RODOMONTADES
fnode l^ar^iiebiiMde au coriw, du co9ié gau** cbe , dont pourtant il ne mourut; et M. do Goy^ le fil peo$er lort^oigueu^eiueut, et deux joura aprte le fit mettre sur Teau daqs un bat*teau, et 1^ conduire h Bloys avec d'autres blea^ séa ; ;et via comme U. de Guy#e Je reoomiuanda à la rejne par Jeban Baptiste , qu'on nommoic le oompere» qu'il eovoyoit vera elle. Je vis tout cela, cajr j'y catoia.
Gertea , oç jeune gentilhomme espaignol accomplit mieux aa paroUe que ne fit une foia un grand seigneur estranger , que je ne nommeray point pour sa qualité, qu'il faut révérer; lequel^ s'esiapt retiré vers le roy Henry pour avoir receu une par trop grande injure de l'empereur Charles, qui luy avoit ftiict massacrer son père, anasy qu'un sien frère estoit mort dans un siège pour le service du roy; quelque temps après ^ aiosy que le roy Henry marchoit pour livrer battaille à Tempereur devant Valenciennes, le jour advant, lorsque l'armée marchoit en belle ordonnance de guerre, et que ce jour on tint l'empereur plus près qu'il n'estoit , ledict aeigœur , armé de toutes pièces, monté sur un beau eoursier, fj^mi et fort, se vint preseiUer au roy , et ayant tiré son espée, dict au noy : ^e, oggi con questa ^pada io voglio uen* dicar la morte del padre e del fnUeUo ^ Et , voyant que le roy applaudiasoit & ses beaux mots, plus encouragé, vint & pousser son cheval en advant , pour luy faire faire quelques passades. Mais le cheval estant un peu rude et gaiip lard, et trouvant son homme soubs soy un peu de lq;ere tenue, s'advisa de a'en desfaU*e, et le porter par terre, en luy faisant faire la conversion de sainct Paul : et Joe fut audlct seigneur k crier : Âld me ! yo son mezza morto^\ et toute la jeunesse qui estoit près du roy Henry à rire leor saoul, et à foire relever ledict seigneur. Le leiidemain, qui estoit le jour qu'on pensoit assurément de venir aux mains , puisqu'on y avoit fiiiUi le jour précèdent, et que les deux armées ne s'en pouvoient desdire, ledict seigneur voyant que c^estoit à bon escient qu'il y fslhtft fiiire, oommançaà crier: Cornet Non ç'i nesmn fiume^ nessum bosco, nessun monte
* AQjourdhui je veux avec eeste epée venger la mort de mon père et de mon frère.
■ Ah ! Je suis à demi mort.
KSPAÏONOLES.. ^ S|
ira noi 0 loro, Questo non è buono ^ Afiseure2*vous qu'il desiroit bien quelque obstacle, ou de montaigne, ou de marets, ou d'une rivière, ou ruisseau, pour se garder de joindre de près; mais il n'y avoit lieu. Que si l'empereur eust voulu mordre, le champ de Mars ne fut jamais si beau; mais il fuyt le choc par de bons retrancbemens qu'il avoit faict auprès de la ville de Valenciennes ; si bien que pour le coup la partie ne fut jouée en gros, si non par légères escarmouches : ce qui fut un grand contentement audlct seigneur qui par advant avoit menacé et crié vengeance, car il ne vouloit venir aux mains nullement, si non de parollea bravascfaes, dont il s'ayda encor pis que devant. Je titns ce coote de M. d'Uaais, qui le faisoit le plus plaisaounent qu'il estoit possible. Au bout de trois ans ledict seigneur et son frère, et toute sa maison , iç retU*erent du party du roy; et, sans aucuQ respect d'iiûure reçue, espouserent et prinrent celuy de l'empereur.
Le jour de la battailie die QerizoUes, ainsy qw) le marquis del Gouast recognoissoit nostre armée qui marchoit à luy , il vint dire aux gens de pied espaignols : Ea, widados; aqui esUm, à m parecer, los GasconeSy vuestros vect-nos.jr quasi hermanos : à ellosf Que si son vencidos, somas vencendores de los otros» ni mas ni menas quando un werpo esté derribada y caido en devra» todos las otros ndembros quedan sin fuerzay mlor^. Voyli une grande louange pour les Gascons, metiant toute la force de rarmée ce JQUi*-là en eux comme en eslant le vray corps, et que quasy un corps ayant esté desfaict et abattu , toutes les autres foroea n'avoient que tenir. Je tiens ce conte de M. de Grillé , brave et gaUant gentilhomme provençal, qui , pour sa valeur, fut deapuis feict du roy aeneschal de fieaucayre , et qui eitoit capitaine en chef d'une eompaignie de gea^ de pied en cesu battaille, et parloit bon c^pajgnol ; car , ayant esté pris dans Tberouanne, avoit
« Commeat! U o'y a «iciiiie rfviore, aueua bois, ni aucune montagne entre eux et noua! Cela n'eat paa bon.
> Couraae, loldau, leaGatcona, vos voiMos et prea- ^ue vos frères, aont ici, ai je ne m^ trompe. Que a'ils aoot vaâocua, nous reatona vai»<|ueurt de loua lea autres; ni plua ni moina que quand un corpa eat abatui el renveraé par um, tout les auures nenOirts restant saua visfueur et sans force.
TROISIÈME DISCOURS
demearé trois ans prisonnier parmy eux.
Estant à la cour d'E^paigne, au retour de la oooqueste de Belys, force gallans hommes, geotilshonimes , capitaines, et autres Espaignols qui y avoient estes , estant venus à iadicte cour pour faire la révérence au roy, et se fiaire reman|«er et recognoistre pour leur voyage, je vis passer, estant dans une boutique de marchand , un jeune gentilhomme bizarre, et fort btf][arré en ses habillemens, et force plumes en son bonnet de diverses couleurs, monté sur un cheval d'Espaigne, beau, avec une housse de velours , en relevant ses moustaches à chaque pas de son cheval; enfin, faisant bien la piaffe, vray piaf¥eur, homme de mains point autrement. Je vins demander à un capitaine qui estoit dans la boutique, marchandant avec moy, qui pouvoit estre celuy-là qui faisoit si bonne mine. Il me respondit seulement : £^ aquel que tomô el Pifion de Belys, yalli nuncafué. Dexadie ir, sefior, y volar à todos las diables, con sus plumas , que tan inal hace el valiente <.
J'aymerois autant d*un gentilhomme tolédan , lequel menaçoit tous les jours, qu'il s'en alloit faire un voyage aux Indes, et jamais ne partoit. Un jour , il parut avecques un chapeau tout couvert de plumes, dont il y en eut un qui ren • contra ainsy sur luy : No es posible que no se vaya ahora este virole, pues que esta tan bien emplumadoK Faisant allusion sur un vireton, ou traict d'arballeste , qui part et decoche mieux quand il est bien empenné.
G*estoit lors un grand cas que ceste conqueste de Belys et de son Pignon, qui estoit une haulte roche où il y avoit une forteresse fort mal aisée à monter : et dedans y pouvoit avoir quelques soixante Turcs naturels ; mais ils s'effirayerent et s'en allèrent, n'ayant tenu que trois à quatre jours. L'armée qui estoit devant estoit très belle, de plus de dix mille hommes , et de soixante et dix galleres, où commandoit don Garde de Tolède, vîsce-roy de Sicile, car je la vis.
J'ay ouy raconter en Espaigne, à de vieux
* C'est cehiy qui prit le Pi^DOo de Belys, où cependant il ne fût jamais. Laitsez, monaiear, aller à tout les diables arec ses plames cet homme qni ftiit si mal à propos le brave.
* Il est impossU>le qne ee trait ne parte point presenement , paîsi|u'U est sibien emplum<.
capitaines et soldats espaignols, que Gonsalve ' Pizarre , s'estant esmeu et rebellé contre Tempereur Gharies, luy fit de grandes guerres civiles aux Indes , auxquelles ne fut vaincu jamais , quelque battaille qu'il ait donné, ny rencontre, si non à la dernière qu'irdonna , en ayant combattu jusqu'à Textrémité luy et ses gens, no como leones, mas como verdaderos Espa^ fioles ^ : voulant par là inférer qu'ils estoient plus braves et hardis que lyons. Et luy ne pouvant plus, et ses gens tous desfaicts, il demanda à un de ses compaignons et capitaines qui s'appelloit Jehan d'Acosta : «Que foirons- « nous , nous autres qui sommes seuls ? — Allons «nous-en, respondit Aoosta, vers le Gasca,» qui estoit un capitaine de leur contraire party. c Allons-y donc, dict Pizarre. i» Fayamos à morir, como buenos y verdaderos cristianos 3, pensant estre un acte de bon chrestien , ce dict le conte , d'aymer mieux se rendre à son ennemy que fuir. Aussy dict-on que jamais ses ennemys ne veirent ses espaules. Et , voyant auprès desoy Villa-Vicencio, il luy demanda qu'il estoit. L'autre respondit queerasargento mayor del campo impérial. — Vyo^ respon dit-il , wy Gonzalo Pizaro el desdicliodo 3; et luy donna son espée.
11 marchoit en brave cavalier, et en contenance royale. Il estoit monté sur un beau et puissant cheval, que ce jour il avoit faict ferrer de treize clous de chaque pied , afin qu'il ne luy manquast au besoing, armé d'un jaoque-demaille, et une cuyrasse fort riche , et par dessus une casaque de velours, et en sa teste bourguignotte toute d'or , qui estoit un ceuvre non moins beau que riche. Ge sergent major fut fort ayse d'avoir faict butin d'un tel prisonnier, et incontinent le mena devant de Gasca, qui estoit celui qui commandoit , qui luy demanda soudain s'il estoit beau d'avoir esmeu et bandé tout ce royaume contre l'empereur son souverain et maistre. Pizarre respondit : ¥o y mis hermanos, hcdnendo conquistado estas tierms y payses , à nuestras costas, trabaios , gastos y sangre, no hemos pensado
* Non comme des lions, mais comme de vrais Es-
pagnols.
* Allons mourir comme bons et vrais chrétiens.
" (^Ml estoit servent migor du camp imperiaL— El moi» je suis le trop malheureux Gonzale Pizarre
RODOMONTADES ESPAIGNOLLES.
peear eonira Su Sacra Mages tad, guardan* dotas, y ri^endo,x gobernandolas , como legiiimos sefforesy conquistadores ^
Alors Gasca dîct qu^on Tostast de devant luy ; et y eurent plusieurs soldats qui eurent chascun plus de cinq ou six mille pesans d'or pour leur butin. Le lendemain de sa prise, il fiit sententié à mort, et à estre décapité et mené sur une mule les mains liées, et ayant une cappe sur les espaulies. Il mourut en bon chrestien, par signes , sans parler un seul mot, retenant au reste avecques soy une autorité encor grande, grave Façon et contenance severe. Sa teste fut portée en la ville des roys,oùelle fut mise sur un pilier de marbre, enfermée d'un treillis de fer, avecques ce tiltre ou escriteau : Aquiestàlacabezadd traydor Gonzalo Pizarro, el quai diô la bataila en el valle de XaqusafUn'a contra la bandera r estandarte real del emperador su sefior, ei tunes 9 de abril 1648 >.
Yoylà la fin de Gonzalle Pizarre, qui ne fut jamais vaincu en battaille qu'il aye donné, encore qu'il en ait donné plusieurs. Diego Genteno paya au bourreau ses habiilemens, qui estoîent fort riches, afin qu'il ne le despouillast point, le faisant enterrer avec eux en la ville de Gusco, nonobstant quH eust esté son grand ennemy capital. Acte beau , et certes digne, disant que non era trato de cristiano, ni tan poco decabelleroy injuriary ofender los muertos^. Il se dict de plusieurs, et s'en voit qui n'ont faict ce traict à leurs ennemys , dont Dieu les en pardonne.
Après la sentence de Pizarre , on la donna de mesmes à Francisco Garavajal , l'un de ses complices et capitaines, à estre pendu, mis en quatre quartiers , et sa teste avecques celle de Pizarre, dont il dict : Hartoes,pues que no puedo morir dos veces *.
* Mes frères et mal, ayant conquis ces terres et ce pays à nos propres "despens, traraux, frais, et notre propre sang , nous n'avons ponit pensé pécher contre Sa Majesté, en les gardant et les gouYemant comme légitimes sonverains et conquerans.
* Cesi ici la teste du traître Gonsalye Pizarre, lequel donna la bafaille contre Tarmée royale de l'empereur ion sourerain , dans la vallée de Xaqusagnava , le lundi 9avriM548.
* Qu'il n'estoit point d'un chrétien , non plut que d'un cavalier, diojurier et offeuser les morts.
* Cest assez, puisque je ne peux point mourir deux Ml.
BIAHTOMV. H*
Un soldat gascon, en Piedmont, ayant esté ainsy condemoé avoir la teste coupée, comme dict Rabelais, il dict : Cab de dioiÊ, ïou cab. Fou donne lou reste per un hardjrt^. Il dict bien un autre mot , mais il estoit trop sallaud ; et pour ce je le tays , bien qu'il fiist plaisant, et mesmes estant sur le poinct de la mort.
Ainsy en dict de mesmes une fois un pauvre Espaignol qu'on condenma estre pendu : Harto es.Fo muerto,quemellei/en à la carniceriaK
Un autre, ayant esté condempné par le juge d'estre pendu, il ne soeut que luy dire, sinon, d'un despit, qu'il ressembioit bien à Pilate; mais le juge respondit bien mieux : J lo ménos, no laifaré mis manos, para condenar un tan gran vellaco como vos\
Un autre dict aussy bien, estant condemné d'avoir les deux oreilles coupées. Ainsy que le bourreau lui eust haussé les cheveux pour les voir et les luy couper, et ne les ayant point trouvées , le bourreau luy dict en colère : Os burlaU asi de la g^Ue * ? L'autre luy respondit : Cuerpo de toi, estoy obiigado à dar ortj/a$ cada martes ^ ? Pensez que c'estoit un mardy qu'on les luy avoit coupées auparavant, et que pour cela il n'en amanda ny n'en empira son marché.
Voyià comment ces marauds se gaudissent sur le poinct de la mort. Ce ne sont pas eux seulement, mais gens de plus grande estoffe et de plus saincte vie qu'eux ; ainsy qu'il advint à un fray bernardine espaignol. Ainsy qu'il estoit sur les agonies de la mort, et qu'un sien compaignon le vint consoller et remonstrer qu'il n'en mourroit point ce coup, et que pour le seur il estoit prédestiné de mourir un jour prélat', il luy respondit plaisamment : Otro muere prelado,yyo moriré pelado^.Otldi vouloit inférer qu'il mourroit la teste pelée et rase, comme religieux qu'il estoit, ou qu'il eust quelque ma ladie chaude.
« Testebieu! la teste! je donne le reste pour un denier.
* C'est assez. Dès que je serai mort, que l'on me porte à la boucherie.
* Au moins ne layeral-je point mes mains pour condamner un aussi grand fripon que toi.
^ Te moques-tu donc ainsi du monde?
> Corbleu! suis-je donc obligé de fournir des oreilles lous les mardis?
* D'autres peuvent bien mourir prelau, mais pour
moi je ne mourrai que pelé.
TROISIESME DISCOURS
Pour rttoûnier i te brave GaravéjBl , outre quil fut brave et vaillant en foicta , il estoit aussy subtil à niota, et surtout avecquea cela très cruel, et tel que le proverbe en sortit de luy : Mas fiera X cruel que Caravaj€d ^. La nuict paravaal qu'il filt exécuté, le capitaine Genteno le fut voir. Garavâyal fit semblant, taoi il estoit glorieuK, de ne le cogaoistre point. Quand l'autre lujr eut dict s'il ne le recognoissoit pas, jl respondit : Conw te podria yo conocer, que nunea te vipor la delantera, sino por lainasera^? Quelle chasse ! par laquelle luy .donna entendre soubs bourre, et le picqoa, que .l'autre avoit tousjours fby devant kiy en tous ses combats. Chasse oertes aussy bonne que celle d'une dame de la cour d'Espaifpie, laquelle , Youladt mal à un cavallier qui estoit allé en cesle dernière guerre de Grenade, ainsy que le broict vînt & la ooùr qu'il y estoit mort, elle diot : Ko puede ser; parque las Moros no oomen came de Hébreu Villaine attaque pourtant pour le taxer deeoAardîse comme le lièvre, qui fuit tousjours et ne combat jamais; ou possible pour la lèpre, car les Mores n'en mangent point pour ce subject, non plus que du pourceau et autres aaimailx deffendus en leur loy.
n>ur parler de la cruauté de ce Garayajal , il se dict qu'il tua plus de cent bommesde sa main propre en une batlaille qu'il donna, il estoit aagé de plus de quatre-vingt et quatre ans lorsqu'il mourut. Quel brave et vaillant vieillard I M fut fort dur à se confesser. Il avoit porté une rnseigne en labattaille de Ravenne,et paravaot avoit esté soldat du grand capitaine Gonsalve au royaume de Naples. De bon maistf e bon apprentif ; car c'a esté un des meilleurs hommes de guerre qui ait jamais passé aa Indes ce disoit-on lors.
Les malsons de Piiarre et de Carayajal furent du tout rayées , et dedans toutes semées de sel , avec tels escriteaux : Icf sont les maisons des traîtres Pizarrie et CaravajaL De mon temps, que j'estois en Ëspaigne, leurâ noms et valeurs raisonnoient encoi^ par la bouche d'une infinité
' Plus fier et pins crue) que CàraTajal.
* Comment pourrots>]^ tè connottre? je ne l*ai jamais vu par devant , mais toujours par derrière.
