DIVERS MAISTRES DE CAMP ET CAPITAINES ESPAIGNOLS
Je parlerois volontiers des vaillans maistres de camp et braves capitaines de gens de pied espal(;nols , mais je n'aurois jamais faict ; car il y en a eu tant et tant , qu'en les comptant ma longueur en seroit plus fascheuse que plaisante à ceux qui me liroient ; d'autant que ceste nation a tousjours faict profession valeureuse de rinbnterie , comme elle Ta bien faict valoir en tous les exploicts qu'elle a faicts despuis cent ans; car tousjours aux plus beaux combats c'a esté leur infanterie qui s'est trouvée pour les bien exécuter.
Ils ont eu , du temps des vieilles guerres de Lombardie et d'Italie, un Jouan Orbina qui a esté un brave soldat et grand capiiainc pour Tinfanterie, soubs ce grand marquis de Pescayté, et fort son favory, et qui la bien accompaigoé
en toutes les exécutions de ses hautes entreprises. Les Espaignols le blasmerent pourtant de ne s'estre hasardé à la prise de Gennes comme les autres , et s'estre trouvé en lieu peu digne de sa valleur. L'histoire du marquis de Pescay re le dict. Si avoit il faict bien en tous autres lieux, et fit despuis encor mieux. Que c'est de la fortune de guerre! Mais il repara après tout fort bien; et l'empereur en faisoit très grand cas , et le regretta fort , non pas la ville de Rome, car il s'y monstra fort cruel en toutes sortes, à cause de la mort de son gênerai, qui faict tousjours monstrer le vangeur cruel en guerre ^ Il mourut en la guerre de Florence, ainsy qu'ont faict ailleurs et autres guerres force autres capitaines qui ont bien servi leurs maistres l'empereur et le roy d'Espaigne, comme ont estes :
El capitan Corbera^ fort favory dudict marquis aussi K
El capitan Medrano.
El capitan Pomaro.
El capitan Folague.
El capitan HieronimOj de Segovia.
El capitan Curilla.
El capitan Mara Salermitano.
El capitan Mercado.
El capitan Errea.
El capitan Gusman Galiego , y Luys Ga-^ ligo, dos hèrmanos '.
El capitan Cuzano.
El capitan Cuzado,
El capitan Luys Villa-Campo.
El cruel capitan Buzardo.
El capitan Diego de Àvilla,
El capitan Santa-Crux,
El capitan Salazar.
El capitan Gravera,
El capitan Juan de Leyva.
El capitan Maramaldo.
El capitan Lopez Ozorio.
El capitan Oçeda.
El capitan Gogna, frances, favorido del duque de Bourbon ^.
* Au lieu de cette phrase obnoare du rériteur, on lie dans le manuscrit : «Il s*y monstra fort cruel en toutes sortes, et non sans raison , car en la mort de son général il se faut tousjours monstrer cruel vengeur de guerre. •
* Du marquis de Pescay re.
» Deux frères.
*0u Jogna, c*est -à-dire Jonas, français, favori da duc de Bourbon.
VIES DES GRANDS CAPITAINES
El capltan Manadaya.
El capitan SolysyLuys Pères de Fargaas.
El capitan Juan, Btscain,
El capitan Getano de Grenada,
El capitan Anriques de Esparça.
El capitan dont Manriques de Lara.
El capitan Francisco de Belguido.
El capitan Juan d'Espruc,
El capitan Juan de Falia.
El capltan Federic Paceco,
El capitan dom Bernando de Toledo,x Tristan de Firova, muy confederctdos *.
El capitan Anton Lopes.
El capitan Fatdes y San Martin.
El capltan Salzedo ^.
El capiian Errora,
El capltan dom Gaspard de Guzman.
El capitan Amador Navarro,
El capitan Melchior Cumaraggia.
El capitan dom Alonzo Pimentei
El capitan Orihuella.
Alvaro de Vegua , sa hijd '.
El capitan Moreruela.
El capitan Diego Hernandes.
El capitan Rodrigo Pagano.
El capitan Juan Ozorio.
Bernardine de Cordova,
El capitan Bragamont.
