LE COURONNEL SAN PETRO
Force autres seigneurs italiens ont commandé en couronnels ; qui seroit trop long de les remémorer, si-non San Petro^ Corso, lequel a faict tant de beaux faicts d'armes et si déterminés , qu'il ne seroit possible de les raconter, ainsy qu'il estoit brave et vaillant et déterminé pour ne les faire autres que tels ; ainsy qu'il le fit cognoistre à l'assaut du premier siège de Gonis , où feu mon oncle de La Chastaigneraye et luy «^estant donnés la main, comme bons amys et compaigoons , et montés en haut sur la bresche combattans vaillamment, ledict San Petro fut bouleversé du haut en bas et blessé , et fot mon oncle blessé d'une grande harquebusade qui luy perça le bras , dont j'en parle ailleurs de ses
I Rîeozi da Geri.
* Stn Pietro Ornauo, Gorte de nation, et de U Corso.
vaillutiies. Je oooteray ce$tuy-cy, que j'ay OMy conter à M. le cardinal du Bellay, Tun dc grands prélats qui ayl esté de son temps.
Lorsque Tempereur Charles tourmde sa conquesie de la GoUette, il ne faut point demander s'il ea vint orgueilleui, comme certes la victoire estoit très-glorieuse. Arrivant à Rome, ayant sceu la conqueste de Savoye et d'une partye du Piedmont que le roy François avoit faict, il se plaignit griefvement au pape et à tout le clergé de cardinaux, où estoit mondict sieur le cardinal. On sçait aussy comme il brava et menassa la France i fèu et à sang, et sur-tout le roy; si que ces paroUes hautaines et rodomontades braves donnoient un grand effroy par-tout oA le nom François estoit recognu. Par cas , San Petro Corso se trouvant à Rome, qui estoit tout bon François, s'en vint trouver M. le cardinal , et luy dit que : s'il vouloit tenir la main , et le fiaire approuver au roy, qu'il Feroit un beau coup de sa main , dont il en avoit toutes lés tentations du monde , qui esloit de tuer l'empereur : ainsy qu'il passeroit sur le pont Sainct- Ange il viendrait à luy, et, en Faignant luy parler et présenter quelque requeste, luy donnerait un grand coup de dague, estant tout à cheval, et aussy tost se précipiterait du cheval du haut du pont dans le Tybre, où estant dedans , luy , qui sçavoit nager comme un poisson , nagerait si bien entre deux eaux , qu'on ne le verrait point , ains peuseroU-cn que comme un désespéré aurait Faict le coup, et après, désirant la mort, se serait ainsy précipité et noyé ; et cependant , tout le monde en ceste opinion et efFroy , et recherchant son corps dans Teau , coullerait et nagerait gentiment entre deux eaux ooyement jusques bien bas, et fort loin irait sortir, où là, dans une maison apostée et préparée, changerait d'habits et prendrait là un bon cheval turc, et, mettant relais d*un autre en autre lieu , se sauverait ou à Venise ou en Suisse , ou par voie de la mer en Gonstantinoble , mais qu'il ne vouloit rien entreprendre qu*il ne Fust, ou soustenu du ray , ou conseillé dudict cardinal , et que résolument sur sa vie il feroit le coup, car il ne vouloit demeurer perdu le reste de ses jours , comme fit celuy qui avoit tué Alexandre de Medicis, duc de Florence. M. le cardinal presU l'oreille à ceste resolution , mais
fut advia d'en advertir le rqy par un ooivricr en extresme diligence , qui tardant trop, l'empereur partit de Rome et le coup Fut failly ; mais pourtant le roy n'y voulut entendre, disant que le coup estoit de par trop grande conseqaenee, et que de ceste façon il ne se fialloit desfiaire des grands, bien qu'ennemys, et qu'autant luy ea pendoit, par la permissicm divine» s'il y eonsentoit.
Qui lira ce conte le trouvera fort déterminé et Faisable, mais non atout le monde, si-non audict San Peiro Corso seuL Et tel me fot-il confirmé de madame de Dampierre ma tante , laquelle estoit lors à la cour; et me le dit sur un subject un jour qui se présenta, qu'estoit, que ledict San Pelra Corso luy avoit escrît une lettre de Gorsegue , par laquelle la supplioit et coiyuroit , par la grand amytié que Feu mon oncledelaGhastaigneraye, son frère, luy avoit porté en France, de vouloir prier Leurs Majestés pour luy , et luy servir de bonne dame el amye : car il Faut sçavoir que ce brave capitaine, k paix entre les deux rays chreslien et catholique Faicte, un chascun rentrerait en ses biens. Le seigneur San Petro jouit aussi mal-aysement du beneBoe de oeste paix qu'aucun seigneur et capitaine; et pour ce luy a-il foUu longtemps, et a esté contrainct de fiaire la guerre en Corse très-cruelle contre les Genevois ^ , et avoir par la pointe de l'espée ce qu'il a peu , de sorte qu'il leur a bien Faict du mal; aussy luy en firent-ils bien.Etsur ce subject priait madame Dampierre d'intoroeder pour luy envers Leurs Majestés, afin de parfonrnir le reste de ses jours caducs en tranquillité. Madicte dame et tante me monstra la lettre et à d'autres, qoi dinions un jour avecques elle , nous demandant à deviner à tous qui luy pourrait escrire, noos disant toujjours que c'estoit un très-grand et vaillant capitaine qui luy escrlvoit. Noos luy en nommasmes assez; mais nous ne peusmes jamais songer à celuy-là ; et puis nousdonna à lire la lettre, qui estoit très-bien foicte, de cavallieretde gallant homme. Sur quoy madame de Dampierre , qui estoit très-bonne amye quand elle vouloit , aussy très-grande ennemye et dangereuse, elle advisa à Faire tous les plaisirs qu'elle luy peut, mesmes de luy servir de solli-
non pourtant sans la poiser et penser ; à quoy i > Les Génois