' delà tte se peut , car les Mures ne manoent point de chair de lièvre.
de gens, et en racontoient de beaux et esmerveillables actes, et né se pouvoient saonller d'as sez les louer. Que c'est que de vaillance ! car , qu'elle soit bien ou mal employée, die est tousjoura estimée, aiilsy que dict le refrain en latin.
Fama, she bo&a, site mala, nnts eiL
Et autres disent :
Sive boDum, site malum, Rhimi eit
C'est-à-dire, «toute renommée, soit bien ou a mal, est renommée; i>ou bien, a soit bonne (lou mauvaise, c'est renommée, » et mesme quand elle part d'un cœur vaillant et généreux, et non pas poltron; car enfin tout cœur gène reux, qui entreprend quelque chose de grand selon soy , ne sçauroit estre autrement que fort estimé et loué , comme Machiavel en est de cet advis. Mais pourtant il est bien toujours plus louable et plus sainot faire bien que mal ; car enfin le bien est tousjours recompensé pour le bien, et le mal pour le mal
11 faut conter ceste rodomontade en iaict, qui est. très-belle, et pourtant incroyable. Muchas casas han acaecido à las Espafloles en diversas partes, despues que, eon invencibles animas, andan desplegando sus banderas quasi por tado el manda ; por las qucdes han merecido entre todas las naciones renombre de inmortcU memaiia, F dexadas muc/ias que par varias histarias andan celebradas, el liecha sala de un saldada, el quai indignamente esta puesto en olvido , fuerza à créer quanta sea el anima x valor de la génie espaàola. Al tiempa que el marques de Pescara andaba envuelta en las porfindasguerras de Lambardia, hahiendose travada entre Francesesx Espafloles una pelea , vinà à herir una bala à Luxs de la Se ha, saldada, que estaba puestù en fila en su batallan de infanteria;x ^o valtendo la de/ensa dei cosreiete, le entra la bala en el cuerpa. El animoso soUkuh, senOendo que la bala baxaba por las vazias à las tripas, apartandose un poco de su ardenanza,con incomparable esfuerzax osadia, sacando Un cuchilla , se hizb unapequefia abertura en la barri ga, par donde {casa queparece fabula) hiza salir la bala :x voUiendo com
hi dédoi las tripas para dentro, con afiitno fuinca visto, Fiizo con lapunta del ctiehmo, de nna y otra parte , ûlgunos agUjeritos en sus mlsmas carnes, y pasando por ellos ta ûgafeta, cosiô con grande conftafwftt ia abertûra que hahîd hecho ; y imeito à su fila, no se conociô en su semblante et martirloquè de si, con sus manos, habla antes tieclio ; y paredà de los muy sanos , aquet que tenta et cuerpo tan mal dispuesto ; tiàsta que de ahl à poco rato le tnrlerûn de un arquehuzazo en la ceja,y te quebràron un ojo, por lo quai fué necesario que le sacasen del batallon, Y ho cx>n menas dillgencia que admlracion cùrado, vinb à raUadolid donde estaba èl emperador don Carlos, y mostrando el testimonio de su valentia. Su Magestad le Idzb mereed de clen ducados de renia para siempre^.
Je croy qu'après ce conte iTne lïie faut mei-
RODOMONTAhKS ËSPAlGNOLLES.
• !«• EtiMipiol* ont 4«e«alé 4» trmdadhomwi «• Twses parties du monde, depuù (ju'if» ont porté leun armes et quils ont déployé leurs étendard» presque par loote la terre, pour lesquelle* cho«es ili ont mérité entre toute» M aatlom le renom d'âne gloire immortelle. Eb binant donc beaucoup dont on parle dan< differenUt histoires, la «eule action d'un soldat qu'on a indigueinent misé en oubli, force à croire quel est le courage rt ia râleur de< Espagnol*. Du temps que le marquis de Petcaire s'en alioit aux auerrcs opiniAires de Lombardie nnenieaMe s'esiant liée entre les François et les Espagnols, l«ui8 de La Sena , soldat espagnol, posé en file dans sou baUillon , fut blessé d'une balle ; et sa cuirasse n'étant pas suffisante, la balle entra dans son corps. Le courag.-ux soldat, senbnt que cette balle desceodolt dans la concavité du bas ventre, se retira un peu de son rang, ei, avec un effort et courage incomparables, il tira un couteau, se fit une petite ouverture au bas- ventre par où (chose qui parolira one fable) il fit sortir la ballr et repoussant dedans sesbuiaux avec ses doigis il fit avec un courage qu'on n'a jamais vu, d'un côté et dé l amre de sa blessure, divers petits trous dans les cbairs nesme», et y passant une aiguillette, il recousutavec «ne grande constance l'ouverture qu'il avoit faite S'en estant reurarné à ton rang, on ne t'aperçut point à ta ■loe du martyre qu'U t'etoit procuré de te* propret ■amt: au oonwiire, il lenoit bonne contenance entra let plut taint, quoiqu'il se trouvatt en ti mauvait «at, jiMqu'i oe que de U i peu d'etpace de tempt on lui tira une arqu^Muade dant le tonrdl, laquelle lui creva a «Ml : cVstt pourquoi on fut obligé de le tirer de son bslaïUon: et ayant esté pansé avec non moins de dili. gence que d'admiration, il vint i Valladolid, où esloit l'empereur Cbarie*, et lui montrant ie temoignane de «a ;«l«.r, Sa Majesté lui donna pour ta recorapen« «« *wu de rente perpétuelle.
1er d en Faire un aufre de plus grande genei^ silé espaiir„„lle que celuy-là. Ccste rodoiton Jade en vaut bien cent auires de parolles. Je pense q„ on ne soauroit quel plus louer, ou ce soldat espaiffiiol, ou M. Sceva, l'un des esleus et favons soldais de Jules Cœsar, lequel, après s estre trouvé luy faisant service , en plusieurs battaillcs, rcnconlres et combals en la Gaule, et s estre faict signaler pour un des vaiUans et déterminés soldats qui fussent à son armée «t venant la guerre entre luy et Pompée, en ce grand combat qui se fit entre deux à Duracliie ce soldat, après avoir eu un œil crevé, et son corps percé en six divers endroicts de part çn part, et son bouclie^ iroué, auquel estoient encor fichées et plantées six vingU flescbes qui I atoient percé à jour, se jette (ce neantmoins ) hardiment dans la mer; et fit tant qu'il sesaulva a la nage, et vint trouver sort gênerai. Encor, après avoir si bien faict, se présentant à luy desnue de ses armes (cliose illicite en la milice romaine), Se mit à luy crier : «Ah! mon empereur, pardonneï-moisi j'ay perdu mesar^piL» A quoy CâB.sar ne fit autre esgard ny réprimande; mais, le louant par-dessus tous, le mit en honneur et estât de centenier.
J'ai cogneu un brave, escalabreux et vaillant gentil homme de Bretaigne, qui s'appelloit M. de Mareuil,de fort bonne maison, pourri autresfois page d'honneur du roy François premier : lequel , aagé de soUanle ans, en la battaille de Dreux , ayant faict ce qu'un homme ik guerre peut faire vaillamment , et y ayant esté blessé en trois endroicts , l'un d'un coup de piatollet dans le bras gauche, et l'autre d'espée dans le corps au deffaot de l'harnois , et se sentant foible du .sang qu'il rendoit, s'en vint trouver (tout sanglant qu'il estoit, tant du sans de I ennemy que du sien) M. de Guyse, et luy dict en luy monstrant ses blessures : a Monsieur je «vous supplie me dire et juger si je suis en'cor «en mat de combattre , ou de me retirer pour «me feire panser. <}ne si vous me juger encof <rbon pour retournera la charge, et qu'ainsi le «voulez, je m'y en vays pour m'achever:si «non et qu'il vous plaise me commander de «m aller faire panser, je m'y en vays; mai» au- « trement n yrai-je point si vous ne me le co^n- « mandez.— Ouy, respondit M. de Guyie.
«ouy, monsieur de Mareuil, je veux que vous
ÎROISIESME DlâCOÙtlS.
^1 H 11^^ irti
CV0U8 alliez feire panser, et le vous c quand vous ne le voudriez pas : vous en avez cassez faict pour vostre part. » Je vis le soir que M. de Guyse en fit le conte ; et ledict sieur de Mareuil fut si bien secouru et pansé , qu'il eschappa, et vesquit encor plus de quinze aus après, tousjours aussy brave et vaillant que jamais , et tousjours escalabreux et querelleux , et avoit (ousjours quelque querelle. Encore un an avant que mourir, en eut-il une contre Saincle-Golombe le bègue, très brave et haut à la main, et vaillant; et les trouva-t-on à Bloys qui s'alloient battre , sans qu^'ls furent empeschés , et puis accordés. Ce M. de Mareuil fut pour ses mérites recompensé de Tordre de Sainct -Michel, qui estoit peu de chose, car il estoit par trop commun : il meritoit de plus grands biens et grades.
Les soldats espaignols qui vinrent au premier voyage en France avec le prince de Parme, disoîent : que eran todos de una voluniad, es à saber, à morir , à vencer,y prontos al manda de su gênerai; y en su armada, el resplandor de las armas de los soldados, liacîa mas lucientes los rayos del sol; de manera que con aquelias lucîdasarmas,y con las ricas cubiertas y panaches engatanados, parecian una muestra de una muy florida huerta, que presentaba alUla orgulleza del corazon , y daba sefial en los colorados rostros, tanto que, solo con el aspecto, ponian pavor, y manifestaban à los enemigos el peligro tan cierto como sus pre-sencias^. Voylà de beaux mots certes, et sur tout les deux derniers.
Un soldat espaignol , me louant une fois le roy d'Espaigne, me dict : Ninguno liay en nuestros tiempos entre los principes cristianos y moros, à quien se deba acatamientoy obediencia, como al catolico rey
^ Qu'ils Ptfoîent tous d'une Yolonté, à 8ça?oir de mourir ou de yaincre , et prêts à suivre les ordres de leur gênerai; et que, dans leur armée, le soleil rendoit ses rayons plus brillans de la clarté de leurs armes. De manière qn*avec ces armes inii^anies, et richpiuf lit couverts de leurs habiiR el de leurs panaches, ris pnroissoirnt un jardin bien fleuri, oii l'on voyoit peinte la fierté de leur l'd'ur; cf jc pouvo't^o'r par leurs vi.sa{|;esenf1an]inés que leur seule vucsulfisoii pour causer l'épouvaii e, cl jtonosiit^noii aux ennemis 'cur perte au«»i cerin ne que l'estoit leur présence.
de Espafkt, ml seàor, cuyos notables hechos^ subidos hasta las eslrellas, obscurecen los de los emperadores. V no es menesler que lo diga : diganio los rey nos y rey es de el vencidos; digalo todo el mundo ^.
Leduc d'Albe, celuy qui conquesta le royaume de Navarre pour Ferdinand, estant prest d'estre assiégé dans Pampelune par le roy Jehan de Navarre, assisté des forces françoises que le roy Louis XU luy avoit envoyées, conduictes par M. d*Angoulesme, jeune prince, despuis le roy François, et par M. de La Pallice , les habitans dudict Pampelune luy ayant remonstré le peu de forces qu ils avoient leans pour faire teste à une si grande armée, il leur respondit : Mas gente el no deseaba que fuesen, porque mas honra à los pocos quedaba, Los Pampeloneses , haciendo poco caso de esta honra, dixeron : « Con poca gente, mal se gana ^. » Respondu bien, certes, pour ceux qui veulent jouer leur jeu au plus seur, et au proffit du mesnage de Thonneur. Pelopidas dict bien autrement, lorsqu il voulut aller contre Alexandre le tyran : on luy vint dire comme Ton avoit recoogneu ses forces , et qu'il y avoit grand nombre de gens montant bien plus que les siens, il respondit seulement : «Tant plus ils seront, «tant plus nous en tuerons. » Geluy avoit lesprit tendu plus au carnage qu'à Thonueur. Non pas comme un capitaine espaignol disoit : Que adonde hay mas afrenta alli mas honra se gana^.
Un capitaine espaignol , petit , fort de stature, luy estant faict la guerre de sa petite$s<\ il respondit : En los cuerpos pequeflos se encierra un grande y fuerte corazon ; par que la natura aquello que falta en el
* Il n'y a personne de notre temps, entre les princes, soit chrétiens, soit maures, à qui l'on doive respect et obéissance comme au roy catholique d'Espagne mon maître, dont les belles actions^ montées jusqu'aux esioiles, obscurcissent celles des empereurs. Et il n'est pat besoin que je le dise; que les royaumes et les roy s qu'il a Yaincus le disent; que tout le inonde entier le répète.
* Qu'il ne souhaitoit pas non plus qu'ils fussent en plus r,raiid nombre, parce que moins on estoit et plus on en avoit d'hoinieur. l^es l'ainpeiunois, se souciant peu dt relie ];loire, dirent : • iMais cet hoimeur ne sauroil «e
• î^'lî'î*'** ^^^^ monde. »
« Ou'*.ù il y a plus de péril , plus on y acquiert d'boo*
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RODOMONTADES ESPAIGNOLLES,
cmrpo, pasd en la virtud del anima ^ Ud autre disoU pourquoy il bravoit (ant , estant si petit f et n'a^oit tant de qiioy à braver. Il respondit : Hombre chiquito, si no braira, no vole nada ^. Gomme de vray j'en ay veu une infiaité de petits hommes, n'ayant pas bien de quoy i payer leur homme : autrement , vous les voyez estendre sur la poincte des pieds, ayant leurs gentesmuUes, ou, pour mieux dire, leurs oschassei de liège , ainsy que j'en ai veu plusieurs se hausser le plus qu'ils peuvent, et se gesner en leurs postures, afin qu'ils puissent mieux braver et faire la piaffe. Enfin ce sont des mir* midons targés pour foire la guerre aux grues, ou voudroient fort estre tousjours montés sur des clochers pour parler de plus haut. Voyià comment les petites gens ne se contentent point de leurs petitesses , mais souhaitent toujours estre grands. Si est-ce que ce n'est pas le meilleur que d'estre si grand extravagamment ; car j'ay Yen force de ces grands n'estre pas plus hdiiles que les petits, votre très badauts,et fodats de nature et d'art, ny plus vaillans non plus, mais très poltrons; et outre, l'on les vise mieux à la guorre, et, qui plus est, sont fort subjecls à avoir les jarrets coupés, qui y veut tirer : ainsy qu'il se dict et se lit que quand le grand sultan Solyman fut en Ongrie et à Vienne, fiit pris dans une forteresse un soldat lansquenet de si eitresme hauteur , qu'on le tenoit pour un miracle dénature, si bien que ïon en fit un présent au grand Solyman, pensant qu'il s'en deust servir à sa garde. Mais , au lieu de cela , il en tira son plaisir par une barbare cruauté; car il le fit attacher par les bras et les pieds, et le fit mettre tout debout en une salle pour combattre en estoquade contre un petit nain qu'on luy avoit donné , et qu'il avoit en délices. Ce petit nain estoit armé de son espée, qui demeura plus d'une heure à tuer ce géant, tant il avoit peu de force, et assenoit si mal ses coups, ores luy donnant sur le corps comme il se pouvoit hausser, ores sur les cuisses, ores sur les jarrets, le pauvre géant parant aux coups au mieux qu'il pouvoit et es-
* Dans les petits corps tont renfermés des cœurs grands et coorageai, parce que ce que la nature laisse manquer au corps, elle remployé à augmenter le courage.
* Si un peiU homme n'est point Fanfaron il n'est propre â rien. i
quivant. Enfin il tomba par terre, et ce nam le paracheva comme il peut : et ainsi en donna le plaisir à Solyman, et à aucuns baschas et fj^rands de sa cour, il y pouvoit avoir du plaisir pour ceux qui sont barbares et cruels, et de la risée, mais nullement pour nous autres qui sommes chrestieos. Je croy que les Romains n'exhibèrent jamais un tel passe temps.
J'ay leu dans un livre espaignol , qui se nomme La Conquisia de Navarra, que le roy Jehan de Navarre ayant envoyé un héraut vers les ducs d*Albe et de Nagera , tous deux généraux de Tarroée (ce qui n'est pas le meilleur , parque una hueste gobernada de dos capitanes générales , nunca bien se conserva <), pour demander battaille auprès de Pampellune, ils respondn*ent que alii no la querian dar , ntas en las rasas campas de Bordeos , adjonde aderezaban su camino , para con^ quistar toda la Guyenna '. Ce qu'ils ne firent et ne tindrent , car Tobstacle estoit trop grand : aussy ne le vouloient-ils entreprendre ; mais il Mloit qu'ils fissent ceste bravade.
Après la battaille de Sainct-Quentin, les Espaignols disoient : Este dia perdieron las Franceses el nombre que Tito Wio les da , dicienda : « Gatti sunt gloria belli ^. » lis ne s'en doivent point mocquer , parce que , comme eux-mesmes disent, las casas de la guerra van mal ed tiempo que mas sin pensarlo estant.
Lorsque l'empereur arriva devant Mets , y ayant envoyé auparadvant son armée, ceux de son camp célébrèrent son arrivée par de grands feux , salves et autres grands signais de joye. Ceux de dedans, de leur costé, estans en cervelle de ceste venue, et qu'à ce premier abord on leur pourroit préparer quelque fricassée, firent aussy par toute la ville allumer des chandelles aux fonestres , et allumer feux sur leurs remparts ; de sorte que les Espaignols disoient
* Parce qu'une armée gouvernée par deux capitaines généraux ne se conserre jamais bien.
' Qu'ils ne Youloient point la donner là, mais dans les plaines de Bourdeaux, où ils s'acheminoient pour conquérir loute la Guyenne.
