostiquer du commencement. Après qu'ils eurent rompu la muraille du parc et commencèrent à parestre dans la place marchande du camp, ils se mirent tous a crier d'une allégresse : Aqui esta el marques con sus harquebuzeros espafioles '. J'en parle ailleurs.

Et , pour plus ample confirmation de ce bel uploict de ceste harquebuserie espaignoie, j'ay ouy conter â aucuns anciens , et si l'ay leu dans les Annales de Rouchet, qu'après cesie battaille, madame la régente, très sage et advisée savoysienne , envoya par toute la France , et principalement es bonnes villes , tant de frontières que autres, des commissaires, maistres desrequestes et autres, pour leur recommander leur debvoir, leur fidélité, la conservation et vigilance sur leurs places , et , entr'autres choses sur tout , qu'ils eussent à se pourvoir et garnir de bons harquebus, armes seules et propres dont les ennemys s'en estoient si bien pourvenus et aydés à desfaire le roy et son armée en ceste battaille. A quoy obeyrenl les Tilles et le pays, non pour en user, mais pour en faire leur provision seulement; car ils demeurèrent long-temps sans s'en pouvoir accommoder, tant ils aymoient leurs arbalcstes. Du despuis , il y a environ soixante ans, ils s'en sont si bien accommodés, qu'ils en font leçon aux autres.

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