El capitan Fal-Caçar,
Dom Hernando de Silva y dom Pedro Acufia.
Montdragon.
Julian Romero.
iA)s dos Salmes *.
Dom Gabriel de Peralto,
El capitan Juan de Quixada.
El capitan Naugera.
El capitan Berardo, Montafles,
El capitan Morgaante.
El capitan dom Pedro de Gusman.
El capitan Franquezo.
El capitan Oraignitio.
El capitan Pedro Pachecco.
El Caravanantes,
Et capitan CasttHo.
^ Grands amis et confédérés.
* Le manuscrit agoute, de la main de Brantôme ; > tous deux de la garde du roy François, estant prisonnier. »
« Son fils.
* (m deux Salm.
El capitan dom Juan Manrique.
El capitan dom Fasco de Cnfia,
El capitan Sancho Bertrando.
El capitan Juan de Castilla.
El capitan Augustino de Rora.
El capitan dom Carlos dAffriqua,
El capitan dom Bernardine de Mendoça,
El capitan Juan Junaques de Palenza.
El capitan Amador de Labadia.
El capitan Sancho.
El capitan Castillano.
El capitan Castaldo, qui est celuy qui fut envoyé par l^empereur Charles à Ferdinand son frère en la guerre d'Hongrie , où il fit certes de très beaux faict
Il y eut aussi
Bernardo Aldeno, maistre de camp des bandes espaignolles que Ferdinand entrete- Doit en Hongrie à ses propres cousts et despens.
Dom Raymond de Cardona, maistre de camp de l'infanterie cspaignolle desfaicte à la batlaille de Cerizolles , après qu'elle eut bravement desfaict les Gruriens.
El capitan Boemont.
Ludovic Quezada.
El capitan Boncalo Hernandes.
El capitan Cevedio.
El capitan Quevoza.
El capitan SaccaraL
El capitan Mandoze.
El capitan Romer Soler.
El capitan Spinosa.
El capitan Caravajal^ de bonne race et noble.
Monsalve de Faïence.
El capitan Boca IVegra, tué à la prise de Castro-Novo.
Sarmento, chef des amutinés de Lombardie en la ville de Caleras.
Antonio d'Aragon^ envoyé bien â poînct par Tempereur avec trois enseignes pour secourir Janetin Doria , bien agassé des Arabes.
El capitan Michel y aragonnois.
El capitan Molina, chef des amutinés avant le voyage de Thunes à Naples , que le marquis del Guast fit jetter dans un sac dans la mer.
El capitan Mandesto.
El capitan Alvaro Guindeo.
DIVERS GAÎ>ItAINES ËSPAI0I90LS.
Rodrigo Kpalla et Francisco RatSOy tpA firent bien au siège de la Collette; avec :
Sûrmanto,
JuandeLuna,
El capitan Galttndo, grand amy da marquis del Gouast.|
En somme je n'aurois jamais feict ; encor pensé-je en avoir trop nommé pour la crainte qne j'ay d'avoir faict tort i force autres gallans capitaines que j*obmets, qui ont servi si bien Tempereur et le roy d'Espaigne en tiltre de maistres de camp et de capitaines , et tous en grande et brave réputation , que si je les voulois tous nommer, mon livre serait plus plein de noms que de discours.
En quoy fout noter une chose , que plusieurs grands seigneurs auxquels on donne en Espaigne la qualité de dont s'estiment fort honorés d'avoir une compaignie de gens de pied, comme vous en voyez icy en plusieurs , et mesmes dom Alonzo Pymentel, qui estoit en son temps des gallans de la cour de Tempereur en tontes choses, et qui despuis Fut visce-roy à La Goulette ; et puis, par son malheur , bruslé par sentence de rinquisition ; j'en parle ailleurs.