' Le<< François ont aujourd'hui perdu la gloire que Tite-Live leur accorde en disant : « Les François sont la c gloire de la guerre. >
< Les choses de la guerre ront fort mal au momeai Où l'un y pense le moins.
38 THOISIESME DISCOURS.
(pie era cosc^ marçiviUosa Iqf fmgos , / luminarias, y hachas , que, e^taban en la ciudad j de manera gi^e parecia cosa encantada No menos çl (W del emperador era visto claro x radiante pQr la muche^ dumbre de fiiegos, que pareçia Qiro cielo esirellado ^
Estant le duc d'Âlbe«s$ieg0 dans Pampellune par le roy Jehan et M. de La Pallisse, et attmidant l'assaut, entre autres paroUes qq'il prononça en son harangue, exhortant les siens, il dict celles-cy : Bien creo ^ cabcUleros , que no podré (xçrecentar vue^fro esfuerzo ccn mU palabras, y tambien sçy cierto que la vis ta de la bataUa no os pane nUedo. JqueUo que muohas veces deseasleis hafyeis hallado, que 0s ver os con vuestros enemigas ,yno solo v^iestros, mas de Dios, Todo lo que me tocax de estadoycon mucha diligeneia lo he hecbo: lo demas pende de la virtud de vuestros corazonesy fortaleza de vues^ trçs brazos; os ruego que os acordeis del nombre de E^pafia, que nunca supo ser vençida, F si me quereis responder , que de eso no se pueden alabar hs Espafloles , pues estan sus banderas en poder de sus enemigos, despues del dia de la balaUa de Ravena^yo asios lo confiesa: mas, mirad que tan sangrienta Victoria tuweron, que las mismos Pranceses confiesan que pluguieria à Dios que ellos fueran vencèdos , porgue no tuvieran la Victoria tan liorosa. Acordaos que en la tierra que de baxo de vuestros pies hollais, el rey Carlo Magno fnë venddoy desbamtado, con muerte de sus doce pares, Decia rey nuestro don À-lonzo el Casto, que hfxy mas gtoria de conservar ta adquirido , que ganar grandes tierras , no pudiendo sostenerlas. Y parque à hs virtuosos, nwstrandoles el peligro mcbs les creceelesfufirzoyos bago saber, que estais sentenciados por las Franceses àperder las vidas sin ninguna merced. Os ruego que asilas vendais, que primero vuestros ma*
tadores, que uueHr^ mnff^, Cfffe» en el suelo. Y, pjorque v^ya las banderw de lo$ enemigas aoercarse, os enoargo que saquels de vergOenza el nombre y ifioriç, de Espafta ^
Voyli de beaux mots et de grapd poids , eDcor quMIs soient eounts. Aussy ua chef de guerii« ne se doit jamais aroaser aux grandes harangues , lorsqu'on est prest de venir aui mains : les effticts y sont plus propres ; ainsy que faisoit ce grand capitaine Jules Giesar, lequel, snrle poinct du combat, n'employqit le temps en grandes et longues concions , comme nops voyons en aes Commentaires, qui parloit si briefvement , et en galiant soldat et capitaine à ses gens. Ce brave Catilina,dansSalluste, lorsqu'il feUut donner sa battaille, trtumpha de bien dire et courtement ei peu de mots, qui portèrent si gnnd poids, que les soldats, de ce esmeus tous , moururent dans le mesmes champ de batlrille quHb avoient cboisy, sans en bouger le pied. J'ay ven beaucoup de grands capitaines qui se sont mooqués, comme M. le mareschal deStroue, ainsy que j'ay ouy dire à un de ses capitaines , de leurs compaignons grands harangueurs 5
* Que c*estoit une chose merveillense qae les feux , les illominâtions et les flambeaux qui estoient dans la ville, ce qui paroissoit une chose enchantée; non pas moins dans le camp de l'empereur, qu'on Yoyoit tout éclairé et tout brillant de la quantité de feux qui le faisoient parottre un autre ciel étoile.
1 Je crois bien, soldats, que votre courage ne sauroit croître par mes paroles; et je suis bfen cenatn que rapproche de la bataiUe ne vous fait point peur. Vous avez trouvé ce que voyis ayez tant de fois désiré, de vous voir avec vos ennemis, et non seulement les vôtres, mais de Dieu. Je me suis acquitté de faut oe qui me regairde av«û bien du «oia ; le reste dépend ^e la vertu de TQ3 courages et de la force de vos bras. Je vous demande que vous vous souveniez du nom de l'Espaji^nç, qui n'a jamais pu être vaincue. Et si vous me voulez dire que les Espagnols ne se doiveot point vanter de cda, puisque leurs étendards sont au pouvoir des snnemis d?puiS U) bataiUe de Ravenne, je le confesse; mats considérez qu'ils y ont trouvé une si sanglante victoire, que les François confessent eux-mêmes que plût à Dieu qu'ils eussent esté les raincus, plostost que d*9bt^nir une victoire si périlleuse. Souvenez- vous que sur œttu mfme terre où vous marchez maintenant, le roi Charlemagne a esté délait et vaincu avec ses douze pairs. Notre roi don Alphonse le Chaste disokt qu'il y aToit plus de gloire à conserver ce qu'on a acquis, que d« faire de nouvelles acquisitions, en ne les ppuvaiit conserver. Et puisque, Torsqu'on montre aux hommes courageux le péril, leur courage s^n accroît, je wus avertis qtie vous estes condamnés par les François à perdre la vie sans aucun quartier. Je vous prie donc que vous la leur vendiez de manière que vos meurtriers tombent à terre avant votre sang. Et parce que je vois déjà les étendards des ennemis s'avancer , je vous recommande de garantir de boute le nom et la gloire de l'Espagne.
RODOMONTADPS ^SP^IGNOLLES. 3»
voqloieat illustrer teur bialoire et la reni^re plus
et preîgowt^. D est bien vray que las cçyasuls roiaaiiui s'ea sont meslés bien R)rt , cpipine nou^ lîâoiis eo no$ bîfitoir^sSy et mesipes en TIte Live : loate e'estoit longtei^ps devant qu'ils coq^menT* cassent leur combat qu'ils hâranguoiept ; çX $e prepuroieiit dp bQOP^ beure , car telle estoit la coufilume : autrement la mystère n'en eust riei| valu. Mais lorsque ce venoit i enfoncer sans marcbander , s'ils se fussent mis sur leurs beaux (}ire$ et discours militaires , ce fussent esté de vrays fiats ; et se fussent trouvés les enpemys sur les bras, de telle façon qu'ils n'eussent eu loysir de songer à ewi , ny se recongoistre , py leur ordre , ny leur plac^ de b^ittaille ; et si n'eussept jamaia faiet de ^ pçatia eiploicts de guerres et gaigné tant de battaillef , et f uaseqt estes ainsy aotteoieQt desfaiets. VpyUi pourquoy les grande faifODqeinens qu# l'Sspaigupl appelle r^zommiôiUM, iau t que ce soit la vigille d^ (a b^t(aille , lorsqu'on l'attend , ou une heure ou deux devant la b^ttaille, mais pon poii^t sur le ppint du eboc, lequel ne demande que les plus courtes et brieves piiroUes. Guicbardin s'e^t voqlu mes* le r d'imiter Tite Live en ses barangues militaires, Entre autres , il en f^ict une par trop prolixe , que fit M. de Nemours prest à dooner la battaiUe de Ravenne, qui certes est des plus digues , pour animer ses soldats, comme ils furent : mais il est à présumer qu'il abrégea bien autrement son dire ; car I& il estoit question promptement de venir aux mains aussytost qu'ils eurent passé le eanal. Paulo Jovio s'est aussy ainsy fort fimusé à descrire plusieurs longues barangues. Enfin plusieurs , ou la pluspart des historiographes , en ont iaictde mesmes, desquelles Ç^lle-Forest a esté curieux d^en faire une recherche et un recueil bien gros, dont nous en voyons le livre. Oeluy qui a faiet uMte Histoire de Froiioe faict M. de Goyse et M. l'Admirai haranguant en la battailje de DriNix si prolixement , qu'il n'en est rien, je vis parler M. de Guyse , mais peu et boD« Quant à M. l'admirai, il n'eul guief es loysir d'haranguer si longuement , et mesmes en la dernière charge qui se fit. Or , à ce que j'ay ouy dire que M. le mareschal de Strozze disoit , ç^a esté plustost la grand'vanité des historiographes qui les y a poussés et i^ict ainsy trouver , excogiter et mettre pareserit ces grandes et longues harangues ; lesquels, plains de vent et gloire ,
belle par ces grandes superSuilés de paroiles. P'autres paqvres fats fi sots peu^ient fluç leur histo^*e seroit manque et (laire, si elle n'esloit deporée et allongée d'uqe grand' creue et suite de mots. Pour (in , en matière de combats il n'y a que (es briefves barangues ; amsy que fit ce brave M. de Guyse le grand , le jour qu'il pen-r spit avoir l'assaut k Mets, que M. de Ronsard a mise en vers. Et ne fut si longue pourtant cpmme la faict ^. de Ronsard, ainsy que je l'ay ouy dire h ceux qui l'ouyrent et y estaient ; et si l'original valoit mieux que la copie. Et fut une chose très belle de |a luy ouyr prononcer ; Cfi|r , oullre qu'il avoil la grâce belle si Jamais capitaine l'eut, il avoit l'éloquence militaire très grandp , comme j'espère en dire quelques unes dessieunesy parun chapitre que je veux faire d'une centaine d'harangues militaires, très courtes , tant de nostre temps que d'autres ^ f Cependant je laisse ce discours ; car , comme dict TËspaignol , otras vacas tengo que g^ardar, y oinas ovejç^ que trasquilar 2 , et que je veux encor reprendre les paroiles de ce grand duc d'Âlbe , par lesquelles il ne déguise ppint aux siens d'avpir esté vaincu à Ravenne ; mais pourtant il ravalle fort ceste victoire pour nous. Toutesfois , quoy qu'il die , luy et autres ^pigpqls , elle fut grande et très signallée pour npuç , s^^nglante pour euj^ , et puis qous rapporta du malheur par 1^ perte de ce qu'avions couquis en Italie et ^ Milan. Les Espaignols ont cela de bon , qu'ils ne se confes^nt jamais vaincus ny battus, c;t rar mènent tout à leur gloirç; alosy que fit cç f grand duc d'Albe dernier en Flandres, en une harangue qu'il adressa i son armée , et principaUement à ses soldats espaignols quelques jours fivant qu'il pensoit donner la battaille au prince d'Orange , près la rivière de Meuse , qui avoit amené une si griind'armée contre luy pour le combattre ; mais le tout s'en ^)la en fumée , pa^r 1^ providence et sage conduicte de ce grand capitaiup,qui le fit retirer avecques sa ^rand* bonté en Allemaigne, de quoy j'en parle ailleurs. Ce grand duc doqc va rementevoir à ses Espaigpls de bopt h autr^ tous les beaux ei piolets
' On n'a point ce recueil.
* J'ai d'autres Taches â garder, et d'autres brebis S
tondre.
TROISIESME DISCOURS
qu'ils ont faicts depuis cent ans, et met tout en ligne de compte et de gloire , aussy battus et vaincus que vainqueurs. Et cela m'a conté un soldat François espaignoliséquiestoit lors parmy les bandes espaignolles, qui entendoit le tout. Ce grand duc donc premièrement parle des grandes guerres qu'ils ont iàictes au royaume de Naples, soubs le grand capitaine Gonzalvo, Raymond deCardone, de la battallle de Ravenne, bien qu'elle leur fust désastreuse. Parle de ceste grand'conqueste des Indes, quMI leur met devant les yeux , faicle par Hernando Gortès et Francisco Pizzare , qu'il nomme tous les deux par ces mots : la Iwnra de la mîlicla espa- Fiola ^ Raconte le beau combat qu*ils ont rendu en Italie soubs ce vaillant marquis de Pescaire et Ânthoyne de Levé , et M. de Rourbon en la prise de Rome ; les sièges de Naples et de Florence soubs Filibert le prince d'Orange ; le levement du siège de Vienne, et la chasse et fuite du sultan Solyman ; la conqueste de la Collette, de Thunis et de Gleves; les voyages de la Provence, d^Alger et de Landrecy , où il ne fit (rop bien ses affaires; la guerre d'Âllemaigne , qui fut belle celle-là, où l'empereur acquist grande gloire; les guerres de Piedmont, de Parme et de Sienne. (Il ne gaigna rien aux deux premières , tesmoings la battaille de Cerizolles et la conqueste de Piedmont, comme j'en parle ailleurs. Sienne fut gaignée , mais elle leur cousta bon.) Puis le siège de Mets , qui leur fut très malheureux ; n'oublie le voyage de M. de Cuyse , et la Tompure de son desseing ; et puis vient finir sur les deux battailles de Sainct-Quentui et Grave- Unes, qui contraindrent le roy Henry (n'en pouvant plus) à demander la paix. Il s'en faut les prises de Calais, de Guysnes, de Theonville , et le champ d'Amiens, où le roy , estant en personne, présenta cent fois la battaille au roy d'Espaigne, mais point de nouvelles. Enfin il en conta prou, sans s'oublier aussy, et se disant, estant lieutenant plusieurs fois de l'empereur Charles , estre vray tesmoing de leur valeur. Ceste vanterie pour luy et pour ses soldats est excusable , autrement le vent espaignol n'auroit point de lieu. Ainsy en ceste harangue il imita quasy son oncle le conquesteur de Navarre, que je viens de dire , qu'aucuns ont voulu croire avoir
^ L'honneur de la milice etpagnolei
esté son père ; mais cela est fin», car son pcM fut don Garcie de Tolède , qui mourut aux Gerbes contre les Mores , en la fleur de son aage , y ayant esté envoyé avec dom Pedro de Navarre, lieutenant du roy Ferdinand en Tarmée qu'il y envoya en M. D. X.
Un soldat espaignol ayant appelle un seigneur italien en combat , l'Italien luy fit response que, d'autant qu'il n'estoit son pareil de lignage, il luy envoyeroit son vallet pour le combattre. Le soldat luy répliqua : Yo lo otorgo , parque , par naxf ruin que sea , sera mejor que vos *.
Il s'en dict de mesraes d'un gentil homme françois qui refusa ainsy le combat à un qui n'estoit de si bonne maison que luy, qu'il luy envoyeroit un de ses vallets. L'autre respondit : «Je l'en aymerois mieux , car il ne m'en sçauroit «renvoyer pas un des siens qui ne soit plus «homme de bien et de valeur que luy ; et par «ainsy en combattant le vallet j'acquerray plus « d'honneur qu'à combattre le maistre. »
Un seigneur de Castille fit bien mieux. D'autant qu'en Gastille, pour faire champ, il f»ut que les deux parties soient esgalles en lignage . et , parce que sa partie estoit fort inférieure & luy, il dict : Decid à él toi que me hago de tan ruin linage como él ,y que se saïga à matar conmigo à tal parle 2.
Il y en a force grands qui ont faict de tels traicts , qui se sont desmis pour une heure de leurs dignités , charges, gardes et ordres, pour combattre leurs inférieurs , à quoy ils ont plus d'honneur que de s'ayder de telles cuirasses poltronnes. J'en ay faict un beau discours ailleurs \
Les Portugais avoient de coustume de célébrer tous les ans la grande feste du jour que fut donnée la battaille d'Aljubarota. Par cas , un cordellier ce jour estant venu baiser les mains du roy, qui en celebroit la feste , il dict au cordellier : Que os parece denuestra fiesia^ Celebranse en Casiilla taies fiesta par semejantes vencîmientos ? * Le cordellier rcs-
1 Je le Teax bien , parG«; i|ue, queltfoe méprisable qu*f 1 soit , il vaudra toujours mieux que tous.
* Dites à un tel que je me fais d'aussi basse exu^acUon que lui , et qu'il vienne ici se battre contre moi.
' Discours sur les Duels.
* Que TOUS semble de notre fête? En celebre-t-on do telles eo Castille pour de semblables victoires?
RODOMONTADES ESPAIGNOLLES.
lit : No se hacen, porque son tanias las vicionas nuestras , que coda dia séria fiesia , X fnonrian los oficiales de hambre ^. Voylà aoe rodomontade d*un moyne aussy belle que soldat oa homme de guerre eust sceu dire.
A cela, au bout de quelque temps , un cordellier portugais la rendit bonne , fust au mesmes cordellier, ou à un autre qui fust qui en parlas!; car, en preschant un tel jour de fan que celuylà que Geste battaille fut donnée, il dict en ces mesmes mots à son sermon, en représentant la battaille (comme tels presciieurs font souvent quand ils eztravagueot de leur thème) : Nosostros crisUanos, estabcunos de un cabo del rio , Y los Castellanos de la otra parte K Quelle attacque fratresque !
De tout temps, les Portugais et les Castillans ne se sont guiere aymés, comme je le cogneus nne fois, moy estant à Lisbonne, et entré dans la boutique d'un marchand de soie pour y achepter quelque étoffe; et, d'autant que je parlois bon castillan, je demande à une jeune fille qui gardoit la boutique où estoit le maistre. Elle Tappella soudain, et dict, me prenant pour Castillan : Jqm esta un Castellano que pregunta por ti, Luy, se courrouçant contre elle, luy dict, après m'avoir cogneu pour François : VeUaca, mal criada^àun hombre como este, no tienes vergUenza de llamarle Castellano *.? A ceste heure, despuis que le roy d'Espaigne a mis le royaume de Portugal entre ses mains , ils sont grands confédérés et amys ; mais c'est par force.
