LE COMTE LUDOVIC LODRON
Or, comme il y a eu parmy les Espaignols au service de l'empereur Charles et le roy son fUi de bons et braves capitaines et maistres de
^ Void le mar^ avec ses arquebusiers espagnols.
camp, il y en a eu aussi force bons et vaillans d'Allemans qui les ont bien et fidèlement servys, lesquels si je voulois tous compter je n'aurois jamais faict.
Je me contenteray d'en nommer quelques quatre ou cinq, comme ce brave comte Ludovic Lodron, lequel, ayant très bien servi son maistre aux vieilles guerres d'Italie, s'en alla en Hongrie servir le roy Ferdinand , par le commandement de l'empereur, où il rendit de beaux et vaillans combats. Mais à la fin il fut malheureux, par une honnorable mort pourtant qu'il receut près la ville de Gara en Hongrie, où, après un grand desordre et foitte de plusieurs capitaines de Ferdinand, ayant abandonné le camp aux Turcs, et restant encor aucuns braves capitaines de l'armée qui n'avoient voulu foir ny suivre les autres, esleurent soudainement ledict comte de Ludovic Lodron pour leur gênerai ; lequel mal volontiers en voulut prendre la charge , comme leur disant n'en estre pas digne ; mais, vaincu de prières, de noble pitié et grandeur de son courage, il la prit et l'exerça très bien, tant que la fortune luy permit. Et ainsy qu'il harangoit ses gens à bien faire, il y eut un vieux routier, soldat allemand, qui s'advança à lui dire :aGela a est bon , brave capitaine Lodron , à dire à vous «qui estes monté à l'advenant sur un bon che- «val , et semble que desjà vous advisez à vous «sauver.» A quoy Lodron aussi tost y pourveut; et, ayant mis pied à terre, tira son espée et couppa les jarrets de son cheval. (M. de Tais en fit de mesmes à la bataille de Geri* zolles, comme j'en parle en son lieu. ) Alors Lodron, cela faict, s'cscria assez hault: «Au- « jourd*huy, compaignons, dict-il , vousm^aurez «donc pour capitaine et soldat ensemble à «combattre à pied avecques vous en mcsme «fortune: et, pour vous, faictes si bien que «vous soyez victorieux, ou mettez fin à vostre «service de guerre par une mort honnorable «avecques moy , non sans vous en vanger bien « auparavant. » Ayant ainsy parlé , il fut assailly des Turcs fort furieusement, où il monsira bravement l'effort de sa dernière vaillance: car, estant grief vement blessé, et empescM d'une fange glissante à ne combattre plus , el persuadé de se rendre plustost que de se faire 1 achever , il fut receu » avec trois enseignes
VIES DES GRANDS CAPITAINES
d'infanterie qui luy restoient, à composition; et Jettant les armes bas, fut pris et gardé avec tout le reste de ses gens comme gens de singulière prouesse. Mais le bascha Mahomet, voyant que pour ses blessures n'eust sceu le conduire à Gonstantinople, le grand sultan Solyman désirant fort le voir pour sa grand valeur, commanda à ses gens qu*on Tachevast de tuer avec d'autres bons capitaines : et les testes en furent emportées pour don et présent beau audict Grand Seigneur, qui les regarda de travers [ ainsy qu'on les luy présenta ) et en horreur, car elles commençoient à puir, et commanda qu'on tuast tous les autres prison* niers. Mais les braves janissaires firent là un traict généreux ; car ils commencèrent à se vou* loir mutiner , si on faisoit massacrer ces braver gens qu'ils avoienl pris à leur mercy et sur leur foy. A quoy le Grand Seigneur ayant songé révoqua aussi tost sa parolle , et eurent la vie saufve. G'estoit braver cela son empereur et luy apprendre à cesser telles cruautés. Qu'eussent sceu faire mieux nos soldais chrestiens que firent là ces braves janissaires? Ëncor aucuns n'en eussent pas faict de mesmes ^
Pour retourner à ce bon capitaine Lodron , je dis que l'empereur et le roy son fils se sont fort bien trouvés et bien servys de ceste race des Lodrons, qu'ils ont tousjours fort entretenus très bien de bonnes payes et pensions. J'en ay cogneu un au secours de Malte, qui esloit couronnel de (rois mille lansquenets; et faisoit très bon voir, tant les soldats que le couronnel. Je ne sçay s'il cstoit fils ou petit fils de celuy que je viens nommer. 11 avoit une très belle façon , haut , de belle taille , et noir. Je le vis quand il fit la révérence à M. le grand malsire, et l'un et l'autre se rendirent du respect.
On m'a dict que luy (ou son fils) et ses troupes furent à la conqueste du Portugal et y sont encor pour la garde, où ils font très bien leur devoir en toute fidélité, ressentans très bien leurs gens aguerrys de longue main, et plus que nouveaux sortant du pays.
^ Le réviseur a sufiprimé kî queMpres mots sur tes cruautés de la Saint -Barthélémy; on Ut celte phrase dans le maniucril 6771 : «Tesmoing les massacres de laSainct- Barihelemy, qui se firent par les soldats à Paris et autras villes de France, exerçana plus le mesiier de cruels bOH- ;hiers el bourreaux que de nobles soldats. •
ALISPRAND MANDRU220.
Il y eut ce brave Alisprand Maodruzzo, de bonne race el frère du cardinal de Trente, lequel , tout plain de courage et fort jeune, un peu avant la battaille de Gerizolles , promit au marquis del Gouast qu'avec son seul régiment, qui ne monloil à plus de trois mille hommes, il desferoit tous les Suysses qui se presenteroieot devant luy, et leur abattroit le cœur, pour faire tant des braves et des vaillans par dessus toutes les autres nations. Il ne le fit pas; mais il ne tint pas à luy, ny à très bien combattre, comme vous verrez. Car ainsy que les battailles marchoient pour s'affronter, luy qui marchoit un peu devant son bataillon, comme c'estoit son debvoir, avec sa picque , il deffia et fit signe de la main avec le gantelet, et de la voix , au capitaine La Mole, très vaillant capilaipe aussi, de commencer le combat avant les autres de personne à personne; ce que l'autre ne refusa pas : el vindrent tous deux à se rencontrer de telle façon que , s'eslaot transpercésles visages par coup&fburrés(comme de ces temps on usoit de ces mots) , tous deux tombèrent par terre ; La Mole ayant receu le coup de picque mortel au dessus de l'œil , joignant le bord de sa bourgiûgnote ; et Alisprand ayant la joue percée jusques à Toreille. Estaos donc ces deux braves capitaines tombés par terre comme morts , les premiers rangs com^ mencerent à se joindre et rendre un furieux et sanglant combat , sans s'amuser à les relever d'une part ny d'autre. La Mole y mourut , el Fautre demeura entre les morts, où il fut trouvé après la battaille , recogneu vif, et bien pensé et guery des nostres.
Il faut louer certes ces braves capitaines de leurs braves courages et de leurs belles adresses à si bien mener et conduire leurs picques , que l'un ne l'autre ne faillirent nullement leur coup. Bien contraires à une infinité de nos cavalliers de la cour que l'on a veus et voit on encor aux combats de la barrière, que de cent combatuns il ne s'en trouvera pas une douzaine qui rencontrent si bien leurs coups que k ptaspart ne donnent contre le col, contre l'esUMBaek, oontn les espaules. Au diabk le coup qu'il» donnent contre la visière de la salladci contre la joue,