Par les noms et ces mots de dom qui portent qualité belle en Espaigne, comme j*ay dict ailleurs, il paroist que force capitaines que j'ay nommés cy-devant sont esté de bonnes et grandes maisons , comme je Tay veu moy-mesmes ; mais plus encores , car ils ont voulu honnorer leur infanterie et s'y jetter en simples et privés soldats, portant l'harquebuse , le fourniment , iapicqueet le corselet, et se rendre subjectsaux loix et règles militaires comme les moindres ; ainsy que j'en ay parlé d'aucuns ailleurs ; et les appeiloit-on los Gusmanes. Je ne sçay comme ils en usent aiyourd'huy; mais démon temps cela estoit , et leurs bandes en paroissoient encor plus belles; caria noblesse estant meslée parmy la valeur en faict plus belle monstre et multiplication. Aussi ceste infanterie espaignolle a fiaict despuis cent à six vingts ans en ça de très beaux actes, s'y estant mieux accommodée qu'auparavant qu'ils s'estoient jettes â porter la zagayeetà estre genitairesàmode des Mores et Arabes , armes certes point si convenantes que les ai mes de l'infianterie d'aujourd'huy. Aussi despuis, avecques elle et leurs armes ils ont faict de beaux efFccts , comme je viens de dire. Et ,
pour en alléguer un bel exemple, sans une infinité d'autres dont j'en ay touché en mes livres, je mets en advant le traict que fit le marquis de Pescayre à la battaille de Pavie,que j'ay leu en sa vie. Il se dict donc (et m'en vays le dire en espaignol sans changer les mots, afin que Ton y adjouste plus de foy) que lediet marquis gaigna ceste battailleavec ses harquebnziersespaignols contre tout ordre de guerre et ordonnance de battaille , mais par une vraye confusion et desordre. Cest a sçavoir que quinze cens barquebusiers des plus adroicts , des plus pratiques , rusés, et sur tout des mieux ingambes et dispos , furent desbandés par le commandement dudict marquis de Pescayre, lesquels, voicy les propres mots : Por nuevos préceptes del marques tnsefUzdos y praUcos, por larga experiencia, sin orden ningimo , se estendian a escadras por todo el campo , y davan vueltas à una parte y otra con gran presteza;y asi enganavan el impetu de los cavallos; de manera que por aquel modo de pelear por si nuevo y ^o usitado , y sobre todo maravilloso cruel y misérable, estos harquebuzeros ocupando , antes con gran ventaja^ la virtud de la cavalleria francesa se perdia del todo; que estando los hombres d' armas recogidos todosjuntos, eran derribados en tierra d' estos pocosy claros , mas muy esclarecidos harquebuzeros bravos Espafioles, « Enseignés par de nouveaux pre- (fceptes du marquis, et pratiques aussi par uleur longue expérience, sans ordre aucun «s'estendoient par escadres par tout le camp , 0 donnant des tours et faisant des voUes de çà de tflà , d'une part et d'autre, âvecques une grand «vitesse; et ainsy ils trompoient la furie des achevaux , de façon que par ceste nouvelle mode «de combattre , non jamais ouye et fort esmer- « veillable , cruelfe pourtant et misérable , ces «harquebusiers empeschoîent avecqu'un grand «advantage la vertu de la cavallerie françoise, «qui se perdît du tout ; car les hommes joincts «ensemble faisant un gros, cstoient portés par «terre par si peu d'excellens et braves harquc- « busiers.»
Geste confuse et nouvelle forme de comb.K se peut imaginer et représenter mieux que des crîre; et qui l'imaginera bien la trouvera belle et utile ; mais il faut que ce soient des har
VIES DES GRANDS CAPITAINES
quebusiers très bons et triés sur le volet (comme on dict), et sur tout bien oonduicts.