Le combat qui fut au royaume de Naples , entre douze gentilshommes francois et douze cavallters espaignols, demeura fort doubteux sur la victoire. Après qu'il fut finy,le grand capitaine, après qu'il eut envoyé les siens pour bien choisis, demanda à celuy qui en avoit porté les nouvelles comment estoit allé l'affaire. L^autre, parlant ambîguemeot, ne luy respondit que : SeFtor, los nuestros viniéron à no-
* On n'en fiût poiat, parce que nous avons tant de Tîetoires que chaque jour leroit fêté, et qoe les artiians moorroieot de faim.
* Nous autres chrétiens , nous étions d'un c6té de la rifieret et les Castillans de l'autre.
* Voilà an Castillan qui tous demande.
* Coquine et mal apprise, n'ayez-vous point de honte d*appeller Castillan un homme d'honneur comme eeinj-cy?
SOS tros por buenos ^ Le grand capitaine respondit : Por m^ores os habiayo envlado^; comme voulant dire qu^il les avoit envoyés pour très bons et très bien choisis , et pour faire mieux qu'ils ne firent Par là on peut cognoistre I que les nostres n'y furent pas tous desconfîts , comme aucuns anciens estrangers historiographes en ont parlé. Mais il leur faut pardonner pour vouloir mal à nostre nation. Mais qui lira le roman de M. de Bayard, trouvera bien que nos François y firent mieux que les Espaignols, encor que lesdîcts Espaignols s'adviserent de donner au chevaux du coromancement, tenant la maxime : Muerto el caballo, perdido et hombre de armas ^. M. de Bayard acquit là une très grande gloire.
Lorsque les François perdirent le royaume de Naples, et M. d^Aubigny leur gênerai avecques eux, le grand capitan leur fit tous les honnestes traictemens et conditions qu'il fut possible , et leur donna toutes choses nécessaires, et chevaux pour les emmener. M. d'Aubigny voulant braver , encor qu'il fust vaincu , pria le grand capitan qu'il les acoommodast au moins de bons et forts chevaux pour retourner. Le grand capitan, interprétant le mot retourner pour revenir à la guerre et retourner au pays pour la faire et renouveller , luy respondit : Folved en buen hora» quando quisieredes ; que siempre haUaréisen mi la misma liberaUdad que hasta aqu/K Bonne et belle response certes d'un tel capitaine et si courtois, et picquante doucement.
Durant le siège de Perpignan , non pas de ce dernier, il y eut le marquis de Cenette qui demanda un coup de lanœ ; et voyant qne de là à pen deux cavalliers sortirent ainsy que le dict marquis se retiroit , et luy, les voyant, voulut à eux retourner, dont il eut son escuyer qui luy dict : IVo vuelva F. S. queyo iré,y derribaré uno de elles ,x V. S. Uegarà à cortarle la cabeza. Respondià el marques: Antés yo quiero ir, y derribarle ; llegaréis vos des^
■ Seigneur, les nôtres vinrent à nous comme bons soldats.
* Je TOUS a vois envoyés pour meilleurs.
* \jt cheval mon, le cavalier est perdu.
* Revenez i la bonne heure, quand il vous plaira: tous trouverez toujours eu moi la même libéralité que j'exerce maintenant envers vous.
TROISIESMB DISCOURS.
DUAs , X lwa(^4éhhefrs en el rabo ^ 11 fut bien eipployé de fiiira caste response à ce brave,
Eoquoy j'eii ay veu en pia vie de tels iNravea fats que cel|iy-)à , qui veulent faire aiosy des vaiilaus, et dirent : d Monsieur, n'allez pas là ; il « y faict dangereux: : ]aiMea-»in'y aller, et ne bonttgez d*ky.i» fit Dieu sçait, qudque bonne mine qu'ils fiHsent et paroHes qu'ils disent , ils se con« cblent. il leur faudroit dire ce que dict le f^rand oapitan i un autre qui luy tenoit mesmes propos : Si no tenga mUdo , porque quereismele meter ^? et wmme dict |in grand capitaine des nostres à un gallant que je sçais : «Pourquoy « me VQUIeï*vous £9ire poltron, moy qui ne le «(SUIS point ? p
Un capitaine espaîgnol combattant en estOf* quade oontre un autr^ , et luy ayant cqupé un bras et un jarret, dont il tomba par terre, luy dict : «Reod^toy, autrement je tecouperay la «.te^te. n L'autre luy f^apondit : Haoed /o 911a ç^ierede^ , qiM aun^ue mê faUa d braza paru p^kar , sobrame el corazon para morir 3 \ disant aouvent oe mot : Muera la uida , y ma siempre visni ^.
Un soldat espaîgnol ayant , ^n un deffy, mis son ennemy i un tel poinct et blessé, qu'il n'en PQuyoit plus ; si bien qu'en lieu de luy demander ia vie il juy demanda la mort, et le pria de la luy donner, l'autre ne le voulut ; mais Tes* tropia trte bien de bras et de jambes , pour deux raisons dict-i| : la una , porque mas penas en vmr;yla otra , porque puedas dar razon de quien te Mrià , y te diô taies cuckilladas.
Gomtpe de vray, ce fut à ee pauvre diable un grand creva-coeur de se voirainsy vivre estropié de son ennemy, et n'en pouvoir tirer raison. La mort fust esté cent fpi«i plu$ soubaictable.
Un aut|« voyant brave? un gallant de parolles
' N'y retournez pas. J'irii, j'eo mettrai un à bas, et TOUS viendrez lui couper la tête. Le marquis respondit : Je veux plut6t y aller et le renverser; et vous irez vous après pour lui baiser le cul.
* Si je n'ai point de peur» pourquoi cherchez-vous à m*en donner ?
* Pais ce que tu voudras, car s! je n'ai plus de bras pour me défendre, j'ai encore un cœur pour savoir mourir.
* La vie meurt, mais la renommée vit toujours.
^ 1/une, parce que tu auras plus de peine en vivant; et t'auire, afin que tu puisses dire qui i*a blessé, et d'oCt te vienneul ces blessures.
et rodomontades, il dict seulement qatiC^la cabeza de soberbia^ que eHa basia à kacerie morir ^
Un capitaine espaîgnol, tournant des guerres dltalie, et en racontant merveilles de ses vaillances en une table, il y eut un certain vallet qui servant luy respondit froidement, en ostant le bonnet :5ii/>/^'co à F. M. me de licencia para que lo créa ^,
Un soldat espaignol, estant tourné en sa patrie, et se vantant en bonne compai^nie qu'il avoit veu tout le monde, il y en eut un qui, relevant ce mot, luy dict : Puede ser que FM, fta yaestado en oosmografia *. L'autre luy respondit , fust à escient , ou pensant que ce fust quelque grande région ou cité : SeHor, Ueganws A vista de ella ; pero dexamosla à mano derecha, porque ibamos de priesa *. Quel gallant! possible se mocquoit-il d'eux, aussy bien qu'eux de luy, on bien qu'il fust là descouvert.
J'aymerois autant le conte d^un certain Italien, qui un jour voyant le roy François discourir à sa table de la grandeur et beauté de sa ville de Milan, ainsy qu'un chascùn en disoit sa rastellée, Tltalien, se produisant, dict que certes c'estoil une très-belle ville, mais que le port tfen valoit rien , et qu'il n'y avoit gallere ny navire qui ne courust grande fortune dç se perdre à l'entrant, si l'on y advisoit bien. Le roy, avecques toute l'assemblée, se mit aussy tost à rire et à luy dire qu'il avoit très bien veu et recogneu la place et le port à ce qu'il disoit, et qu'il s^advançast un peu pour en parler encor mieux. Parquoy luy s'avançant, il ne dict autre chose, sinon en faisant sa révérence bien bas : Basta, sire, ch'io vho parlato^. Leroy luydeqianda ce qu'il vouloit dire par là. Luy respondit que. puisqu'un chascun parloit, iî vou|pit parler aussy, et que s'il eust dict quelque chose de bon et de vray, il ne Teust escouté, et n'eusl faiçt cas de luy; et, pour ce, s'estoit advisé à trouver
< modère ton grand orgueil, H sofflt seul pour te feire périr.
* Je vous prie, monsieur, de me donner la liberté dt le eroîre.
■ 11 se peut faire, monsieur, que vous avez esté en cosmographie.
^ Monsieur, nous en estions à vue, mais nous la laissâmes à main droite, parce que nous esiions fort pressés.
• 11 suffit, sire, que j'aye parlé à Votre Majesté.
RODOMONTADES ESPAIGNQLLËS.
ente beorle, pMr i»tre mieux reçu i parler i Sa Mipcsté, et e^tre entendu d'elle, sçacbaot bien que la mer n'eatoit |»as plue prèa de Milan qvup Genues.
Un pareil traiet fitun que j'ay eogueucapitaine de galiereSy nommé M, de Beaulieu, fort mon graod amy , qui amtt esté lieutenant d^une dea galleres de feu M. le grand*prieur de France , de la maison de Lorraine , qu'il aymoit perdes*sus tousses capitaines et serviteurs, car c'estoit le meilleur compaignon , et qui disoit le mot de la meilleure grioe qu'homme de France. Ceux de Marseille, ayant un jour une afFaire à la cour de grande importance , ils envoyèrent par deux fois denx consuls des mieux choisis et dea plus sages, qui n'y peurent rien foire, et s'en retournèrent comme ils estoient venus. Snrquoy ils s'adviserent de prier ledkt M. de Beaulieu d'aller à la cour, et prendre la charge de cestf aflaire; ce qu'il entreprend fort UbnMnent, car il estoit prompt et trte-ofScieox. Après qu^il eut ^icC son harangue à la rayncrmere, qui p)nvernoit toqt pour lors , elle luy dict en riant bien fort : cEt quoyl Beaulieu, ceux d^ c Marseille n'avotent-ils point en leur ville «un plus sage personnage que yooe pour en* •voyeren aoibassade?» Il luy respondit : «Oui cvrayment, madame; mais quand ils ont veu «qoe les deux qu^ls vous ont envoyés n'ont rien «peu foire, ils se sont advisés d'y envoyer on «fou, si qu'il foroit mieux qu'un plus sage; et «pour ce ils m'ont deltegué. Que si vous me «fiiietes ce bien, madame, de m'octroyer ma «requeste , vous me mettrez en réputation ; et, «de fou qn'on me tient, je seray désormais «estimé très sage.» La reyne, qui aymoit les bons mots et à rire , luy accorda sa requeste et le fit depeseber : et puis s'en retourna joyeux , et fort glorieux, et bien estimé dès Marseillois qui luy âreot un beau présent de mille escus poor sa peine , quMl ne cela point à la reyne , qui en fot bien ayse. J^estois kurs à la cour, qui en vis tout le passe-temps ; car ledict Beaulieu estoit mon intime amy.
Estant demandé un jour à un brave combien d'hommes il pourroit bien combattre et en sortir à son honneur, il respondit : Si es hombré de Inen, uno;yde vettacos, la caUe llena ^'
^ Un seul, s'il est homme d^bonneur. Si ce sont des tâches, la rue pleine.
Gomme voulant dine qiill nn taneait liai que les rues en seraient pleines, et en pueraient. Geste reapon^ certes est bdle et de considération; oar il n'y a rien si aysé que de battre des gens de peu.
Si nous voulions croire à un eonte d'un capitaine que j -ay cogoeu , vray enfont de la matlie s'il en fot ooc, qu'on appelloit le capitaine Freville, brave et vaillant, un grand jeune bomme de l'aage de vingt-cinq ans , de belle et haute taille, et bonne façon, et qui parloit aussy bon allemand comme sa langue françoise, pour avoir demeuré au pays six ou sept ans; ce capitaine estoit fort mon amy et m'avoit suivi au siège de La Rochelle, et à la cour quelquefois; le roy Henry , à son retour de PouUoigne» estant à Lyon , ce capitaine estoit blep souvent aveoques moy , dont il me fix\ dict de bon lien que je l'advertisse qu'il ne se poiwmf»ast pl|is tant , et qu'il pourroit ealre en peine de la jus^ tiee ; oe que je ne foilly de luy dire , et de l'en advertir. Mais il me respondit froidement : Monsieur , je vous en remercie ; mais ne voua en mettei point en peine pour moy ^e cela ; oar cela n^est rien. Ce n'est que quelque pe* tite batterie dont on m'accuse ; mais la justice a ne me sçaurolt rien que foire* * Je voulms aça« voir au vray que c'estoit. Il me dict : «Monsieur, c'est rien cela ; mais, puisque le voulez sçavoir, c'estoit un maraud, mardiand de Paris, qui m^avoit foict un desplaisir. Je le fis guetter; et sceus oonunent il s'en alloit à Orléans un jour, aveoques quatre ou dnq autres marchands de ses compaignons. Je monte à cheval. Je les suis tant que je puis. Je les trouve qu'ils dis* noient à Longameau. Je mis pied à terre , et donne mon cheval à mon homme pour le te* nir. Je monte en haut aveeques mon pistolet bien bandé et le chien abattu. Je trouve naoo homme an bout de la table. Soudain je vms à luy , et luy dis : Confesseiojr, marchand de Parts, tu es mort. Je luy présente le pis* tolet, le quel fout , et soudain mis la main à Pespée. Je hty donne à travers le corps , et tombe roide mort par terre. Je vis ses com^ peignons qui font semblant de foire des mau-* vais. Je donne à l'un si grand estramasson sur la teste, que je la luy fonds à demy ; si bieq que , tout estourdy , il tombe dans le fou qoi l'acheva de mourir* Au tien je donne nna
TROISIESME DISCOURS
ccn^^nde ettoqnade, dont il tomba soute la tacble, pour amasser les miettes qui y estoient «tombées; mais il n'en amassa guieres,Gar il «mourut. Le quatrîesmese mit à fuir et gai- « ^ner les àef<çrés; mais je luy donne un si grand « coup de pied parmy le cul , qull descendît «plus vi.ste qu'il ne voulut, car il se rompit le «col. Moy , j'essuye bien gentiment monespée «à la nappe, et bois un coup, laisse mes gens «là morts. Je redescens, passe sur le corps de «Tautre au degré, et, tout froidement, re- «monte sur mon cheval, sans que personne de ai'liostellerie s'esmeut ny bougeast autrement, « et me sauve. Et tout cela , mon espée et moy «Tavons faict en un tourne-main. » Après luy m'A voir faict ce conte, ne pouvant m'engarder de rire, je luy dis : «Gomment! appelez-vous «cela rien? Ah ! par Dieu ! vous estes mal , si ne « prenez garde à vous. Sortez-vous-en de ceste « ville : » dont il me crut ; et Tacoommoday d'un bon cheval et d'argent, et se sauva : si bien que s'il eust esté pris , ou qu'il eust tardé une heure à partir, il estoit perdu. Encore veux-je bien jurer qu'a grand' peine vouloit-il partir, sans que Fen pressasse. Voyià comment ce jeune homme rendit bien malades les quatre personnes , et comment la fortune luy fut bonne. Hé ! quel tueur !
il arriva un pareil traictà Milan, lors qu'Anthoyne de Levé en estoit gouverneur pour Tempereur Charles , à un comte de cet estât , qu'on appelloit le comte Claudio seulement, et non autrement. Par cas un jour estant allé à la chasse, et son oyseau ayant voilé une perdrix, quand il fut à la remise, qui estoit un lieu fort esgaré et peu battu , il trouva quatre soldats qui s'efitoient defîfiés, et avoient choisi pour leur camp et estoquade un parc de brebis et moutons, dont usent les pastres en là pour y retenir et resserrer leur bestial , afin d'enfumer mieux leurs terres. Quel camp clos, voyez, je vous prie , que ces braves gens-là avoient choisi ! Le comte Claudio, les voyant tous quatre en chemise, et prests à se battre deux contre deux, les pria de ne se battre point pour Tamour de luy, et de s'accorder. Eux luy dirent qu'il n'en fairoient rien, mais que s'il en vouloit avoir le plaisir, et en estre le juge, qu'il vLst faire seulement. Le comte Claudio dict qu'il n'en fairoit rien y ex qu'il ne luy seroit reproché qu'en
sa présence ils se coupassent ainsy la gorge; et là-dessus met pied à terre , et Tespée au poing, pour les empescber de se battre. Eux aussytost, comme désespérés, vont concerter ensemble, et s'escrier : «Tuons-le , puisqu'il nous «veut rompre nostre entreprise; et,amp^^s, «nous la reprendrons, et nous nous battrons et « verrons à qui le champ demeurera »; et de f j ict le chargent à outrance. Mais luy, qui estoit pour ce temps là un des vaillans de Testai de Milan , se garde si bien d'eux , et les charge si bien tous quatre, que trois demeurèrent morts estendus sur la place; et le quatriesme, blessé à la mort, luy demanda la vie, laquelle il luy accorda, et puis s'en alla. Et, despuîs, ce soldat en fit le rapport et le conte, que j'ay ouy faire à Milan d'autres fois.
Voylà des bonnes fortunes de Mars, qu'il employé à ceux qu'il luy plaist. Faut bien notter en cecy que, quand des gens de bien ont bien envie de se battre, ou qu'ils sont une fois aux mains , il n'y a rien qui leur toche plus quand quelques-uns surviennent qui les veulent séparer : et bien souvent a-t-on veu arriver de mesmes que je viens de raconter, que les deux ennemys, ou quatre, ou plus grand'troupe, s'accordent à charger messieurs les separeurs (j'en ay veu deux tels traictsen ma vie), n'estant rien si fascheux au monde à un vaillant et brave homme que de luy rompre son desseing d'armes.
Au siège de La Fere dernièrement, ayant esté pris deux soldats à un escarmouche , dont l'un estoit François et l'autre Espaignol , et menés devant le roy, il dict au François que sa sentence de mort estoit donnée par son bandon pour les François révoltés contre luy, mais qu'il luy pardonneroit et luy donneroit la vie s'il luy disoit la vérité. L'autre l'ayant promis, le roy luy demanda combien ils pouvoient avoir eocor de vivres léans. Le François luy respondit qu'il yen avoit encor pour un mois. Et ayant demandé à l'Espaignol de mesmes combien il y en avoit, l'Espaignol respondit qu'il y en avoit encor pour deux mois ou trois. Alors le roy s'adressant au François, luy dict : « Vous serez pendu, car vous «m'avez meuty.» L'Espaignol, advisé, prompt et courtois à sauver la vie de son compaignon, dict au roy : Sacra Magestad, no mienie : parque no hay mas para los Franceses,
RODOMONTADES ESPAI6N0LLES.
que son grandes comedores; mas bastan para las EspoHoles , que viven y se contentan de poco ^ Aussy mandereDt-ils au cardinal d'Autriche qu'il leur envoyast seuUement du sel; car ils se saileroient et se mangeroient les uns les autres avant que se rendre. La rodomontade ne fut là bonne, car ils furent bien ay ses de se rendre à une honneste composition que le roy très généreux leur octroya et tint très bien.
Certainement , de croire que les Espaignols soient plus sobres que les François, il le faut : à quoy deux soldats se rencontrant une fois en Italie dans une bostellerie, Thoste leur servit un plat de raisins, ce que le François n'approuva point, et n'en voulut manger; ce que TEspai- (,aiol remonstra à Thoste, disant que los Franceses no eran acostumbrados luicer sus aUficios sobre cosas redondas^, L'E.spaignol, quant à luy, il mange de tout ce qu'on luy donne, et se contente de peu quand il va de son coust et de sa bourse. Que si vous le surprenez sur son ordinaire, il est quitte, en vous en présentant et priant d'en manger, à vous dire: Sehor , coma de este pedazo de tocino; que j'uro à Dios no Iiay perdiz que le valga ^. Quand ils sont à la table et aux ciespensd'au- Iruy , ils mangent aussy bien que les François. Aussy se mocquent-ils d'eux, qu'ils mettent tout à la mangeaille, et vont tout nuds; et eux van vestidos / ataviados como reyes *. Comme de vray, il n'est pas possible de voir chose si brave comme j'ay veu d'autres fois les vieux soldats des terzes de Naples , de Sicile , de Lonobnrdie, de Sardaigne, voire de la GoUette quand ils la tenoient.
Pour retourner encor à leur sobriété, et comme ils endurent la faim , je m'en vais faire ce conte et puis plus. A la révolte de la ville de Sienne , et qu'elle fut surprise et gaignée par nostre roy Henri H , il y eut trois soldats espaignols qui , ne perdant cœur, gaignerent une tour de la
< Sacrée Majesté , U ne ment point, car il n*y en a pat daraocage pour les Françoia, qui sont de grands mangntrs; mais iU dureront auunt aux Espafpiols, qui tîvent ei se content de peu.
* Que les Franrois n'estotent point accoutumés \ bâtir sur des choses rondes.
■ Monsieur, mangez de ce morceau de lard; je vous jure qu'il n'y a point de perdrix qui le vaille.
* Sont habillés et ornés comme des roys
porte Romaine , et se résolurent là de vendre leur mort au plus baut prix qu'ils pourroieut. Gomme de faict, ils firent si bien, que M. de Termes, le principal chef françois de l'entreprise, vint luy-mesmes parler à eux qu'ils se rendissent , et qu'il leur fairoit bonne guerre et honneste composition, et qu'ils advisassent bien qu'il y avoit quatre ou cinq jours desjà qu'ils n'avoient rien mangé, et qu'ils s*en alloient aux vespres ou vigiles de la mort, n'ayant nulle provision pour vivre, et qu'ils fairoient bien de se rendre et prendre le parti du roy et laisser celuy de l'empereur, autrement il les fairoit brusler leans, ou mourir de faim. Par une petite fenestrede la tour, un respondit pour tous de ceste manière : Cavalieros , quaUsquiera que fuereis, todos como somos besamos vuesùas numos mucfuxs veces, por el buen partido y voluntad que de librarnos de muerte nos tiabeis mostrado, Y quanto à rendirnos ,x sen'ir al rey de Francia, el es tan bueno que no le faitarà quien le sUva ; y nosotros tant lelaes alnuestro,queningun temor de muerte nos tiarà variar;y no tuys espanta elfuego, ni qualquiera otra muerte. En lo que toca à su intente, y quedecisque no tenemos que corner , sabed que acâ tenemo^abundancia deladrillos,y siempreque à los Espafioles fait a la provision , con estes bien molidosnos sustentâmes ^
M. de Termes loua fort leur dire et valeur. Toutesibis, leur ayant encore renionstré leur mal, ils y songèrent et se rendirent; et il les prit à mercy , et les renvoya sains et sauves. 11 ne faut point doubter pourtant qu'ils ne mangèrent à l'extrémité de ces tuilles broyées, ayant demeuré là tant de temps et si longue-
1 Cavaliers, qui que vous soyez, nous vous baisons les mains, tous tant que nous sommes, et vous remercions beaucoup pour le bon parti que vous nous offrez, et la bonne volonté que vous nous témoignez de nous Tonloir délivrer de la mort. Quant à nous rendre et à servir le roi de France, il est si bon qu*il ne manquera point de serviteurs : pour nous , nous sommes si fidèles au nôtre , qu*aucune crainte de la mort ne nous fera changer; et le fèu, ni aucun autre genre de mort que ce soit, ne nous épouvante point. Quant à ce qui re< garde votre resolution , K ce que vous dites que nous n'avons point de vivres , sachez que nous avons ici beaucoup de luttes, et que quand la provision nous manque, nous savons nous nourrir de tuiles bien broyées.
TROISIESME DISCOURS
ment, taut ilé Mot patiens de la f%iim entre autres inertua militaîres. Et ne Faut point doubler qu'ils n'eussent volonté de se rendre, car Ils n'en podvoient plus : mais il fiiUoit avant qu'ils fissent ceste rodoitiontade , et bravassent, fant ils sont coustumiers de braver, aussy bien en leur prospère qu'en leur adverse fortune; et telle est la vertu de tels généreux.
En ceste guerre et la batiaille de Sienne, faicte entre le seigneur de Strozze et le marquis de Marignan, les Espaignols donnèrent réputation à Astolphe Baglion d'y avoir très bien ftiict ; si bien , disoicnt-ils, que tan grande esthago en enemigos hacia, qtie no topaba hombre con su espada cortadora , que à ta dutzura de sus kilos no dexase la vida en sus manos *.
Ils louèrent bien autant là mesmes un capitan Léon y un Espinosa, de los quales era tanto et estrago que en los enemigos hacian, que otra cosa no hollaban entre sus pies, sino hombres muertos de Unoy otra parte *.
Un soldat espaignol du prince de Parme, durant ces guerres, ayant esté pris des nostres, et interrogé par un capitaine des nostres aussy s'il n'y avoit point parmy leurs bandes quelque brave capitaine, et parmy eux qui sceust et voulust tirer quelque coup de picque pour gentillesse contre luy , l'autre lui respondit : Si hccf, juro à Dios , muchos ; x fnas que no hay pelos en sus barbas \
Un autre , pris vers la frontière de Picardie, et mené au roy, tournant de la Franche-Comté après la prise deCambray, il luy demanda ce qu'on disoit de luy parmy son armée. Il respondit : /Vo otra cosa, sino que por treinta mil ducados que haheis ganado en la Franche- Comté, Iiabeis perdido Cambray *. Celuy-là
Qu'il fatooit un si grand carnage des ennemis, qu^il n'en toucboil aucuns avec son epée tranchante (|u*iU ne laissassent la vie entre ses mains par la délicatesse de son trancbanL
* Un capitaîne nommé Leon^ et un autre nommé Espinosa, qui fàisoieot an si grand carnage parmi les ennemis, que leurs pieds ne fouloient autre chose que des hommes morts de part et d'autre.
* Ouy, por Dieu, il y en a, et plus que vous n'avei de poils en votre barbe.
^ Rien autre chose, sinon que pour trente mille ducats que vous avez gagnés en Franche-Comté , vous avez perdu Gamabray.
pouvoit dire vray ; car , ai le roy ne ae fiiat amusé à la Franche-Comté à y fiiire la patrouille, il n'eust pas perdu Cambray ; car sa présence seule eust estonné Tennemy. Bien est-il vray qu'on pourra là-dessus objecter les prises de Calais et Gulsnes â sa barbe. Cela est vray ; mais il fiant avoir ouy les raisons du roy, qu'on dict qu'il n'a esté bien servi , et qu'il ne vouloit desmordre une place, La Fere, qu'il avoit eue à la fin par sa brave resolution; et si eust falot Fun et l'autre s'il fust esté cru et bien servy.
Quand le prince de Parme vint pour desassieger Paris par le commandement de son roy, qu'il luy avoit donné exprès, usant de ces propres mots : «Ne faillez d'aller secourir ma ville «de Paris,» comme la tenant desjà sienne, il assiégea Lagny pour faire à nostre roy desmordre Paris et l'attirer à la battaille ; ce que le roy desiroit fort, et l'autre ne faisoit que le semblant : là où il y eut eu une grand'faute de laisser une telle ville de conséquence pour secourir une bicoque, et quitter un beau champ qu'il avoit à luy desjà, pour alîer chercher un autre bien loing pour combattre. Ce prince de Parme donc ayant sccu que le roy disoit qu'il entreprenoit trop de vouloir prendre une ville à sa barbe, et donner une battaille comme il se vantoit , il fit ceste response à quelque pi isonnier François : a Dictes -luy que je la luy prendrai , » aun que fuese puesta encima de su bigote ^ . Le roy luy fit rendre response qu'il luy opposeroit tant de montaignes de Fei qu'il l'en empescheroit bien. Le prince répliqua : Ptuguiese à Dios que fuesent oro, que no serlamos mas ricos ^ . Inférant par là qu'après avoir porté par terre toutes ces montaignes de fer , qui estoient ses gens armés , et les avoir deffaicts, pour une tant riche despouille ils viendroient tous riches et opulens.
Le dire ne trompa point ledict prince, car il prit la ville sans donner battaille, et si leva le siège de Paris comme il vouloit; ce qui luy fut un très-grand honneur, et tout pareil encore à celuy qu'il receut à Rouen ; car le roy , sçachant qu'il venoit le desassieger, luy manda qu'il le tiendroit à ce coup pour le plus grand
1 Encore qu'elle fust placée sur la pointe de sa mous* tache.
* Plût à Dieu qu'elles fussent d'or» nous bTcb snions que plus riches.
RODOMONTADES BSPAIOflOLLES.
captlâifflnlift traades'fl liiy faimt lever le siège siitt doBticr à eésie fois battaiite. Le prince Itiy masda •eulcinent : « Dictes<-luy donc qu'il me ioomaieace tenir pour lel; car jeleverayle < siège, et si ne donneray point battaille. » J'eusse bien mis ces paroUes en espaignol, mais elles sont communes. Il fit encor ceste fois là ee qu'il voulut y ainsi que j'espère le dire au discours que je feray de luy ^.
Voylà deux fortunes et deux gloires incomparables. Ceux qui veulent gloser sur la parolle dudict prince, disent qu'il entendoit par sa moustache celle qu'il portoit si grande , et si pendante de ses cheveux, dont plusieurs de son royaume l'ont imité en c»ela; mais despuis il Ta hki couper, car s'il eust entendu les moustaches de la barbe , il eust usé de ee mot propre espaignol qui dil : Los bigotes de sus barbas^.
En ces deux belles et mémorables actions , les Espaignois s'attribuent la gloire, comme en toutes autres où ils se trouveût es armées royalles^ que letir valeur, leur disdpline niiUtaire et ordre de guerre triomphent par-dessus toutes les autres* Et , peut de grands miracles de cela, je leur ay veu alléguer force exemples, et entre autres cehiy de Heraan Gortès, cûgno {dicen elles} par cieria de porterie entre los de la fcuna; el quai, eon rnénos de mil infantes espafttdesf ochentaf nueve cavalhs, prendià dentro de su ciudad al gran ref Montezuma^y al fin con sola la buena orden sujetô el imperio Mexicano» Y, en nuestros dias, Hernan Jlvat^s de Toledo, dquel gran capitan y duque de Àlva, con solos mil arqaebttzeros^y quinientosmuS' quêteras ^ jr la buena disciplina y orden de guerra^ rotnpiày degollà en Friza,à ta ribeta del tio Âmazio , doce mil hombres con que el conde Ludovieo Naxao habia entrado fsn agueUa proi4nola ^.
* Ou n'a psiDt oe ditoonn»
* Let mouttachet de ta bvbe.
' Digne certaioement , comme ils le disent, d'être Dis entre les capitaines les plus renommés ; lequel , avec RiofRi de mille ftntaiMiis espagnols el quatre- vio0t-«enf caTaliçrs, prit dant m Yille le grand roy Monlezunul ; et enfin, ayec le seul bon ordre, se soumit tout Tempire do Mexique. Et en nos jours, Ferdinand Alrarès de To- IMe , ee 0raiid ea^uine et duc d*Albe, leulemenl arec
ffliUe arquiAMm SI «loii eeni BM>ttsqtteatfrsS| ec la
Les Espaignois, ft et dernier combat 4 en
content beaucoup; car le duc d'Âlbe avoit bien plus de gens que dict le conte : mais l'autre en avoit deux fois plus que luy; et surtout, huict ou neuf cens François, très braves soldats, qui combattirent bien. J'estois lors à la cour, quand ces nouvelles vindreut au roy, qui trouva cesle deffaicte très belle et mémorable, et mesme de si peu de gens contre si grand nombre.
Certainement il faut louer leur disctpline et bel ordre : en cela ressembtans aux anciens braves Romains, qui, par leur discipline de guerre, et non par grand uombre de gens, ont conquis tout le monde. Mais qui est cause de ee bel ordre et discipline , si non le beau entretenement que le roy dËapaigne donne è ses gens de guene, et les belles soldes et payes qui ne leur manquent Jamais, bien qu'ils ks attendent , mais pourtant ne 1ns perdent eooune nds soldats fran^is font? Car là où l'argent trotte, Toftlre 8*y establit, et Où il manque^ il n'y a plus que confusion) Et ay oui dire à de grands capitaines que nul grand aujourd'buy , quel qu'il soil,ne peut entretenir une armte bien poUicée, disciplinée et bien ordonnée longtemps, qu'un roy d'Espalgne, ainsy qu'il atousjours feict despuis que l'empereur son père luy laissa tous ses estats. Aussi est-il si grand et puissant en terres et moyens , que Jamais les Romains n'en approchèrent* En cas qu'il ne soit vray , oonsicâerons un peu les grands titres qu'il porte sur le front, que je vais mettiis îcy par curiosité. Don Pltelipé, por gracia de Dios, rejr de Castiila, de Léon, de Aragon, de las dos Sicilias, de Jérusalem, de Portugal, de Naçarra, de Granada, de Toledo, de Falencia, de Gaiicia, de Mallorca, de SeviHa, de Cordova, de Zerdeha, de Corsega^ de Muroia, de Jaen, de tos Algarves, de Mgeziras, de Gibraltar, de las islas de Canada, de las Indias Orientales , islas y tierra firme del Mar Oceano ; arcldduqne de Âustria, du* que de BorgoOa , de Brabante , y Milan; conde de Jbspurg, de Flandes, Tirol, y
bonne discipline et ordre de guerre, rompU et pana au fll de Tepée, en Frise, sur le bord de la rirlere de TEoia, douze mille hommes avec le«pKis le comte Ludovic ds Manau estoit entré dans cette protinoe;
TROISIESME DISCOURS
Batcelona ; sefior de Bisccejra, de Genova, y de MoUna ^.
Voylà des titres qui font peur, à les ouyr seulement nommer , et mesmes ces deux des Indes Orientales et Occidentales, On pourra dire que celuy des Espaignes peut porter avec soy plusieurs petits royaumes qu'on nomme par villes; mais pourtant sont royaumes bons et grands, comme la duché de Milan , qui porte son nom d*une ville, et non du pays. Et quelle duché est-ce ? et combien y a-t-il de villes dessoubsP Le royaume de Naples, quel royaume est-ce? De mesmes sont tous les royaumes de villes qui sont en Espaigne. Baste que c'est un grand roy, et que j'ay ouy dire que les Romains ne furent jamais si grands terriens ny opuiens que luy. Gela est ayséâcognoistre, qui en veut computer et mesurer les terres de Tun et des autres.
Gomme j'ay parlé cy-devant de la discipline militaire des Espaignols , certes elle est trèsbelle, bien pollicée et gentiment observée; mais il faut confesser le vray : qu'ils sont fort fascheux et importuns en cela , d'estre fort subjets à se mutiner quand leur paye leur manque, et non pourtant guieres pour autre subject; car il ne se veulent mettre à sédition que bien à propos et avecques raison. H y a longtemps qu'ils en ont pris ceste coustume, et Tout continuée soubs le grand marquis de Pescayre, soubs M. de Bourbon et soubs le duc d'Âlbe. Ils n'y ont pas foict de grandes fautes en cela, car ils les sçavoient avoir, et leur donner tant de pillages, qu'ils avoient beau moyen de patienter et attendre leurs payes, qu'ils n*en vouloient perdre pourtant pas une seule : tesmoing le sac de Rome, qui les rendit saouls jusqu'à la p,orge, et pourtant fallut que le pape baiUast de l'argent pour les payer.