Surquoy j'en fis un jour ce conte à ce grand feu M. de Guyse dernier, qui le trouva très beau et bon ; et se mettant en discours avecques moy, me Faisant cet honneur, me dict qu'il y songeoit fort, et que c'estoit un vray moyen pour attraper et desfaire un battaillon de cinq ou six raille Suysses, qui font tant des mauvais, des braves et des invincibles quand ils sont sarrés dans leur gros. Et me dict que, pour bien pratiquer cet exemple que je viens alléguer sur ceste battaille, il voudrait avoir quinze cens jeunes soldats, pratiques un peu pourtant, Basques, Biscains, Provançaux, Biarnois, Gascons et Espaignols , bien légers de viande et de graisse, maigrelins, dispots et bien ingambes, et qui volassent des pieds (comme Ton dit) , point de mousquets sur eux , sinon de bonnes harquebuses de Milan pas trop renforcées pour la pesanteur , mais assez modérément et de beau calibre , de bonne trempe pour ne crever ; car il vouloit sur tout que la poudre fust bonne et fine pour bien tirer d'assez loing et faire bonne faucée : sur tout aussi point d'espées au costé de peur d'un embarras, em|)eschant la légèreté; mais au lieu d'espées de grandes dagasses au costé comme j'ay veu d'autresfois nos enfans perdus en porter. Faudroit aussy qu'ils fussent menés, comme j'ay dict, par de bons sergens légers comme eux , ou quelques jeunes capitaines pratiques un peu aussi. Et puis tous ces gentils fantassins despartis en quatre ou cinq bonnes bandes ou quelquefois par escadres, on verrait Teschet après que ces gens feraient sur ces gros ; car ils les viendraient attaquer de près , ou d'assez loing faire des salves menues et fréquentes; et lors qu'on les voudroit charger et assaillir, faudrait que ces gentils harquebusiers se retirassent , comme ils verroient à l'œil , et leur faire delasarremetidas ^ comme font et disent les Espaignols ; bref s'y comporter vaillamment et gallanlement, en assaillant et se retirant à mode des Arabes, qui sont en telles factions très importuns et fascheux. Par telle sorte, me disoit mondict sieur de Guyse, auroit-il raison de ces grands et gros battaillons de Suysses, qu'il perserait à jour et larderoit d'harquebusades comme canards. Il en pourrait faire de
> AsMUU et attaques.
mesmes sur les reistres qui font tant des mauvais, selon les lieux advanlageux qui se rencontreraient, ainsy qu'il attrappa ceux de M. de Tore en belle campaigne, où nos mousquets leur nuisirent beaucoup, et à Aulneau^ où l'harquebuserie fit si grand eschec sur les reistres , selon le commandement qu'il fit à ses braves capitaines qui sceurent bien obeyr à ce brave gênerai : j'en parle ailleurs.
Aujourd'huy ces messieurs les compères ^ se sont advisésdeflancqueur leurs bataillons d'harquebuserie, ce qu'ils n'avoient faict du temps passé; mais ils ne pourroient faire grand mal à ces braves et dispos harquebusiers que j'ay dicts : leurs jambes ne sont pas si légères ny voilantes que les autres que je viens de dire.
Si M. le prince et M. l'admirai eussent eu de ces gens lorsqu'ils n'osèrent attacquer nos Suysses à Meaux, montans à six ou sept mille en un bataillon, et qu'ils eussent voulu user de ceste forme de guerre, ils les eussent bien estonnés , et aussi nostre petite cavallerie françoise qui estoit avec le roy parmy eux.
Voylà le discours que mondict sieur de Guyse me fit cet honneur de m'adresser. Nous parlasmes encor, que nous avons bien eu et avons encor aujourd'huy nos enfans perdus; mais ils ne servent qu'à attacquer quelques escarmouches légères avant les battailles , et , lors qu'elles se sont acostées et meslées, ils se retiroient vers les battaillons, ainsy que fit M. de Monlluc, comme verrez en son livre: après qu'il eut faict très bien son debvoir avecques ses enfans perdus à la bataille de CerizoUes, se retira à son battaillon, et y prit la picque et combattit avec le gros. Gela s'est veu aussi très bien en nos guerres et battailles, tant eslrangeres que civiles.
Il me semble, si bien m'en souvient, que M. Philippe de Gommines raconte qu'à la battaille de Monllery les archiers du comte de Gharrolois combattirent ainsy en confusion, sans observer aucun rang , lesquels endommagèrent fort les nostres. En la battaille de Gerizolles,les Espaignols qui a voient desfaict les Gruriens vindrent ainsy avec quelques harquebusiers desbandés attaquer M. d'Anguien , qui le fatiguoient, jusques à ce qu'ils eurent veu la grand raulte des leurs; dont ils per-