Or voicy la façon qu'ils ont i se mutiner,
1 Don Psium , par la grâce de Dieu, roi de GactUle, de Léon, d'Arragoo , des Deux-Siciles, de Jeniialem, de Portugal , de NaYarre , de Grenade, de Tolfde, de Valence, de Galice, de Majorque, de Serille, de Gordoue, de Sardai(j^e, de Gorsique, de Murcie, de Jaeo, des Algarves, d'Algeziras, de Gibraliar, des isles de Canaries, des Indes orientales , des isles et terre ferme de rOcéan; archiduc d' Autriche, duc de fioui^ogiie, de Brabant et de Milan; comte de Hapsbouits, de Flandres, du Tyroi et de Barcelone; seigoeur de Biscaye, de Gènes et de AfoUna.
ainsy que j'ay ouy dire et coDtcr i «uconstfeiii:
ils commencent à se plaindre les uns les autres, et puis sourdement fbnt courre ces mots parmy eux : Motin, motin ^ Et puis tout haut commencent à crier : A fuera, à fuera, las gus^ mânes. Apartense, parque nos qaeremos amotinar ^. Gar , s'il y a des gentilshommes et des gusmans , qu'ils appellent ainsy parmy eux (comme il y en a fbrce) , ne les veulent point recevoir en leur compaignie; aussy eux ne le feroient pour tout le bien du monde , car ils seroient deshonorés pour jamais, bien qu'il y en ait aucuns , ainsy que j'en ferois un beau discours ; mais il seroit icy trop long et superflu. Les capitaines qui en sentent le vent se retirent de bonne heure, tant pour ne courir fortune de la vie que de Thonneur; car ils penseroient estre deshonorés à perpétuité ; et leur seroit reprochable slls se trouvoient brouillés parmy leurs menées. S'estant joinc(s en bonne troupe, qui plus qui moins, ils eslisent pour leur chef le plus habile et le plus advisé qu'ils peuvent choisir parmy eux, et l'appellent elegido, et nous autres disons «5/^21. Ils le contraignent d'en prendre la charge ; et ne faut pas qu'il la refuse; autrement ils le Feroient mourir et passer par les armes. Cela faict, ils luy obeyssent comme à leur vray chef et capitaine, se reservans pourtant quelques voix entre eux, puis taschent à surprendre quelques villes pour leur servir de retraictes. De là ils font mille maux, yoUeries et rançonnemens.
Entre les plus signalés amutinemens que j'aye ouy raconter parmy eux , ce fut oeluy qu'ils firent en Sicile à Ferdinand de Gonzague , en estant viscenpoy. La première source en vint de la Collette, et pouvoient estre bien près de quatre mille. Mais Bernardin de Mandozze, gênerai des galleres de Sicille , en prévoyant le danger , y remédia de bonne heure ; car , s'ils se fussent ralliés avecques les Âllarbes et les Mores y la Collette, Thunis, et tout de par de là, alloit très mal pour l'empereur. Par quoy, soubs belles promesses et parolles qu'il leur fit, il les chargea tous sur les galleres et navires, et les trajetta en Sicille, où estans et pensans too-
* Mutinerie, sediiioo.
* Dehors, dehors les geotilshommet. Qn'ili se rslî* reni, parce que nous youloiis nooi levoliar»
RODOMONTADES ESPAIGNOLLES.
cher argent , n*ea touchèrent pas une maille : ] et alors ce fut pis que devant, car ils firent mille maux, priudrent des villes, tinrent les champs,' rançonnèrent et pillèrent tout le monde ; enfin ils firent le diable. Us avoient esleu par-dessus tous, d*une mesme voix, pour chef, un certain Heredia , parce qu'il estoit fin , subellin et surtout fort éloquent , et qui parloit d'or ; car il avoit esté d'autres fois moyne bien preschant, et avoit quitté le froc pour porter les armes. Il avoit pour compaignon un Mont-Dragon , navarrès, qui advisoit sur la criminallité. Pour fin de conte, ils firent tant de maux et se firent taDt craindre, qu'ils donnèrent bien de rafbire à Ferdinand, et à songer à luy; car, de les avoir par lea armes , il n'en falloit point parler, tant ils estoient forts , braves et vaillans , et se sçavoient très-bien conduire en bons hommes (le guerre : et , pour ce , fut advisé de les avoir par douceur et belles promesses. Donc, après plusieurs allées, venues, conférences et ambassades par Alvare de Sando, Sancho Allarcon, Alphonse Vives , et surtout par Juan Yai^a , ie bon vieillard , que les amutinés aymoient et appdioient leur père, la paix fut f^icte. Et pour la conclure et rendre bien ferme et stable; il fiit dict et a rresté qu'à un certain lieu où la messe se dirait, tous, d'une part et d'autre, ao moins les chef^, jureroient sur le corps de Nûstre Seigneur, quand le prestre le leveroit , quils tiendroicnt la paix et ne Tenfraindrolent nullement. Quand ce fut là , les députés dUeredia très-volontairement haussèrent les mains deitres. Il y eut un desdicts députés, qui s'appeiloit Villa-Lobo , lequel voyant don Ferdinand estre long et tardif à hausser la sienne , il luy cria tout haut : Seflor virejr, alzed la mor no, si quisieredes , que es et cuerpo de Dias queaqui veis. Si no la alzais, luego nos apartamos deljuramento , y quebramos la paz,xguerra coma adelante *. Cest parlé cela à un gênerai , et bravé un vice-roy. Quelle rodomontade! Ce n'est de pair à pair, ny de compaignon à compaignon , mais d'inférieur à son supérieur. Ce fut à Ferdinand à lever la
* Seigneur Yice-roi, levei la maio, 8*il toi» plaît. Voilà tecorpftde Dieu que tous Toyei. Si vous ne la levez f», ooui nous départons sur-le-champ de notre ser- DKiit;ixNtt rompons la paix, et la guerre recommencera moine devant.
main aussytost, et faire bonne mine pour le coup; mais après il en eut bien sa raison, car, les ayant séparés et départis aux garnisons, qui çà qui là , il en fit mourir et pendre tous les chefs premièrement , et force autres, et plu sieurs jetter dans la mer ; si bien qu'on en voyoit les rives bordées de corps morts , jusques environ cinq cens. Les autres, les rellegua et les envoya aux isles circonvoisines , où la pluspart moururent de faim, comme en Tisle de Lypary, que je pense n'avoir veu si misérable habitation; car il n'y croist que des câpriers. Les autres furent envoyés en Espaigne pour y estre ignominieusement veus. Dont aucuns disoient , quand on les y menoit, que mas presto los hiciesen morir, que recibir tal afrenta y verguenza, X ser traidos al escuerno de sus parentes, amigos^y compafieros^. Pour conclure, ilsfurent très-rigoureusement ehastiés. Ce que le conseil d'Espaigne trouva pourtant très mauvais , et se mit à en faire le procès à don Ferdinand. J'en ouys raconter quelques particularités du plaidoyé , qui certes sont belles, et fondées sur quelques raisons , lesquelles j'eusse mis icy, mais elles fussent esté trop longues. J*espere les mettre ailleurs. Ils l«y firent donner un a^journement personnel pour comparoistre ; mais Tempereur fit surseoir la cause. Aucuns ont dict et escrit qu'il trouva très bonne ladicte rigueur et punition , et mesmes qu'il taxa Ferdinand de n'en avoir pas prou faict ; mais sont menteries, car je tiens de yieux capitaines et soldats espaignols que j'ay veus en Sicille et à Naples, qu'il en fut très-mal content, et en blasma ledict Gonzague; et en coulla la chose pour le coup : et, tant s'en fout que Tempereur ie trouvast bon, que , quand les députés de Milan vinrent vers luy pour luy remonstrerles maux que d'autres amutinés, conduicts par leur chef Sarmento , faisoient en sa duché de Milan, et que, s'il ne leur en faisoit raison, ils seraient contraincts de se la faire euxmesmes, il s'en courrouça et estomaqua fort , et menaça, s'ils luy tenoient jamais ces propos ; et si leur en fit faire une réprimande et menace plus rigoureuse par son cbancellierdeGranvelle.
* Qu*il8 auraient bien mieux aimé mourir que de receToir un tel affront et un tel opprobre , et que d'étrt traînés ainsi pour être en butte au mépris de leurs parens, de leurs amis et de leurs compagnons.
TROISIESME DISCOURS
Or ledict F^rdioand ayant envoyé ces pauvres mallolrusen Ëspaigne,et veua en tel e«Ut de tout le monde , roesmes aucuns s'estans présentés au conseil, ne faut point demander si le spectacle en fut odieux en toute TEspaigne, et à belles injures après luv ; car ceste nation sçait fort bim echarpuUas ^ ; et la pluspart Tappel* loieot veilaco Italiano , enemigo del nombre X valor de los Espafioles, trqjrdor, perjuro burlador del cuerpo sagrado de Nuestro Sefior, enganador de fe,x verdugo sangriento ^ ; bref , une infinité d'autres sortes d'ii^ures que Tire, le despit, le desespoir, la bayne et Toffense, leur rapportoient en la bouche, que j'ay ouy dire , et que je tays. Au moins , disoient aucuns, s'il les eust décimés, et faict mourir quelques coupables , la chose ne seroit si exécrable, et les renvoyer contre les Turcs , ainsy que fit le marquis del Gouast ceux qui samutinèrent en la duché de Milan , soubs leur cheFSarmento, qu'il envoya, jusqu'au nombre de trois mille , en Dalmacye , à GaUro et à Gastro-Movo , là où pourtant ils périrent tous « fust ou par le fil de Tespée, ou de la cadene de Barberousse et de ses gens , portans la peyne de leurs maux et de leurs mefFaicts qu'ils avoieni faicts en leur rébellion ; mais aussy ils firent bien mourir de leurs ennemys. Possible ceux-cy de Ferdinand , s'ils fussent estes employés pour mesme subject , en eussent faict de mesmes, ou mieux ; et par ainsy autant de Turcs morts et tués et moins d'ennemys.
Certes , il n'est pas besoing d'estre si rigoureux et cruel en telles justices ; car telles gens quelquefois ayans estes pardonnes , et venans à se recognoistre , reparent leurs fautes et font de bons services. Je n'en sçaurois alléguer plus brave exemple que des amutinés de la ville d'Alost en Flandres , qui d'eux-mesmes secoururent si bien et si vaillamment la citadelle d'Anvers , assiégée par les estats , dont j'en parle ^ ailleurs. Us en ont faict de mesmes en plusieurs autres lieux, s'estans ainsy reconôliés , je dirois bien où , mais je aerois trop long.
Je voudrob seulement sçavoir sur ce discours , rie quelque grand docteur , s'il y alla beaucoup
* Donner des brocards.
* Uche Italien , ennemi dn nom et de la valeur des Espagnols, traître» parjure, moqueur dn corps sacré de Jesus-Cbrist, trompeur contre te foy promise, et bourreau cruel. -♦ —
de la conscience dudict Ferdinand en oe senneal preste et rompu, qu'aucuns Gntdictqu*il ne l'avoit faict que de bouche et noD de cœur ; sçavoir si cela se peut faire en la présence et à la veue du corps de Nostre Seigneur , et si ce n'est point l'offenser en abusant ainsy de son sacrement et de son mystère. Pour quant à l'honneur, il y a tant de raison de pro et contra^ que je les laisse à discourir aux grands capitaines et plus gentils cavalliers que moy. Tant y a pourtant, il me semble, qu'on ne doit point estre tant ainsy severe à l'endroict des pauvres soldats, bien qu'ils fassent tels ou autres delicis ; car ce sont eux qui battaillent pour les chefs ; ce sont eux qui acheptent de leur sang les victoires, et les chefs en triomphent de Thonneur et du proffit. A quoy sceut très bien avoir tisr gard Scipion en Espaigne contre ses amulinés, qui, ne se contenlansde leur rébellion, prindiTut l'autorité et enseigne de consuls à l'instance des soldats. Les chefs en furent punis, et aucuns soi dats ; et les autres furent pardonnes , qui après firent à luy et à la republique romaine très-bons services. Je pense bien que ces grands chasiicurs de séditions voudroient bien que les soldats fissent de pierre pain, ainsy que le diable vouloit que Jesus-Christ fist en son deserr. Mais, ne pouvant faire ces miracles, il faut bica qu'ils vivent; et vivre ne peuvent-ils s'ils o ont leurs payes, ou ne brigandent. El, ne leur voufant permettre le brigandage , leur retenant leur solde , que veut-on qu^ils fiassent ? Voyià en quoy ces grands capitaines et généraux d'armées doivent bien arregarder sur ces chastimens , car il y va de la conscience* Cependant je brise iey , estant le discours trop long , et foscbeux possible à aucuns.
Un de ces ans, que nostre roy print et gaigna Paris de la façon que chacun sçait, lesEspaigno 6 qui estoient dedans, qu'aucuns nommoient Na politains ( mais autant y avoit-il des uns que de s autres), ils furent fort estonnés, et comme gens braves et vaiUans se résolurent au combat ; et s'estant mis en battaille, le roy leur manda qu'ils ne s'amusassent pointé cela, autrement qu'ils estoient tous perdus s'ils en venoient là ; toutesfbis s'ils vouloient estre sages, qu'il leur feiroit si bonne et honneste guerre , qu'ils auraient occasion de se contenter en leur ocirovantj leurs vies et bagues sauves, la retraicte
RODOMONTADES ESPAIGNOLLES.
étffem de guerre, ensemble seare conduicte. Leur mautre de camp qui leur comroandoit, avec d'autres capitaines, admirans la générosité de Doatre roy , se mirent tous à dire : Mira eiquel rey valeroso , el quai no se contenta de vencer los hombres con las armas, mas ios venoe y gana con toda cortesiax gentiieza ^ Pour ce ils acceptèrent le party. Et pour se retirer, marcbans par la ville, le roy les TouluC Toir passer ; lesquels tous luy vindrent faire de grandes révérences, au moins les capit aines ; les soldats le saluoient avecques leur genitiie mode, ainsy qu'ils sçavent très bien foire. Le roy leur rendit la pareille, selon le respect de sa royale grandeur, et les fit très seurement conduire au lieu de leur relraicte. Gène Fut sans dire tous les biens du monde de ce grand roy, comme ils avoient raison; car s'il eust voulu estre cruel, ils estoient tous perdus et mis en pièces.
Quasi telles et semblables paroles dirent ces pauvres £spaîgnols restés devant Mets de Feu M. de Guyse le grand , lesquels ayant trouvé ao levetnent du siège misérables malades , mourans de froid et defeim, fit retirer, loger, substanter, panser, si que plusieurs en eschappereot par son bon fraictement, et puis les fit conduire tous à sauveté vers Thionville. Ce Fut à eux d'en dire tous les biens du monde, comme de raison. Et entre autres beaux mots qu'ils en proférèrent , forent ceux^cy , qui portent grand poids , bien qu*ils soient courts et briefs : Que erajusio enemigo xpî^dozo vencedor^.
Il ne leur fit pas de mesmes que firent les Espaignols à nos François et lansquenets qui restèrent devant Pampelune, le siège levé par M. d'Angoulesme , le roy. Jehan de Navarre et M. de La Palisse, qui leur faisoient jurer et promettre, si sanasen , de no recibir massueldodei reyde Francia, pues que contra la Iglesia se mostraba. A ios que esto cr^an y prometian , daban el Corpus Dominl^ y los otros sacramentos de la madré santa Iglesia ^ y, si morian, edesiàstica sepuUura. Los que eran interrogados por sus confesores,que no querian re-^
' Admiro ee genereax roy, lequel ne se contente point de vaincre les hommes avec les armcfs, mais les vainc enoore et les çaçne par toutes sortes de courtoisie» et dlNNinéletés.
' Qttll était équitable ennemi et généreux rainqueur.
conciUarse, losdexaban alla morir;y, si morian , como Moros los enterraban ; porque tal era la intenoiony la buta delpapa Julio ^. Quelle bulle d'or! Les Espaignols se vantent de tout cela; mais, à ce quej'ayouy dire ft aucuns vieux gentilshommes, et françois et lansquenets, confès et non confès , ils ne furent espargnés non plus les uns que les autres; et leur bailioient dronos, aussi bien que frère Jehan des Entommures dans Rabelais le donna à ceux qui vandangeoicnt le clos de sa vigne.
M. de Guyse n'en fit pas de mesmes, car, bien qu'il y eust Force lansquenets et autres Allemans sentans mal de la foy , il les fit secourir comme les bons chrestiens et catholiques, mais non pas de si bonne aFfection , s'en remettant à la volonté de Dieu, et ne voulant acquérir la réputation d'un homme cruel et barbare, puisque Thomme est faict à la semblance et image de Dieu. Je m'en remets à un grand théologien ce quMI en diroil là.
Sur ceste dernière guerre de Grenade faicte et parfaicte par don Juan d'Austrie, par cas, en courant la poste , nous nous trouvasmes de rencontre un capitaine espaiguol et moy, luy qui venoit d'Espaigne allant en Flandres, et moy de la cour en ma maison. Nous nous mismes luy et moy à deviser Fort de ceste guerre. A mon advis qu*i! m'en conta prou, et surtout il me va louer don Juan jnsques au tiers ciel en me le nommant de plein abord sepultura de los paganos; y que sus obrasy valentias mas querian ser vistas para ser creidas que no contadas *.
Quand la capitulation d'Amiens se fit dernièrement, il y eut un des députés de dedans, espaiguol , qui, ayant trouvé Sa Majesté en quelques masures qui les attendoit pour compo.<(er, dit en entrant , pensant Faire de ToFâcieux et du curieuxdela viedu roy : El rey no esta aquibien seguro de los canonazos ^. Le roy qui Touyl
' S*ils guérissaient, de ne plus recevoir de solde du roy de France, puisqu'il se montrait contraire à rEgli-ve. A ceux qui croyaient et promettaieut cela, ils leur donnaient le Corpus Domini, et les autres saeremens de la sainte niere Ê^ise, et sMs mouraient la sépulture ecclésiastique. Ceux qui étaient interrogés par leurs confesseurs, el qui ne Youlaient point se réconcilier, il.s les laissaient là mourir; et s'ils mouraient, ils les enterraient comme Maures; car telle était Tordre de la bulle dupapeJuies.
* La sépulture des payens, et que se» actions et vaillances voulaient plutôtéirevuesque racontées pouréire crues.
* Le roy n'esi pas ici bien à couvert des caoouuades.
TROISIESMÊ DISCOURS.
luy respoQdit : a Le roy est ici plus eo seureté a que vous autres n'estes dans Amiens.» Puis ayant commencé leur pourparler,la première chose qu'ils demandèrent , parque (dirent-iis) es razon que las coscls cdestiales vayan primera ^ fut que Ton ne touchast point à la sépulture de don Heruandille , et qu'elle ne ftist point rompue ny démolie. Le roy leur respondit gentiment : ail est raison que la sépulture de a don Hernandille soit demoHie et rompue, a puisqu'il a fait rompre et demoUir les murailles « de ma ville d'Amiens. » Us demandèrent après el saca de la villa 2, demande certes très irraisonnable et très impudente, et mesmes à un tel roy, qui leur respondit bravement : «Et com- « ment ! une chose que vous avez desjà pillée il y «a long- temps, la demandez-vous ?» Ils jurèrent aussy tost qu'ils n'y avoient jamais touché. A quoy le roy aussy tost répliqua bravement : « Pu is tt donc qu'elle n'a esté pillée en mon absence , à « vostre advis , si je permettrai qu'elle le soit en «ma présence?» J'ai mis ces trois articles non pour belles rencontres de TEspaignol, ny pour grandes rodomontades, si non la dernière pour demander le sac, mais pour les gentilles res ponsesdenostre roy, qui est fort subtil en beaux dires et gentilles responses et fort courtes , s*il en fut onc. J'espère en dire aucunes en sa vie ^. Enfin la capitulation fut faicte et bien gardée, à l'honneur de nosire roy. Que s'il ne fust esté genereuiet miséricordieux, il les tenoit tous la corde au col , puisque le cardinal d'Auslrie avoit failly de les secourir.
Si faut-il que je die quelques gentilles rencontreset redomontadesqui touchent les dames.
Lorsque la reyne vint à Bayonne , de toutes les Espaignolles qu'elle avoit, elle n'en mena aucune avecques ses Françoisesque Magdeleine de Giron, fille de la comtesse diraigne, dame d'honneur de ladicte reyne. Elle y mena bien aussy la segnora Sofonisba, Italienne, damoiselle cremonoise, belle et honneste fille, et douce , qui avoit tout plein de vertus , et sur-tout qui sçavoit bien peindre et pourtraire au naturel ; les autres filles en Espaigne bien faschées pour ne se trouver eu telle et si belle fesle, qui eussent
' Parce qu'il est raisonnable, direul-i.s, que lex choses célestes soient traitées les premières.
' tip sac de i.i ville.
* Ou ne i*a point.
bien certainement paréia cour, car il y en avoit de belles, et entre autres Leonor de Toiede,qui estoit très-belle, et qui eusi possible effacé le lustre de ladicte Magdeleioe de Giron ; don t elle fut bien ayse de quoy ne vint pour ce subject. Je ne desduiray les raisons pourquoyces belles fiilesnevindrent point, pour ne servir en rien à nostre conte.
Geste donc belle Magdeleine parut très belle; aussy le pensoit-elle bien estre , tant elle estoit arrogante. Si bien , moy devisant un jour d'elle et de sa beauté avec un certain cavallier espaignol , il me dict , par un certain desdain et despit : Dexadla, sefiar. Jura à Dios , que es tan brava y arguilosa par su belditd, que si el ciela se abaxase , y se arradiUase , delante sus pies , na dignaria decirie que se levanlase, y se vaMese à su lugarK Voyià une parole bien arrogante , et plaisante imagination, de se figurer le ciel descendre de son lieu pour s'humilier à elle.
Telles paroles sont quasi semblables à celles que jadis tinrent nos braves chevalliers firançois, qui allèrent en Hongrie soustenir les Hongres contre les Turcs , conduicts par ce vaillant Jehan duc de Bourgongne, et par le maresclial de Bouciquaut; lesquels, trop bouillans, presumans trop d'eux, disoient par tout que leui^ lances n^estoient pas seulement bastantes pour de^Taire tous les Turcs et les battre, mais, si le ciel vouloit descendre sur eux pour leur faire guerre, l'empescher par lesoustien de leurs bois et lances qu'il ne descendist , et le tenir en Pair comme il estoit. Mais pourtant le malheur fut tel que leur rodomontade ne porta feu; car, sans avoir affaire au ciel , ils furent tous desconfits et deffaits par les hommes, comme on peut voir par nos Cliraniques frcmçaises,
J'aymerois autant d'un capitaine espaignol. Allant en un combat , et animant ses soldats , et louant leurs forces, il leur dit : Fato à Dias , que si el ciela se cayese , le hemos de tener can las brazas ^. Si ce brave eust faict ce coup . il fust esté estimé un second Allas, qui souste-
* Laissez-la, monsieur. Je vous jure qu'elle est si orgueilleuse, à cause de sa beauté, que si le ciel «'abaisMît et se prosternait ù ses pieds, elle ne daignerait pas lui dire de se relever, el di^ se rrtneitre en sa place.
■ Voy. dans le n* livre de Froissard le récilde la bataille de Mcopoli.
" Je vous jure que si le ciel s'abaissait nous le pourflou sou:eii:r avec nos bras.
RODOMONTADES ESPAÎGNOLLES.
noit le ciel de ses èspaules. Quel fiirdeau ! enœr que j'ay e ouy dire â un vieux resveur de pliilosopbeque Fair est fort léger, et que le ciel, qui en participe, Test aussy. Je coupe là , craignant que , pour voiler trop haut , je ne vinsse à tomber comme fit Icarus;car le parler m'en est aossy estranger et incogneu que le haut allemand ; ny ne veux non plus rapprendre , ny la science et tout , doubtant de mon cerveau débile et peu capable pour y advenir.
Or, pour retourner à ceste belle Magdeleine de Giron, bien qu'elle fust altiere, elle n'estoit pourtant trop ennemie de l'amour, et ne refusa point d'estre servie ( comme toute belle et gentille dame ne doit faire ce refus) de plusieurs hoanestes cavalliers, et mesmes de M. d^Amville, aajourd'huy M. le connestable , pour lors jeune et brave seigneur, qui la servit fort discrettemeot tant qae le voyage dura , et en porta les couleurs jaunes et tannées. Il y eut pour lors un gentil homme Irançois, bien honneste et galant , qui , le jour de la procession du sacre ^ , ainsy qu'elle marchoit , luy advint de (aire un laux pas ; ce gentil homme s'advance aussy tost pour la redresser et luy ayder. Elle le renvoya bien loing, avecques un certain desdain et rabroaement, disant : Jésus! Y quai discrecion de Frances ^ ! Elle estoit bien vrayment des* daigneuse et glorieuse , de rendre le mal pour le bien, et payer la courtoisie par la discourtoisie. Le gentil homme luy eust bien rendu son diange ; mais il n'osa , pour le respect de la reyne sa maistresse, qui le sceut, et luy en fit une remonstrance.
Au bout de quelque temps elle fut mariée avecques un grand seigneur d'Espaigne , dont j'ay oublié le nom, qui fut après vice-roy aux Indes. Ainsy qu'elle Fy alloit trouver avecques la flotte ordinaire, son vaisseau, avecques deux autres, s*estans escartés vers Tisle de San-Domingo, un gentilhomme firançois qui s*appelloit M. de Landreau, de bonne maison, vaillant et brave, et homme de mer, ayant armé quelques vaisseaux pour aller en cours et chercher advanture, fiallit à prendre le vaisseau deladicte dame, et de faict le canonna ; mais elle fut secourue dedeuxautres vaisseauxqui donnèrent la
^ Du Sacrement, ou de la Fête-Dieu.
* Jésus! Et quelle courtoisie française
chasse audict Landreau : et , sans ce sccoiiri; . il la prenoit , à ce qu'il dist à M. de Strozze et à moy à son retour ; et que, s'il Teust prise, il luy eust faict bonne guerre et toute honneste raison , en luy faisant payer pourtant le tribut de son ancienne arrogance.
Certes, il y a des dames aussy arrogante» en Kspaigne comme des hommes et cavalliers ; et l'air du pays le porte ainsy. Aucuns ayment à servir ces femmes et filles de ceste humeur, qu'ils disent braisas y fieras como toros *. Aussy dîct-on que chascun ayme son semblable. Si Ton en obtient la victoire, d'autant plus en est-elle à priser : et si l'on en est vaincu , la gloire n'en est pas moindre ; ainsy que dit un galant caval* lier un jour, et qui portoit pour devise une branche de laurier, avecques ces mots: Los unos le han traido por ser vencedor; yo , par ser bien vencido ^. Voilà comme tels braves se plaisent en leur gloire, et ayment les dames altieres et généreuses.
J'ay veu d*autres fois chanter en Espaigoe une vieille chanson, que proprement on appelle la romance, qui est bien gentille, où l'on introduict une dame se lamentant et s'afifiigeant de son mary qui estoit prisonnier en Angleterre, et ne le pouvoit ravoir par rançon ne autrement ; et , pour ce , elle escrit une lettre au roy d'Angleterre , de sa propre main , et luy mande qu'il ait à le luy renvoyer sain , sauve , et sans danger : autrement , qu'elle luy annonce guerre , et le menace de la luy faire très cruelle par mer et par terre ; et puis , dit-elle .* Que si me falta capUan,yo misma Ues^arë la bandera ,y iréà ponerla liasta las puertas de Londres ; y tambien , si me falta caiionero, yo misma darëfuego à la artiUeria ; si qm dira toda la génie : « Jésus que muger guerrera * ! » Voilà une brave guerrière, et seconde Marfiseou Bradamante, qui vouloit elle-mesme , par faute d'autre , conduire son armée, planter son estendart sur le haut de la muraille , et
^ Braves et fieres comme des taureaux.
* Les uns le portent comme vainqueur, et moy je le porte comme vaincu.
» Que si je «c trouve point de capitaine, je lèverai moimême rélcndart, et je Tirai planUîr jusques aux portes de Londres; «tsi je manque de canonuiers, j'irai moi-même mettre le feu à lariiHerie; entorieque tout le monde dira : Je^us! quelle femme guerrière ?
TR0ISIE6ME DISCOURS
servir de caoonnier , et bailler feu à son artillerie. La chanson en est fort jolie, et Tair plaisant.
Geste dame estoit plus valeureuse qu'une autre, qui usa de parolles certes généreuses à rendroictd'uncavallier, pour Tinduireàsebattre pour Tamour d'elle contre un autre qui Tavoit offensée. Les paroles estoient telles : Bien creo j'o, gentil caballero , que no as fcUtarà virtuel para otorgar mi ruego, asi comoos sabra bondady valar para lagrar la Victoria de su persana ^ Gentilles parolles certes, et pour prier et pour louer.
Une belle jeune dame espaîgnolle ayant esté mariée de frais, et venant de bonne heure à estre grosse , qui paradvant , estant fille très hautaine, desdaignoit le mariage bien fort , et disoit que no queria ser sugela à ninguno, segun el valar y gloria de su persona ^ , et que, bien qu'elle y fust contraincte, elle s'efforceroit le plus qu'elle pourroit d'empescher son mary qu'il n'enlevast son pucellage que le plus tard qu'elle pourroit , son dire ne correspondit point à sa gloire ny à Feffect ; car, bientost après son mariage, elle fut enceinte, et en devint es* tonnée et honteuse, et fit ce qu'elle peut pour cacher sa groisse ^ , et ne la monstrer que le plus tard qu'elle pourroit. Dequoy s'appercevaut un autre cavallîer qui d'autres fois l'avoit servie estant fille , fut bien ayse de prendre ceste occasion pour luy en faire la guerre ; et, l'ayant un jour abordée , il luy dit que no estuviese ai^ergonzada , parque todos bien sabian que de semyanies luchas sempre resultan taies ectfdasiy par eso no se ma" ravtUaban si estaba avergonzada , parque en aquel casa ella era navioia,x que seniia en si unos mudamientos nunca par ella sentidas;x taies que , aunque su esfuerzo , virtudy gloria faese grande y no bastaria para reslstir à las inclinacianes de la natu* raleza, pues era demuger^. Ce cavallier parla bien h elle, et à sa gloire el vanterie , et
^ Je crois bien, brave cavalier, que vous m'accorderez ma prière avec autant de Générosité que vous avez de force et de valeur pour me venger de mon ennemi.
' Que conformément à son courage et à sa gloire, elle ne voulait s'assujettir à personne.
' Grossesse.
* Qu'elle ne fût point honteuse, parce que tout le monde içavait qu*en de telles luttes il ne pouvait y avoir que de lemblablefl cbutet; que cependant on ne s'étonnait poiiit
garde de son pucellage , et i la fragilité de sexe, duquel les dames ne doivent tant présumer n'y s'enorgueillir.
Par cas , une des compaigaes de ceste dame , qui estoit enoor fille , se trouvant là présente , la voulut excuser, et un peu brocarder aussy en luy disant : Coma es possible, s^lora, que su gensrosa virtud, esfuerzo y ànlmo saberbia no os escusàron de ser heriila de llaga que tantas desmayas os causa ? Piegue à Dios que no sea mortal, coma ya creo que no sera , parque jamas de estas heridas no murià ninguna donzella ^ Sur ce , le cavallier précèdent , qui estoit présent , leva ce coup et luy dit ; Ha ! seflora, vos, que eso certificais, fiabeisU) provado? — Guardeme Dios (respondit-elle) de este estrec/êo. No , sefLor; nuis Itelo aida çertifioar à pensonos de gran crédita K II ne folloît point alléguer là de personnes de grand crédit pour servir de tesmoings; car, bien que le destroit soit aussy dangereux que celuy de Gibraltar, au* cunes le passent bien sans danger, et d'autres non.
Une dame ayant perdu son serviteur qu'elle avoit faict de frais et peu gardé, car il vint à estre tué aussy tost en une guerre, et en ayant sceu les nouvelles, elle dit : jéh / seUor cabale lero > que si tan tarde me canocisteis , muy temprano me perdeis ^ 1
Un autre cavallier le voyant ainsy en douleur, dit à un sien compaignon : El ttempo cura las casas, y noliay grave dolorque andando el ttempo no se disminuya ^.
de la voir confuse, parce qu'elle était novice en ce cas, et qu'elle éprouvait en elle un changement auquel elle n'avait jamais été eiposée, et qui était tel , que, quoique son courage, sa vertu et sa gloire fussent bien grands, ils ne pouvaient pas néanmoins résister aux inclinations que la nature avait données aux femmes.
> Gomment est-il possible, madame, que votre grande vertu, vos efforts et votre grand courage, ne vous aient pas empêchée de recevoir une plaie qui vous cause tant de chagrin? Plaise à Dieu qu'elle ne soit point mortelle, comme je crois qu'elle ne le sera point ; car les dénies ne meurent jamais de semblables blessures.
* Ha! mademoiselle, vous qui assurez cela, l'avez-voiis donc expérimenté? — Dieu me garde, repondit-HIe, d'un tel malheur. Non, monsieur ; mais je l'ai entendu aisiirer à des personnes de grand crédit.
* Ah! mon cher cavalier, qui m'avez connu si tard, vous me perdez trop tôt!
* Le temps calme toutes choses ; et il n'y a point de douleurs si grandes qu'elles ne se dissipent avec le temps.
RODOMONTADES ESPAIGNOLLES.
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Une dapse demandant uo jour le livre de la CelesUne à un cavaliier , il luy reepondit , en iay donnant bonne : Par Dios , iehora , que | me espanto de Fm. ! Teniendo en casa el paginai, pedir el traskuh ^ ! Bon » celuy-M. '
Les Espaignols sont fort subtils à gentiment brocirder et piquer, et appellent eela, moi^'ar, 6 golpear '. Ain^y que fit un jour ttn cavaliier estant parmy trois filles , toutes trois sœurs , et bien noires. Elles luy demandèrent un jour de foire, par caa, à tmprunter un ducat pourachep* ter quelque ebose, disans qu'elles n'en avoient poîat apporté aor elles. Il leur dit qu'il n*en •voit potol sur rbeure, et qu'il en estoit bien Dirry. Elles Iny dirent : Como I un hombre tan honrado no tener un ducado ? Diaôél: Porque no, cuerpo détail pues entre vo" iotras très no hâf una blanca '. L'allusioii D'en est pas mauvaise , ear une blanca e'est une ononoie d'Bapaigne ; et amvertissoil ceste al* Ittsion sur elles trois, parmy lesquelles n'y en avoit pss une blanche.
Ud médecin espaignol ayant receu quelque desplaisir d'une dame veuf ve, chargea un jour 00 maquignon , devant elle ^ de luy trouver una mula que fUese vluda 4. Le carretier luy respODdit : Como, cuerpo de toi I Os hurlais de ml, seHar doctorP Nunca fué mula iiuda K Le médecin luy répliqua : Digoyo que t^nga très condiciones de una viuda; que seagorda, andadorajr comedora ®.
L'on dict que les veufves, au moins aucunes, ont ces trois conditions. Pour bien aller et pour bien manger, je m'en rapporte à ceux qui en ont faict preuve et y ont pris esgard. Pour quant à la (roisiesme, j'en ay veu beaucoup de personnes, et mesmes une de très grande autliorité, de trèagrand esprit , eatre de ceste opinion et tenir ceste maxime, qu'une femme , aussy tost qu'elle est venfve, devient pins grasse et en bon poinct;
' Parblea! tous m'etonnez, madame. Ayant chez vous Coriffinai, me dsraaDaer la copiai
* aiiller et piquer YÎvenmt.
* Gomment 1 mi si gallant bomna n'a point un ducat? b leur dit: Pourquor non, oorblenl puiaqu'entre voua trob il D*y a pas une blanche.
' Une mute qui Mt tsuyo.
* Gemment, eorbleul tous moquez -tous de moi, MMieur le docteur? One mule ne Alt jamaia reuYe.
Me veux dire qu'elle ait lea trois quatitéa d'une reuve ; ^'elle Mit fert graaae » ooureoae et de grand appétit.
ce que j*ay apperceu et m'en suie esnoerveillé Car aucunes femmes ay-ie veu entre les mains de leurs marys, maigres» seiches, exténuées, qu'elles en tomboient sur lea dents. Venoienteliesàestre veufves, les voyli remisée et refaictes aussy tost, comme un cheval maigre et elangory mis à Therbe , qui se reffaîct et se remet soudainement. De sorie que c'est une maxime, que : qui veut engraisser une femme mariée , qu'il la fasse veufve; car c'est le mcil^ leur engrais qu'on luy sçauroit donner. Ce u'e^t pas pourtant que les marys ne leur donnent le traictement et l'ordinaire qu'il leur feut , selon leur faculté et petit pouvoir; mais vous diriez que venans de leurs mains , elles ne les trouvent jamaia si bons comme quand elles sont en viduité, et qu'elles le prennent d'elles-mésmes qui çà qui là , en leur plainîere volonté. J'en voudrois volontiers demander une raison à quelque bon médecin, si ce n'est qu'il me renvoyast à l'apologie de l'aane et du cheval qui est dans Rabelais , et à leur parlement qu'ils firent quasi sur mesme chose, où enfin mousieur l'asne conclut qu'il n'y a que la liberté des champs et choisir sa pasture comme Ton veut f et faire autre chose que je n'ose dire, et n'estre nullement en sulùeclion,bien que l'on mange son saoul à crever dans l'estable.
Un cavaliier parlant un jour d*amour à une femme aagée, mais pourtant belle encore et fort désirable, elle luy dit : Y como, sehor, me haMa V. S. de esta oosa d nûs oomple^ tas^? L'autre luy respondit : iSe/torâ?, sus complétas valen mas que las horas de pri' ma de qualquler otra ^ ; faisant allusion gentille là-dessus sur les complices du soir et sur les heures de prime du matin. J'en ay fiiict un beau discours sur ce subject ailleurs. Et combien y a-t-il de dames aagées qui sont autant belles et désirables que les jeunes P De vieillard, il n'en fut jamais un beau ny désirable pour les dames , si ce n'est qu'on se voulust ayder d'un plaisant mot qu'un vieux cavaliier dit un jour à une belle dame , luy présentant son service , et qu'elle l'en reprenoit. Geste dame s'appeU
* Eh! monsieur, comment me parlez-vous de telle chose, lorsque j'en mis aux compiles?
* Madame , vos compiles valent mieux que prime de toute auu«.
TROISIESME DISCOURS
lanC madama de La Torre ^ il luy dit : Toi *orre ha menester de una barba-cana 2. Ce mot est bon et porte en soy deux intelligences, car une barbecane est une espèce de fortificarion, et barba cana en espaîgnol signifie harbe blanche.
Telle et semblable dit un cavaliier d*une fort belle et honneste dame , laquelle ayant espousé un homme fort laid et sale, toutesfois n'enlaidissoit nullement, mais s'embellissoit de jour en jour. Ce cavaliier alla rencontrer que no habia vistojamas frutaen un tal cesto que tanto durase sinpodrirse ^. J'ay veu beaucoup de femmes en ma vie de ce naturel , à ne se gaster ny corrompre leurs beautés pour hanter des marys layds, sales et maussades.
Or, faisons une fin , et belle , par trois belles et honnestes princesses.
A ce mesme voyage et entrevue de Bayonne que j'ay dict ci-devant, madame de Guyse, aujourd^uy madame de Nemours, yestoit, où elle parut fraischement vefve , et très belle et en bon poinct , ainsy que de son temps jeune il n*y en a poinct eu une qui l'ait passée, comme son automne en donne encore une belle apparence; et bien qu'alors elle fust plus aagée de beaucoup que Magdeleine de Giron , elle Teffaça fort , bien qu*elle pensast le contraire ; car volontiers on void aucuns fruicts en automne aussi beaux ou plus qu'en esté. Ainsy donc qu'elle estoit un jour en la chambre de la reyne , un cavaliier espaignol de bonne foçon, et bien en poinct, me vint demander : «Se/lfor^ quien es esta linda dama vesUda de luto ? — Sehor, luy répondis-je , es madama de Guyza , muger de aquel gran capitan monsur de Guyza. — Es madama de Guyza ? dit-il.
Vakune Dios, que linda dama es , y de muy krava y alia guisa * ! Ce mot est un mot ancien des vieux romans, qui correspond bien à ce nom de Guyse; et puis , continuant à la louer , il me dit : Hve Dios ! que bravo irage tiene,
* Madame de La Tour.
* Une telle tour a besoin d*une barba-cane.
3 Qu*il n'avoit jamais tu de Fruit si long-temps en pareil panier sans se pourrir.
* Monsieur, quelle est celte belle dame yéiue de deuil? -^ Monsieur, lui repondis- je, c'est madame de Guyse, femme de ce (^rand capitaine M. de Guyse. — C'est madame de Guyse? dit il. Dieu me soit en aide, c'est une belle dame et de très grande et haute guise!
y que es bien iallada , y de linda caiadura! — Et puis me redemanda ; Es tan buena catàlica,y enemiga de los luteranos, corne su marido?— Si , Sefior, luy respondis-je , y aun mas ; porque los luteranos le han mcUado ^
Il me redemanda si elle avoit des enfens aassy beaux qu'elle. Je luy dis qu'ouy , et lui roonstray M. de Guyse son fils, et qu'elle en avoit deux autres aux escolles à Paris, tous deux semblables. Après , ayant un peu songé en soy , et arregardant ceste belle dame, et de grand' admiration , il dit , par une petite exclamation : O ! bien adveniurado capitan , que tantos hombres enemigos de Dios peleàsteis y matdsteis en camposy villas! 01 bien adventurado, otra vez , y mas , que con tantos asaUos combatisteis y vencisteis esta lirula dama en las comas y pabeUones ^ I Et me disoit cela comme par un despit amoureux , jaloux de quoy il n' eust peu participer à une si belle advanture.
Comme de vray , je croy qu'il n'y a au noonde si grand chagrin ny despit à un amoureux d'une belle dame, que quand il songe que son mary ou un autre en jouissent, et n'en nuinge son pain qu'à la fumée du festin ou par imagination. J'ay ouy tenir ceste opinion à un très grand et brave prince qui est mort, qui me racontoit un jour privement que, s'il estoit royde quelque grand royaume , il ne seroit jamais tyran que pour une chose ; qu'il entretiendroit très bien la justice, et fairoit observer très estroictement ses edicts et ordonnances , ne fairoit tort à personne, caresseroit fort sa noblesse, et surtout ne foulleroit jamais son peuple de grand< s tailles, tributs ny subsides; mais que si un si* n subject, ou grand ou petit, eust une héW femme de laquelle il vint espris, certes il perdroit tout respect , et estendroit là-dessus un peu de tyrannie ; car il faudroit résolument
* Qu'elle est bien mise! qu'elle est bien fiiite, et qœ son regaard est agréable! Est-elle aussi bonne catholique et aussi grande enoemie des luthériens que monsieur son mari? — Ouy, monsieur, lui repondis-je, et encore plus; parce que les luthériens l'ont tué.
* 0 ! trop heureux capitaine , qui avez combattu et tué tant d'hommes ennemis de Dieu dans les armées et dans les Tilles! 6! trop heureux, encore une autre fois, et plu% qui avez combattu et yaincu à tant d'assauts et de re« prises une si belle dame entre les pavillons de votre Ut!
RODOMONTADES ESPAIGNOLLES.
qu'il en jouyst bongré roaugré , ou par amour ou par force ; mais premier tenteroit toutes les voyes de douceur et d'amour; et que si elles esCoîeot trop longues et fascbeuses à tenir , qu'il userait de diligence et de prise : « Car >< bien gastée, disoit-il,seroit-elle d*avoir Tac- < coin tance d'un brave roy, et le mary d'estre «son compaignon, à qui et à elle fairoit de «grands biens et donnerait de bonnes grades , «et ne leur en serait jamais ingrat , ny surfit ont les escandalliseroit P » Je pense n'avoir guîeres changé de ces mots qu'il me dit , car quasi ils sont tous semblables ; et me les disoit sur un très beau et très grand subject , sur lequel ceste tyrannie meritoît bien d'estre exercee*
La reyne d'Espaigne, pour l'amour de laquelle seule ce voyage et entrevue de Bayonne se fit y parut aussy très belle ; et n'y eut François qui , l'ayant veue estant fille , n'advouast d'estre extrêmement accreue en beauté , bonne façon et belle m^gesté , bien qu'elle eust apporté tout cela dès sa naissance; mais l'aage et le temps fimt beaucoup de belles et bonnes choses, aussy bien que de mauvaises et de laides. Ainsy, un jour qoejedevisois avec un fort bonneste cavallier espaignol ( car certes force braves et honnestes d'eux me recherchoient , tant pour en avoir reu et cogneu aucuns en la cour d'Espaigne, qu'il n'avoit pas six mois que j'en estois venu, que pour en parler bien la langue ), il me dit , ainsy que nous estions sur les hautes louanges de ceste belle reyne > ces mesmes mots , et beaui certes ; Quedeveras , tan principal reyna,x ^^^ complida, parecia serantés la creacion del mundo quasi escondida y cerrada en el pensamiento de Dias, hasta que fuese su divina vduntad que sejuntase fH)r santo matrimonio con el rey don Pheiipe; que siendo por sus buenos iiados tan grande, tan paderoso rey^y quasi tocando el ciel con la mano de su grandezay pulanza, era menester, y no de otro modo , que no esposase otra sino aquella , que , por su gran hermosura,su honrada magestad , Y sus virtudes claras y nobles , semejaba mas divina y celés tial, que hunana *. C'es-
' Qu'en vérité une reine si grande et si accomplie paraittait avoir éié comme cachée et renfermée dans la pensée de Dieu dès avant la création du monde, jusques
toit bien louer son roy et sa reyne. Je parle d'elle plus au long en un discours que j'ai faict à part pour elle, sans passer outre.
Or, si ceste belle reyne d'Espaigne a esté louée des siens , non-seulement par ces bcll( s , mais par un million d^autres paroles (car ils Taymoient fort, voire quasi l'adoraient, ainsy que j'ay dict ailleurs ) , la reyne de Navarre , .sa troisième sœur, a bien esté autant admirée et louée d'eux quand ils Tont veue, les faisant aller à l'esgal toutes deux. Mais pourtant la puisnée passoit un peu devant l'aisnée, ainsy que l'on void quelquefois en un boscage un jeune arbrisseau , par ses belles branches , se hausser sur un autre plus vieux que luy. Mais pourtant toutes deux estoient très belles , mais par airs difierens pourtant ; car chasGune avoit le sien à part , très beau et très admirable.
Il faut donc sçavoir que lorsque ceste belle reyne de Navarre alla aux bains de Spa elle passa par Namur , comme j'ay dict ailleurs , où elle fut honnorablement receue par don Juan d'Austrie , et veue en grande admiration des capitaines et soldats espaignols. De là à peu je rencontray à Paris, dans le palais, un capitaine espaignol , à qui je demanday s'il l'avoit veue de par de là ; il me dit que si , y que por ser extremada de beldad y buenos gracias , habia mas priesa, quando sali a fuera y por mirarla , que noàbeberagua de los ba/los ; y que por el arte de su hermosura captivaba las personas con la fama , y aun muy mejor con su presencia : porque mostraba su hermosura entre las otras damas, como el sol entre las estrellas. De sus otras illustres y claras virtudes no habloyo, porque, por ser tan hermosa , ninguna cosa le falta *.
à ce que ce fAt sa divine volonté de la joindre par nr saint mariage avec le roy don Philippe, qui étant, par son heureux destin , uu si grand et un si puissant roy quMl touche presque le ciel avec la main de sa grandeur et de sa puissance, il était absolument nécessaire, et non autrement, qu*ll n'en épousât point d'autre qu'elle, qui, pour sa grande beauté, sa majesté suprême, et ses belles et grandes vertus, semblait plutôt divine et céleste qu'humaine.
1 Et que, pour la grandeur de sa beauté et de sa bonne grâce, il y avait plus de presse pour l'admirer quand elle sortait, que non pas pour boire les eaux des bains; et que. pour l'ornement de sa beauté, elle captivait les hommes par sa réputation , et encor mieux par sa présence, parce que sa beauté la fiiisaii paraître entre les
TROISIESME DISCOURS
Je rencoiitirây une autre fbts , dans (e Louvre , UD autre capitaine espaignol venant d^Espaigne vers Flandres, qui m'ayant choisi par dessus mes compaignons , comme oonnoissant en moy quelque façon espaignoUe, aînsy qu'il me dit après , me pria de le faire entrer dans la grande salle du bal , qui estoit un jour d'une grande magnificence , pour voir seulement ceste belle rey ne de Navarre , de qui la fama volaba par tùdo el mundo ^ , me dit-il. Je le fis entrer avec moy , lequel , durant tout le bal , ne dit jamais mot, ny fit autre geste , si non regarder fixement ceste belle reyne , sans jetter ses yeux ailleurs, comme j'y pris garde; etluy laissay faire , sans le desbaucher de sa contemplation. Après le bal finy , je luy dis : Y pues, seHor, que os parece de naestm reyna de Navarra ? —Que me parece, seàorP me respoi^ dii-ll. Juro à Dlos, me parece tal, que si estuvtese en nuestra oorie de Madrid, coma esta en esta , el camlno séria tan pcblado , para visitary mirarla, que pareoeria un camino de romeria, donde muclios perdo* nés se ganan : que aunque sefialado camino no hubiera, solamente bastaria de segulr el Mo de la gente, paramirary adorarla, coma reyna de latierra,y la generala de todas las otras refnoèy damas las mas sehaladas de la Europa , y prego^ naria talconjusto y honrado titulo , por su divina beldad, real mages tad , y buenas qracias *.
autres dames comme le soleil entre les étoiles. Je ne piiie point de ses autres vertus illustres, parce qu'elle était si-belle que rien ne lui manquait.
' La reDoqimée volait par tout le monde.
* Eh bien, monsieur, que vous semble de notre reine de Navarre?— Que m'en semble, monsieur? je vous jure qu'elle me parait telle, que si elle était à notre cour de Madrid, oomme elle est en celle-ci « le chemin serait si fréquenté pour la voir et admirer, qu'il paraîtrait uncbe* min de pèlerinage où Ton oa^ne bien des pardons ; méma s'il n'y avait point da chemin traeé, il suffirait de suivre
Certes, eest honneste homme avoit rtison de tenir de tels propos ; car je pense qu'au monde ne s'est jamais veu princesse plus belle. J'en puis parler au vray; car j'en ay veu force, et en France, et aux pays estrangers , où la beauté se loge. Il ne luy manque qu'une chose; qu'elle n'est autant heureuse en ce monde comme ses mérites le requièrent , et que ses plus affectionnés serviteurs souhaitent et disent. Je n*en puh conjecturer autre raison , si non que le ciel quITafaicte ne veut, comme jaloux, qu'elle dépende d'autre que de luy , Men qu'elle ne se soude point de ceste grandeur du monde , que tous et toutes recherchent tant : se fondant sur une raison qui est belle eeries, qu'elle me fit cest honneur de me dire il n*y a pas longtemps , qu'elle n'avcrit affaire d'ambition ny de grandeur plus haute que celle qui luy estoit née et venue d'une si grande race de roys ses ayeulx et ancestres : si qu'elle se peut dire estre aojourd'huyla seule restée de la plus grande maison du monde, et qu'il n'y a royaume, empire, ny monarchie, qui la peust rendre plus grande qu'elle est. L'ambition est bonne pour les princesses basses , et luy sont nulle* ment égales; mais, pour quant à elle, à part , à part l'ambition. Elle se contente de ce qu'elle est, ny ne sçaurolt voiler plus haut. Ses belles et amples aisles de sa noble maison , de ses vertus et de ses qualités, luy peuvent donner le vol, voire jusqu'au ciel, quand elle se voudra laisser porter à elles.
Finissons doAc ici par ceste belle fin; car j'en ay fiiict un fort long et grand discours à part 1.
la file du monde pour l'admirer et adarer comme reinp de la terre, et la premièrt de toutes les autres reines ( t dames les plus signalées de l'Europe, et la proclamer telle par un juste et honorable tiire, & cause de sa divint beauté, de sa royale majesté, et de ses bonnes grâces. * Parmi les Dames Ulustres.
APPENDICE
AU
TROISIESME DISCOURS
SERHENS ET lUREMENS ESPAIGNOLS*.
Après avoir raconté aucunes rodomontades des Espaignols , il m'a semblé bon de raconter aussy aucuns de leurs sermens particuliers que je leur ay ouy dire : en quoy je les trouve plus divers et plus changeans qu'aucunes nations que j*aye pratiqué; et si en inventent ordinairement de nouveaux. Le plus commun et ancien est :